‹ Lazare Hoche, 1793-1797;Chapitre 32 sur 67 · IW · texte numérisé non relu

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vaincre^ : Puisaye orduiiue la retraite. Celle-ci s'exécute avec une extrême confusion sous un feu terrible. Hoche poursuit^ les royalistes, et sa cavalerie se de'ploie'' dans la plaine pour les rejeter dans la mer avant qu'ils n"aient* 5 atteint^ le fort Penthièvre. Pour comble de mallieur, d'Hervilly qui luttait* avec le plus grand courage, reçpit en pleine poitrine un biscaïen qui le met^ hors de combat: et l'armée aurait encore une fois péri tout entière si l'amiral Warren n'eût fait* avancer ses cha-

10 loupes. Celles-ci avaient recueilli' Yauban et ses douze cents^° hommes re jetés du rivage où ils avaient d'abord débarqué. Us s'élancent sur la Falaise dont^^ ils prot'égent l'entrée : ils couvrent^^ ainsi la désastreuse'^ retraite de l'armée royale, et tiennent" en échec les républicains,

15 tandis que les chaloupes ouvrent'^ sur eux un feu épouvantable : ils s'arrêtent, reculent à leur tour'® et rentrent au camp.

Les pertes des émigrés étaient énormes, et, dans le seul régiment de Royal-Marine, sur soixante-quatorze

20 officiers, cinquante-trois avaient été tués ou mis^ hors de combat : mais en même'' temps il leur arrivait du renfort. La seconde division, celle d'Allemagne, formée de régiments au service de l'Angleterre, était'® entrée le 16 juillet dans la rade de Quiberon, au moment même" du combat,

25 mais trop tard pour prendre'^ part à l'action : l'ardent Sombreuil qui la commandait avait seul obtenu^" de l'amiral la permission de descendre à terre : il avait combattu^ en volontaire, et c'est lui^ que d'Hervilly, blessé à mort, désigna pour lui succéder dans le com-

30 mandement, sous la direction supérieure^ de Puisaye :

c'est lui Sombreuil qui disputera le dernier à Hoche ce

lambeau sanglant de terre, tombeau^* de tant^ de braves.

Sombreuil unissait aux dons extérieurs, à toutes les

grâces de la personne,^ des sentiments chevaleresques et

35 un bouillant courage, exalté encore par le souvenir d'un père et d'un frère morts-^ sur l'échafaud, et d'une famille entière^ fatalement entraînée dans la misère, dans l'exil ou dans la tombe. Il avait tout dernièrement épousé, à Londres, une jeune^' personne'^® éperdument aimée et, le

40 jour même de ses noces, il s'était arraché à sa jeune

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fiancée pour rejoindre' l'escadre anglaise- et cingler vei-s Quiberon.

Soinbreuil avait reconu^ toute l'importance du fort Penthièvre qui, flanqué de retranchements construits* par les e'migrés du cote' de la pleine mer, coupait en- 5 tièrement la presqu'île d'un rivage à l'autre : de la conservation de ce fort de'pendait le salut de l'arme'e royale. Sombrueil insista pour que la garde en fût^ exclusivement confiée à sa division : Puisaye refusa, craignant^ d'otienser les e'migie's des autres divisions. Mais dans 10 toutes se trouvaient incorpore's beaucoup' de prisonniers républicains, qui, pour* échapper aux souôrances qu'ils avaient endurées^ ou qui les attendaient sur les pontons anglais," avaient consenti^" à s'engager parmi les royalistes, acceptant" leurs ofi"res jusqu'à l'heure où 15 ils pourraient^- s'échapper et trahir leui-s nouveaux'^ compagnons. Déjà un grand nombre,^* profitant de la marée basse'* le long des murs, s'étaient jetés"'" dans l'eau qiji recouvrait'" les sables de la Falaise et avaient rejoint' l'armée républicaine, en remarquant, à droite et à gauche 20 du fort Penthièvre, les passages guéables qui condui- .saient'" au camp. Chaque"* nuit y amenait ainsi de nouveaux'* déserteurs : l'un d'eux, David Goujon, offrit'^ à Hoche de conduire'* une colonne par la pleine mer jusqu'au fort : Hoche accepta et résolut^" d'attaquer la presqu'île sans délai.

Dès le lendemain, 19 juillet, il rédigea^ un ordre du jour remarquable entre tous-'^ par sa précision et sa terrible énergie. Le fort Penthièvre sera attaqué de trois côtés à la fois dans la nuit suivante-^ à la basse'^ mer, à 30 gauche par le général Humbert, à l'extrême droite par le général Yalletan, et par l'adjudant général Ménage qui, avec trois cents^* hommes d'élite, tentera d'escalader le rocher relié au fort par le retranchement des émigrés : Hoche lui-même dirigera l'attaque au centre.

Dans la nuit du 20'-^ juillet, par un temps sombre. Hoche mit'-* en mouvement ses colonnes, marchant à leur tête, avec les représentants Blad et Tallien. Sa marche est suspendue par un orage épouvantable mêlé de grêle et d'une pluie glacée qui tombe à torrents, 40

tandis que les vents déchaînés avec fureur soulèvent le s;ible en e'pais^' tourbillons : les soldats ne distinguent plus ni leur direction ni la voix des chefs, et s'arrêtent dans un désordre affreux. Enfin ils reprennent^ leur 5 marche et parviennent,'^ après beaucoup^ d'efforts et sans être aperçus, au pied des remparts, au centre de la position ; là ils s'arêtent et attendent des nouvelles de l'attaque de gauche. Celle-ci échoua : Humbert, arrêté par la fureur des éléments, ne put* atteindre' la forteresse

10 qu'aux premières® lueurs du jour, au moment même' où^ la division centrale était découverte'^' par les assiégés. Les canonnières toulonnais^^ firent'" feu sur elle et donnèrent l'éveil à une chaloupe anglaise^' qui accabla la division d'Humbert, sous les boulets et les obus. H

15 fallut'^ se retirer : et Hoche rallia les républicains et commença'^ la retraite. La journée semblait perdue : l'unique chance de succès dépendait maintenant de l'attaque de droite, commandée par ^lénage et entreprise' sous la direction du transfuge David. Elle présentait d'im-

20 rnenses'* difficultés. La mer en fureur battait" le roc bastionné au pied duquel'® David amena la colonne républicaine, protégée par le bruit des flots furieux'" et par les ténèbres. "Ménage et sa troupe escaladent le roc, s'accrochant'® aux ronces, aux arbrisseaux, se faisant"

25 des échelons de leurs baïonnettes qu'ils enfoncent dans les crevasses, et s'aidant,'''se poussant les uns-** les autres, ils parviennent" au sommet. Le parapet restait à gravir et, au cri d'une sentinelle, ils pouvaient tous être précipités dans la mer. Mais ils entendent des paroles

30 amis : David avait des complices dans le fort, et ceuxci tendent la main aux républicains qui s'élancent sur la plate-forme. Les royalistes, qui s'étaient crus^' vainqueurs, sont surpris'- et massacrés, les canonniers toulonnais" pris"^ à revers sont tués sur leurs pièces : tout ce

35 qui résiste est égorgé, et Ménage plante sur la muraille le drapeau tricolore. Hoche l'aperçoit et rebrousse aussitôt chemin ; il entre sans résistance dans la forteresse, embrasse Ménage, le nomme général de brigade et dispose tout pour compléter sa victoire."*

* Rouget de l'Isle, Souveiiirs de Quiberon. — De la Tousche,

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