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coururent' le pays en tous sens, portant" de tous côtes impitoyablement le fei-^ et la^ flamme, semant* partout la dévastation et la mort. Ils ranimèrent ainsi l'insurrection prête à s'e'teindre* : les habitants exaspe're's reprii-ent' les armes en 1794, et formèrent encore deux armées 5 redoutables sous leurs derniers chefs survivants, Charette et Stofflet.
L'insurrection ç^agna la' Bretagne, qui à son tour* se souleva. Mais la guerre dans ce pays n'eut pas le même caractère que dans la Yendëe, oîi les partis 10 avaient combattu^ en grandes masses et oîi s'e'taient livre'es de formidables batailles. En^ Bretagne, les insurge's firent''' aux re'pubiicains une guerre de partisans, guerre de surprises et d'embuscades, enlevant- leurs postes, fondant'* à l'improviste sur leurs détachements et tirant- sur eux de 15 derrière les haies, du fond des taillis et du creux des ravins où ils se tenaient" cachés. Cette guerre, génémlement appelée chouannerie, tira son nom d'une famille de contrabandieis pour le sel ou fcn'j' sauniers dont'- le chef se nommait Jean Cottereau. Celui-ci, habituellement 20 triste et taciturne comme la chouette ou l'oiseau des nuits, avait reçu des siens, pour cette cause, le nom de rhouan. Il était d'une rare intrépidité, rusé, actif," infatigable. Il avait couru'^ les bois" en armes avec ses trois fils,'* dès l'époque de la grande réquisition de 1792, et il donna le 25 premier signal de la guerre qui prit,'^ deux ans plus tard, des proportions redoutables, et désola la Bretagne, l'Anjou, le Maine et une partie de la basse'^ Normandie.
Un homme doué d'une grande énergie et aussi intelligent qu'habile, le comte Joseph de Puisaye, avait dès 30 ^o^i^àne fomenté l'insurrection en Bretagne. Ancien député'^ de la noblesse du Perche à la Constituante, il embrassa d'abord avec ardeur les principes de la Révolution, et il avait plus tard, comme tant'* d'autres, été ramené à la cause royale par l'horreur du régicide et 35' du régime de la Terreur. Peu'^ d'hommes ont fait^^ preuve d'une activité plus infatigable, d'autant de souplesse dans l'esprit, d'une volonté aussi persévérante, aussi ferme, aussi propre à triompher de tous les obstacles : il réussit à se mettre*" en étroite relation avec les paysans 40
prêtons et à exercer un grand ascendant sur les chefs insurges dont' les principaux survivants, après le grand de'sastre des Vende'ens au Mans et à Savenay, e'taient, nous l'avons' dit,^ Stofflet et Charette. 5 Puisaye, présent partout, veillant atout,* fut le véritable organisateur de la chouannerie ; exhortant à attaquer les postes isole's, à enlever les détachements républicains et les convois de vivres et de munitions, à s'emparer des caisses publiques^ ; créant sur une foule de points, avec
10 le secours des prêtres, des moyens de résistance et nouant habilement toutes les trames de l'insurrection. Les armes et les munitions faisant® défaut, Puisaye se rendit à Londres dans l'automne de 1794, pour" obtenir® l'assistance et la coopération du gouvernement anglais, et il
15 reçut à la même époque des pouvoirs très-étendus de Monsieur, comte de Provence qui, depuis la mort du son frère, prenait^ le titre de régent du royaume.* Puisaye entretint* de Londres une correspondance active avec les chefs insurgés de la Vendée, de la Bretagne et de l'Anjou,
20 et il eut, dans les pays insurgés, pour principal instrument Desotteux, Vjaron de Cormatin, qui prit* le titre de major général des armées catholiques dans l'Ouest.
