‹ Lazare de BaïfChapitre 59 sur 79 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

et Daulphin de France par ses inférieurs, ainsi que lui et quelques autres (en petit nombre) réservent au Roy l'appellation de Monsieur. Plusieurs trouvèrent estrange la repréhension faicte par le Roy, d'autant qu'il sembloit que l'usage avoit gaigné au contraire. Mais le mesme Raïf (grand perscrutateur des antiquitez, de la propriété des mots, et homme qui avoit beaucoup veu) nous dit sur le champ que le mot de Sieur estoit en France nom d'honneur, et celuy de seigneur estoit de propriété, et que pour vrai Monseigneur n'esloit jadis usité entre les anciens François, ains a esté prins et emprunté des Italiens et des Espagnols, débordement flatteurs, voire Idolâtres de leurs Princes et des grands seigneurs.... Sa résolution fut que le mot Sieur est François, et Seigneur estrangier, quoique passé en commun langage et usité comme s'il estoit François. Quelqu'un voulut alléguer que la diction Monseigneur pourroit estre tirée de ces mots Senior meus, lesquels sont souvent trouvez es plus enciens tiltres des François. Mais ledit Sieur de Raïf répliqua que desdits mots n'usoient que les bien grands seigneurs, spécialement les Princes, qui vouloient dire mon ancestre, ou mon prédécesseur. Au reste, toute cette dispute cessant, nous en reportâmes que l'opinion du Roy estoit à louer, et que de vray Monsieur estoit terme plus important honneur que n'est pas Monseigneur, qui est mot estrangier et hautain.... Or, ne doubte-je pas que plusieurs (ausquels le mot de Monseigneur emplit mieux la bouche, semble avoir plus grande queue et lever plus h au 1 te poussière d'honneur) trouveront à redire dans la susdicte résolution.... A tant je me contenteray d'avoir fidellement icy r'apporté ce que lors j'entendy disputer et resouldre en la Salle du Roy*. »

Le roi ne se contentait pas d'utiliser l'érudition de Lazare

1 . Pierre de Saint-Julien, Meslanges historiques et recueils de diverses matières pour la pluspart paradoxales, et neantmoins vray es, Lyon, 15&8, p. 40-43.

de Baïf pour des questions de protocole. Il l'associait à ses essais de composition poétique. Un jour que François I er , grand admirateur de Pétrarque, avait célébré en vers la maîtresse de son poète favori, Lazare rima un Epitaphe de Ma Dame Laure après celuy que feist le Roy 1 . Et pour distraire le souverain, que tourmentaient les souffrances et l'obsession de la mort prochaine, le bon Lazare se rendait auprès de lui, et lui lisait sa traduction de YHécube d'Euripide. Parlant, dans sa dédicace au roi, de la tragédie grecque, il ajoute : « Laquelle, pour la sublimité du style et gravité des sentences que je y trouvay, il me prinst envie^Syre, de la mettre en vostre langue Françoise, seulement pour occuper ce peu de temps de repos à quelque honneste exercice. Et depuis, vous voyant, Syre, travaillé de maladie, pour vous donner quelque récréation, je prins la hardiesse de vous lire le commencement que j'en avoye tourné : que benignement vous ouistes, et me commandastes l'achever. Ce que j'ay faict, non tant pour l'asseurance que j'ay eue de le scavoir bien faire, congnoissant ma foible puissance, que pour le désir de vous obéir. Car trop plus m'a aidé l'efficace de vostre commandement, que ne m'a empesché la congnoissance de mon infirmité au parachèvement de la traduction de ceste tragédie. Laquelle, Syre, très humblement je vous présente, en espérance que de vostre accoustumee bonté et bénignité prendrez en gré le service de celuy qui n'a en cest œuvre prétendu autre louange ni loyer, fors seulement de vous donner contentement et plaisir. »

Le 11 avril 1547, Lazare de Baïf assistait avec les autres maîtres des requêtes aux funérailles de François I er *. Peu après,

1. Voir cette pièce dans les poésies diverses qui font suite à la traduction de YHécube d'Euripide.

2. Ménage. Cf. Registre du Parlement,- 22 mai 1547, cité par Blanchard, Les Généalogies des Maisires des Requestes, loc. cit

en cette même année 1547, il mourut 1 . On dirait que par une élégance de tenue, qui sentirait son diplomate, il ne voulait pas survivre au maître qu'il avait si fidèlement servi. Son fils lui fit cette inscription funéraire :

Sopore sacro Lazarus Baifius Dormit. Mori ne dixeris bonos viros :

Vixit, quiescit. Vivus est non mortuus *.

Et Ronsard. célébra sa mémoire dans une Ode intitulée: De feu Lazare de Baïf. A Calliope.

Si les Dieux

Larmes d'yeux Versent pour la mort d'un homme,

A ceste heure,

Dieux, qu'on pleure Et qu'en dueil on se consomme I

Calliope,

Et ta trope, Baïf chantez en voix telle

Que sa gloire

Par mémoire Soit saintement immortelle.

En maint tour

A l'entour

1. Colletet le fait cessser de vivre (( sous le règne de Henri II, environ Tan 1551 ». Mais la date de sa mort est établie, au moins en ce qui concerne l'année, par une pièce officielle dont j'ai parlé au début de cette notice, 1' « Inventaire des meubles fait au lieu seigneurial des Pins après le décès de messire Lazare de Baïf, chevalier, conseiller et maître des requêtes ordinaire du Roi, à la requête de René Vinet, prêtre, ayant charge de noble Loys de la Flette, conseiller du Roi et. Grand Rapporteur de France, et Jehan Chappelain, aussi conseiller et docteur régent de la Faculté de médecine et médecin ordinaire du Roi, exécuteurs du testament du défunt, en la présence de Martin Belenfant, secrétaire du défunt ». Cet acte authentique porte la date du 8 novembre 1547 (Revue historique et archéologique du Maine, année 1893, 2* semestre, p. 155).

2. Carminum Jani ANToim Baifii liber I. Paris, 1577, fol. 24.

Du cercueil croisse Thierre.

Nuit et jour v

Sans séjour, A l'ignorance il eut guerre.

L'excellence

De la France Mourut en Budé première,

Et encores

Morte est ores Des Muses l'autre lumière 1 .

S'il faut en croire Jean-Antoine, la mort de cet excellent père le laissait sans ressources :

... Des que mon père mourut L'orage sur mon chef courut *.

Lazare, après tant d'appels à la caisse de l'épargne royale, ne devait avoir qu'un état médiocre. Les fonctions publiques n'enrichissaient pas toujours en ce temps, souvent même elles appauvrissaient les plus riches, témoins Guillaume de Langey et maint autre. PourBaïf, le plus clair de son bien devait consister dans les revenus, il se peut importants, mais tout viagers, de ses bénéfices ecclésiastiques. (Il avait échangé son abbaye de la Grenetière contre celle de Charroux, dans le diocèse de Poitiers, que possédait son cousin Pierre de La Roche-Posay 3 . D'après Pocquet de Livonnière, il aurait eu aussi une abbaye de Carroët, dans le diocèse de Quimper, échangée de même contre une abbaye de Gré, en Anjou. Un acte que j'ai précédemment cité lui donne le titre d'abbé de Charroux en 1544*.)

1. Ronsard, éd. P. Bl., t. II, p. 464-465. Cette pièce porte la date de 1550, mais il ne faut pas se fier, dans Ronsard, à la date des poésies de circonstance.

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