SECONDE PARTIE
Guerre de la Vendée. — Chouannerie.
L'INSURRECTION de la Vendée avait gagné l'Anjou, le Maine et une grande partie de la Bretagiie. Ces 5 contrées, très-boisées, privées de routes, étrangères' à l'industrie et au grand commerce, avaient conservé leurs anciennes^ mœurs. Dans les campagnes que la noblesse n'avait point abandonnées^ pour les villes, tes populations demeuraient soumises* à leurs seigneurs et à leurs prêtres. 10 L'antique loyauté s'y était per^^étuée' avec la foi religieuse," et lorsqu'elles eurent^ vu leurs prêtres frappé-s dans leur conscience et dans leurs biens par les décrets de la Convention, l'ancien ordre social et politique renversé, les massacres de septembre, le roi détrôné et martA-risé, le 35 clergé proscrit," l'échafaud en permanence dans Paris, l'horreur commune unit plus étroitement encore l'aristocratie et le peuple. La Vendée se souleva la première' et enfanta des héros. Parmi ses chefs, on vit" confondus les roturiers et les nobles. Les principaux'" furent le 20 voiturier Cathelineau, le garde-chasse Stofflet, l'officier de marine Charette, Bonchamps, Lescure, d'Elbée, le prince de Talmont et Henri de Larochejaquelein, justement nommé l'Achille de la Vendée. Ils battirent" fréquemment'^ les troupes de ligne et les bataillons de la garde 25 nationale qui marchèrent contre eux. Tout' ' pliait devant la fougue intrépide des paysans vendéens'' : sans armes, ils s'emparaient de l'artillerie en'* se précipitant sur les canons qui les foudroyaient. C'est ainsi que plusieurs
généraux' républicains furent vaincus^ tour à tour. Maîtres de nombreuses^ places, les Vendéens formèrent trois corps de dix à douze mille'' hommes chacun : le premier sous Bonchamp, occupa les bords de la Loire et reçut le 5 nom d'année d'Anjou ; le second, souS d'Eibée, au centre, fut appelé la grande année ; le troisième forma l'armée dite^ des marais, sous le redoutable Charette, qui, par son* audace, son" énergie, son* activité prodigieuse, sa persévérance indomptable, et par l'étonnante' fécondité
10 de ses ressources et de ses stratagèmes de guerre, fut le
plus grand chef de partisans qu'ait* jamais eu la France.
Un conseil d'opérations fut établi, et l'on* donna le
commandement général à Cathelineau, qui périt à
l'attaque de Nantes, après laquelle les Vendéens, repliés
15 derrière la Loii'e, battirent'* successivement les généraux' républicains Biron, Rossignol et Canclaux. Enfin dixsept mille* hommes de l'ancienne" garnison de ^layence, réputés l'élite de l'armée, furent transportés en Vendée : Kléber les commandait. Ils furent d'abord vaincus''' par
20 les Vendéens : mais ceux-ci éprouvèrent plusieurs défaites à Chàtillon et à ChoUet, et leurs principaux'' chefs, Lescure, Bonchamp, d'Eibée reçurent, dans ces sanglantes journées, des blessures mortelles.'*
Les insurgés se mirent'* alors en communication avec
25 l'Angleterre'^: pour obtenir'" d'en être secourus,'" ils voulurent"* s'emparer d'un port de la Manche, et la grande armée vendéenne,'* forte de''" quatre-vingt mille* hommes, marcha sur Granville. Repoussée devant cette place, faute d'artillerie, mise'* en déroute au Mans, elle fut
30 presque détruite'-^' en essayant de passer la Loire à Savenay. La Vendée fut ainsi une première'^ fois vaincue^ en décembre 1793. Sa population accablée, décimée et privée de presque tous ses chefs tués dans les combats, .semblait disposée à se soumettre,'" lorsqu'un
35 effroyable système d'extermination fut mis'* en œuvre contre elle et lui fit'* trouver de nouvelles forces dans le désespoir. Ce système eut pour auteur le général républicain Thurreau, qui entoura la Vendée de seize camps retranchés. Par ses ordres, douze colonnes
40 mobiles, connues'''^ sous le nom de colonnes infernales, par-