Trois armés républicaines, après la révolution de thermidor, occupaient les départements /où l'insurrection
25 s'était propagée,'" l'armée de l'Ouest en Vendée, sous le général Canelaux, celle de Brest en Bretagne et l'armée des côtes de Cherboui'g disséminée dans le Maine et la basse ]S^ormandie. C'était celle-ci dont,' en septembre 1794, le général Hoche avait reçu le commandement,
30 auquel le Comité de salut public ajouta plus tard celui de larmée de Brest : ces armées réunies ne dépassaient pas quarante mille" hommes, forces tout a fait insuflisantes pour occuper cent cinquante lieues de côtes le long d'un pays accidenté, coupé de ravins, privé de routes, hérissé
35 de forêts, et dont' la population, tout'^ entière''^ hostile, était exaltée tout à la ïois par la passion religieuse'* et par une haine inextinguible pour la cause révolutionnaire,
* Ce prince, frère puîné de Louis XVI., fut appelé au trône en 1814 et régna sous le nom de Louis XVIII.
DE LAZARF. HOCHE. 53
celle-ci étant' inséparable uses yeux' d'un exécrable système de spoliation, de tyrannie sanglante et de terreur.
Hoche dan? les départements <îe l'Ouest. -Amnistie et première pacification.
Hoche trouva son' armée des côtes de Cherbourg dans' un état de désorganisation complète^: les soldats, disséminés par détachements dans les villes et les gros^ bourgs, avaient perdu l'habitude de la discipline et des exercices militaires : ils se croyaient' tout^ permis,® vivaient'" 10 de pillage et se répandaient dans les campagnes insurgées, beaucoup moins pour rallier leurs habitants au gouvernement républicain que pour s'y livrer à tous les désordres et y commettre® les plus odieuses" exactions. Hoche comprit'^ que son premier devoir 15 sur les côtes de l'Océan, comme l'année précédente dans les Vosges, était de réorganiser l'armée, d'y réveiller le sentiment de l'honneur et du devoir, et pour cela de tenir'' les soldats réunis autour du drapeau, sous les yeux- et sous la main de leurs chefs. Il les retira, 20 dans ce but, des villes et des bourgades où ils étaient cantonnés, obligeant'* celles-ci de veiller à leur propre sûreté, et il forma, dans les campagnes, un grand nombre de camps retranchés renfermant' chacun deux ou trois cents'' hommes qu'il tint'^ constanmient'* en haleine. 25 Il les occupa, durant le jour, aux travaux'" de leurs retranchements, et la nuit à de fréquentes excursions pour dissoudre'^ tout^' rassemblement armé, prévenir'® les surprises de l'ennem.i et pacifier les campagnes. Lui-même donnait l'example, ne prenant^" aucun repos, veillant à 30 tout,* marchant souvent à pied, le fusil sur l'épaule, à travers^''^ les forêts et les champs, comme un simple grenadier à la tête des colonnes. 11 faisait''^ observer.
