Arrôt du 10 octobre
tries des pauvres gens. Bien qu'elle eût acquis le monopole de la vente du tabac , la compagnie , se contentant des revenus de la douane, permit de le manufacturer et d'en faire le commerce, soit en gros, soit en détail. Elle renonça également au privilège de la vente du castor, et provoqua un arrêt portant suppression des droits établis sur les soies, tant originaires qu'étrangères.
Les persécutions et la misère des années précédentes avaient forcé beaucoup de Français à s'expatrier : on facilita leur retour en invitant les capitaines de navires à se charger d'eux, moyennant 6 livres par jour payables par les trésoriers de la marine.
Des avances furent faites à raison de 2 pour 100 aux manufacturiers et commerçants honorablement connus. Deux millions furent consacrés à libérer des prisonniers pour dettes. On restitua les sommes arrachées par la Chambre de justice aux négociants en état de prouver qu'ils n'avaient pas pris part aux aflaires suspectes.
Tant de libéralité de la part du gouvernement coïncidant avec le développement du luxe chez les particuliers , communiqua à l'industrie une activité pt-esque désordonnée. Le nombre et l'importance des manufactures augmentèrent de moitié. La première phase de ce mouvement fut très-brillante^ Cliacmi s'étonna de se trouver en mesure de payer
SCS délies. Le nombre des failliles diminua des Irois quarls en 1719 : il y eut 1600 saisies réelles levées dans la généralité de Paris.
Les travaux publics prirent un essor inaccontumé et très-intelligent. On construisit le pont de Blois; on traça le canal de Bourgogne; on bâtit pour la première fois des casernes afin d'exonérer les citoyens du logement des gens de guerre. Il paraît môme que l'idée de transformer Paris en port de mer remonte jusqu'à Law, à en juger du moins par cette note de Buvat : « On travaille à Elbeuf à un canal par le moyen duquel on prétend faire monter le reflux de la mer dans la Seine, jusqu'à peu de distance de Paris, afin de rendre cette rivière plus navigable de ce côté-là et d'y voilurer en tout temps des marchandises en abondance et moins chères. »
On se préoccupa aussi dans le conseil de rendre à la culture les terres mal utilisées, en contraignant les gens de mainmorte, c'est-à-dire les communautés ecclésiastiques, à vendre les immeubles qu'ils avaient acquis depuis cent vingt ans.
Au dire de Vauban : « Un dixième de la population était réduit à la mendicité, et mendiait effectivement. » On se crut en mesure, grâce au Système, d'en finir avec le paupérisme. On lit dans un plan d'organisation de la police générale du
royaume , que les mendiants valides devaient être utilisés dans les colonies, et pour les autres on se proposait « d'établir des hôpitaux de six lieues en six lieues, où ces pauvres gens auraient été reçus, noiuTis et entretenus par les habitants de la localité , obligés d'y contribuer chacun à proportion de ses facultés. »
Un bienfait réel date encore de cette époque et procède peut-être des mêmes inspirations : c'est l'établissement de l'instruction gratuite dans l'Université de Paris S au moyen de la vingt-huitième partie du bail des postes que l'on consacra au payement des professeurs. La population parisienne fut tellement touchée de cette libéraUté, elle en sentit si bien la portée, qu'elle voulut la célébrer par une grande procession dans laquelle toutes les classes furent représentées, jusqu'aux y, plus humbles artisans.
Ces efforts généreux, coïncidant avec les premiers succès du Système, exphquent l'éblouissement de la nation, et justifient son enthousiasme d'un instant pour l'homme étrange et puissant qui avait déterminé tant de phénomènes.