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Au premier bruit de la prise du fort, Puisaye comprit' 4ue tout- était perdu. Il ne s agissait plus de défendre la presqu'île ouverte^ au flot toujours grossissant des troupes re'publicaines, mais d'arrêter celles-ci assez longtemps pour permettre* aux de'bris* de l'arme'e royaliste de se 5 rembarquer. Sombreuil et lui^ prirent^ à la hâte, dans ce but, au milieu d'une confusion e'pouvantable, d'urgentes* et vaines dispositions. Toute l'artillerie était prise' ou détruite* ; aucun^° retranchement n'était élevé dans l'intérieur de la presqu'île, encombrée par la foule des 10 blessés et par une multitude de paysans, vieUferds, femmes, enifants, courant^ tous en désespérés vei^s le rivage, rompant^^ et entraînante^ avec eux les valeureux'bataUlons qui essayaient^^ de se former et qui n'avaient que leur poitrine à opposer aux feux^^ violents de la 15 mousqueterie et des canons. Sur divers points, rallies par Sombreuil, ils parvinrent'' à se former et, e précipitant^' sur les républicains avec toute la furie du désespoir, ils les firent'* reculer: vains efforts! que pouvait'^ 1 héroïque valeur de trois ou quatre mille'* hommes contre un ennemi 20 quatre fois plus nombreux et enivré par la victoire ! A chaque moment les royalistes perdaient du terrain et se rapprochaient de la mer ; mais la marée était basse, '^ la flotte anglaise-" était à l'ancre à une lieue du rivage, et la tourmente soulevait encore les vagues et rendait très 25 difficile l'approche des embarcations. Le ciel était fort sombre, et l'amiral n'aperçut pas les drapeau tricolore flottant sur la forteresse; il ignorait qu'elle fût^' prise.'' Puisaye envoya successivement à bord un pilote intrépide et un aide de camp, le marquis de la Jaille : puis 30 voyant tout désespéré, il s'embarqua lui-même, au fort Haliguen, sur un frêle esquif, pour hâter l'arrivée des secours et aussi, dit-il'^ pour mettre^ en siàreté sa correspondance, qui eût-* compromis* toute la Bretagne. L'honneur militaire exigeait^^ qu'il restât'^** pour mourir'* 35 avec ceux qu'il avait entraînés^'' dans le péril , mais sa fuite fut à tort considérée comme une trahison.
Relation du désastre de Quiberon. — Villeneuve la Roche- Barnaud, Mémoire sur l'expédition de Quiberon.
Averti du désastre, l'amiral Warren ât^ faire' force voiles vers le rivage et ouvrit^ un feu terrible sur les re'publicains : quelques coups mal dirigés portèrent sur la foule des fuyards et sur leurs défenseurs. Le plus 5 atireux spectacle s'offrait^ alors aux regards. La mer agitée sous un ciel toujours sombre écartait les embarcations vers lesquelles une multitude de malheureux de tout sexe et de tout âge tendait^ les mains en poussant des cris. Beaucoup^ s'avançaient' jusque dans la mer pour ne plus
10 reparaître,® ou retombaient, roulés et brisés, sur le rivage, au bruit de la fusillade et des canons de l'escadre, qui vomissaient une pluie de fer autour d'eux et sur eux.*
Un petit fort tout^ démantelé, le fort Neuf, autrement appelé fort Saint-Pierre, était à l'extrémité sud de la
15 presqu'île et à un quart de lieue du fort Haliguen : là fut le dernier refuge des légions royalistes. Ce fort n'avait aucune défense du côté de la terre ; huit cents'" émigrés environ s'y trouvaient réunis, tournant'^ le dos à la mer : le rivage, à droite et à gauche, était désert à cause du feu
20 continuel des chaloupes qui rendaient de chaque côté les approches très-dangereuses'^ : mais en face des émigrés, les grenadiers républicains, Hoche à leur tête, avançaient' toujours, criant" : " Bas les armes, à nous les patriotes ;" plusieurs voix'^criaient"aussi: "Rendez-vous,^^ on'^ne vous
25 fera'" rien." A trois cents'" pas'' environ ils s'arrêtèrent, et Hoche se porta en avant des siens. Sombreuil sortit'^ du fort à sa rencontre pour capituler : il dit" à Hoche qu'il offrait* sa vie en sacrifice pour celle de ses malheureux'^" compagnons, et demanda que ceux-ci fussent'-' traités en
30 prisonniers de guerre. Mais les lois étaient précises et, dans l'état désespéré où étaient les émigrés. Hoche ne crut'-*^ pas pouvoir-^ accéder à la demande de Sombreuil. Il admira son noble dévouement, et répondit que les vaincus^* devaient s'en remettre'-*' à la clémence de
35 la Convention. Cependant il tira sa montre et accorda une demi-heure'" pour le rembarquement.
*Des reproches injustes ont été adressés, dans cette circonstance, à l'escadre anglaise. Il était impossible que, dans cette épouvantable mêlée, un certain nombre de royalistes ne fussent27 atteints28 par les 40 boulets destinés à les protéKer.
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S'-m^ireuil revint' au fort et, selon quelques versions, il tit- espérer à ses compagnons qu'ils seraient traite's comme prisonniers de guerre. Mais, selon le re'cit dun e'crivain n.'3-aliste, présent à cette scène, et qui entendit les paroles de S<3mbreuil, celui-ci dit* aux émigrés : " Cne demi- 5 heure* vous est accordée pour' vous embarquer."* Et il ordonna de déposer les armes. Un murmure s éleva : on" obéit en" frémissant, et chacun coucha son arme devant" soi. Deux fois' alors le comte de SombreuU lança^° .sou cheval sur la pointe des rocs en se dirigeant^^ vers la 10 tlotte anglaise,^- et deux fois^ il fut rejeté par les vagues furieuses'^ sur la côte ; l'égarement du desespoir était dans ses yeux,^* dit l'auteur de la relation déjà citée ; il cherchait la mort, et comme il s'élançait^° une troisième fois, un oflScier arrêta son cheval : Sombreuil alors mit'^ pied à 15 terre et parut"' résigné.
L'escadre anglaise,^ arrêtée par des signaux'' répétés, avait cessé son feu ; mais avant qu'elle eùt^® mis^' ses embarcations à la mer, la demi-heure* accordée par Hoche était^" écoulée. Hoche se retira ; son-'^ armée marcha en 20 avant, enveloppa les royalistes et les fit'-- prisonniers : on* dit* que plusieurs émigrés se percèrent de leurs épées ; d'autres se précipitèrent dans les flots pour échapper au sort fatal qui les attendait, t
Après les combats acharnés vinrent^ les massacres 25 juridiques. Les huit cents''* prisonniers fait.s-'au fort Xeuf, réunis à ceux du fort Penthiévre. formaient environ trois raille"-^ hommes qu'on envoya à Auray. sous la conduite du général Humbert et du représentant Blad. Tallien se rendit à Pa.ris, où il exalta la récente victoire, des 30 armées de la République, en se glorifiant lui-même, et il se montra impitoyable envers les vaincus.'-^ Hoche avait intercédé pour eux et pensait avoir ému^ Tallien en leur faveur :% mais Tallien appela sur leur tête la vengeance
*De Corbehem, Dix a»*» de ma vie. Récit de l'affaire de Quiberon. 3:j
t De Corbehem, ibid.
* Selon Rouget de l'Isle, Tallien avait promis^ à Hoche d'inten eniri pour les prisonniers.