dans ces excursions comme d;ins les camps, la plus rigoureuse^ discipline, punissant la maraude sans merci, ordonnant de bien traiter les habitants inotioiisifs ou soumis,'' compatissant à leurs misères et cherchant, par 5 tous les moj-ens, à faire^ passer les nobles sentiments de son âme dans celle de ses officiers et de ses soldats : ces sentiments se retrouvent tous dans l'ordre du jour qu'il publia, le 9 novembre 1794 : on* croit^ y entendre un e'cho du langac^e des hommes de l'antiquité: "A la voix 10 de la patrie, " disait" Hoche, "l'homme libre s'arme et court' défendre ses foyers, sans* chercher à imiter l'esclave de la tyrannie qu'un vil inte'rêt ou la crainte du châtiment fait-' mouvoir^. . . Le républicain qui ne connaît'" pas de maître,'' mais qui chérit ses devoirs, et dont''' la discipline 15 sévère consiste dans l'ardent amour de son pays, les'-' observe partout; il protège les faibles contre l'oppression des forts, fait^ respecter rigidement les propriétés, console les malheureux'* et les aime tous. Il f uit'^ la volupté et l'ivresse ; elles dégradent l'âme : il ne connaît'" pas 20 d'autre" parure que l'entretien de ses armes et de son vêtement : il n'affiche pas les vertus, mais elles lui sont chères,'® il les pratique : il est vainqueur, oii il périt honorablement. " *
On* sent,'' dans ce langage mâle et lier, l'accent de la 25 vérité : ce'^ ne sont pas là des phrases de convention, bonnes'" pour la circonstance et dont'-' on ne se souvient"'"' plus après les avoir dites'^' ; on y entend la voix du chef de guerre, du citoyen et de l'honnête homme ; Hoche est là touf-'^ entier. Il exhortait mieux" encore par l'exemple 30 que par les paroles et pratiquait, en toute-* occasion, ce précepte dont'-' il avait fait"^ sa devise : Ees non verba. (Il faut^® agir et non discourir. ") En se montrant à propos indulgent et sévère, toujours soigneux de la discipline, attentif à pourvoir'-* aux besoins matériels des armées et 35 plus encore à soutenir'" et à relever leur sens moral, toujours simple et toujours digne, il sut^" conquérir^' plus rapidement peut-être qu'aucun général le respect enthousiaste et l'amour de ses soldats, dont il était le * Rousselin, Corresp. de Hoche, p. 109.
père, et il disait' vrai lorsqu'il écrivait'- avec enjouement, à cette époque de sa vie : "' L'armée de la Moselle était une grande tille que j'iiimais comme une maîtresse : celle-ci est une enfant chérie que j'élève pour en^ faire* hommage à la patrie." 5
Hoche se trouvait, dans l'Ouest, au milieu de la chouannerie, dans cette guerx-e de haies, de chemins creux et de surprises nocturnes, faite-' par un ennemi le plus souvent invisible : il étouiiait sur ce théâtre si triste et si étroit pour un homme d'un si gi-and cœur et 10 d'un si beau génie. Il se faisait* violence au dehors, mais il s'épancliait dans sa correspondance intime ; on l'y voit® tressaillir^ d'allégresse au bruit des succès de son' ancienne' armée de la Moselle, devenue'" armée de Sambre-et-Meuse. "Je désire," écrivait-il "qu'on s'y sou- 15 vienne" qu'autrefois j'y servais'^ aussi. " En'-^ apprenant'* la grande victoire de Jourdan à Fleuru?, il écrit'" avec une modestie charmante : "Si je ne craignais'*' d'être importun, j'adresserais quelques lignes à Jourdan : mais l'écolier a-t-il" en ce moment le droit de distraire'* le 20 maître ? Continuez, braves et anciens amis, à soutenii*'" votre nom lorsque la postérité fouillera votre correspondance, peut-être une lettre de moi, qui se trouvera là par hasard, témoignera de votre amitié et me fera''^" échapper au naufrage de l'oubli. " 25
Cependant il ne néglige aucun de ses devoirs dans le champ épineux et restreint oîi'^' il est condanmé à agir : il s'y voue tout''*^ entier et il déploie, '■'^ dans les instructions qu'il donne à ses officiers, les qualités du vigilant capitaine et les talents de l'homme politique. "Ne mettez,"'"^* dit-iP^ 30 "à la tête des colonnes que des hommes parfaitement disciplinés, en état de se montrer aussi vaillants que modérés et d'être médiateurs autant que soldats ;" il leur recommandait d'acquérir'''® une parfaite connaissance des lieux, '■'^ de s'aboucher et de se lier avec les paysans paci- 35 fiques, de les rassurer, de gagner leur afiéction par des procédés bienveillants et sincères, tout en luttant de stratagèmes et de finesse avec les chouans. ' ' Mettons"''* en oeuvre, "dit-il,'^^ "rhumanité,lavertu,la probité, laforce, la ruse même au besoin, et toujours la dignité qui con- 40
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