‹ Lazare Hoche [microforme] (volume 2)Chapitre 3 sur 25 · L- L Fremière jeunesse.—Hoche aux gardes françaises · texte numérisé non relu

L- L Fremière jeunesse.—Hoche aux gardes françaises

AZARE HOCHE naquit à Versailles, le 24 juin de l’année 1768.* Son père, ancien scldat, remplissait les humbles fonctions de garde-chenil dans | la vénerie du roi; sa mère mourut deux ans après s1 10 naissance, Une tante, marchande de lésumes à Versailles, faubourg de Montreuil, prit l’enfant en affection et donna des soins à son éducation première, Le jeune Hoche se fit remarquer de bonne heure dans les N exercices et les jeux de l'école, entre les enfan's de son 15 | âge et gagna, par sa gentillesse et sa vivacité, le cœur : de son oncle maternel, l'abbé Merlière, curé à Saint- Germain en Laye, Celui-ci lui donna quelques leçons ; il ajouta des notions élémentaires de latin aux premières

* La maison où naquit Hoche est située rue de Sartcry, et porte aujourd'hui le no 58,

connaissances acquises à l’école, et le fitenfant de chœur dans son éylise.

Lazare Hoche avait quinze ans lorsqu'il obtint un surnumérariat dans le service des écuries royales : mais sil était soldat d'instinct, il avait l'esprit actif et entreprevant ; un livre de voyages éveilla en lui le goût des aventures et des entreprises lointaines, il voulut s’engager, à seize ans, dans les troupes celoniales, mais il fut trompé par un sergent recruteur ; et lursqu’il pensait loavoir contra’té un engagement dans un régiment destiné aux Grandes-Indes, il se trouva incorporé, sans le savoir, dans les gardes françaises, Intelligent et adroit, il suffit d'un mois au jeun? Hoche pour passer du maniement de l’arme à l’exer-

15 cice des manœuvres, Il fit des progrès aussi rapides dans l'estime de ses chefs et de ses camarades, il captivait déjà les cœurs par son caractère bienveillant, droit et généreux, en même temps qu'il attirait les regards par sa taille élégante et haute, par la beauté de ses traits

20 que relevait encore un air noble et maitial, et à peine comptait-il une année de service quand les grenadiers de son corps, caserné à Paris, exprimèrent le désir de l'avoir pour camarade, Leur demande fut accueillie et Hoche prit rang parmi eux.

24 On était en l’année 1785, et déjà l’on sentait de toutes parts les approches du grand mouvement politique et social qui devint la Révolution française, et dont le premier, le meilleur et le plus durable résultat peutêtre, fut de détruire partout les priviléges, de renverser

30 les obstacles qu’opposait au mérite personnel l'obscurité de la naissance ou le défaut de fortune. Sorti des derniers rangs, mais digne de s'élever au premier par son intelligence et son grand cœur, Hoche salua avec enthousiasme les approches d’une révolution qui pro-

35 mettait de donner libre carrière pour se produire at talent et au génie, Il déplorait son défaut d'instruction, il savait tout ce que celle-ci apporte de secours et de force aux qualités personnelles, et il était en état de comprendre combien la culture de l'intelligence facilite

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charme dans toute son existence: il brûlait donc de s’instruire, mais il manquait de livres, sa paye modique fournissait à peine à ses besoins matériels le strict nécessaire, Les ressources que ne lui furnissait point son pécule de soldat, il les trouva dans un usage 5 toléré au sein du corps d'élite auquel il apparte. ait: le régiment des gardes françaises, créé en 1563 et formant depuis deux siècles la garde du roi, étzit considéré comme le premier régiment de France. Il jouissait de divers priviléges, ne recevait dans ses rangs q'e des 10 Français, et tenait garnison à Paris. Les soldats avaient la permission d'ajouter à leur paye en exerçant dans la ville divers métiers, et les rapports intimes et iournaliers qu'ils entretenaient ainsi avec les habitants contribuèrent puissamment à les gagner, dès le début de la 15 Révolution, à la cause populaire. Hoche, plus que tout autre, se montra ingénieux à multiplier les moyens d'employer utilement ses loisirs; en hiver il brodait des bonnets de police et des vestes ; en été il parcourait la campagne autour de Paris, demandant de l'emploi aux 20 jardiniers, puisant de l’eau, arrosant et bêchant pour eux. Avec ses profits, il achetait des livres; mais il lui était difficile de mettre beaucoup de choix dans ses acquisitions. Les histoires des républiques de la Grèce et de Rome; les paroles et les actes de leurs grands 25 hommes, cités alors à tout propos dans les écrits du jour, et beaucoup d'ouvrages de polémique courante empreints de l’exaltation du moment lui tombèrent dans les mains: ils ajoutèrent à ses connaissances d’une façon quelquefois plus indigeste que profitable et exci- 30 térent encore davantage son enthousiasme pour les théories nouvelles et pour la cause révolutionnaire, Cependant une louable ambition, secondée par une volonté ferme, par l'esprit d'ordre et de travail, et par un sens profond du devoir, stimulait son ardeur ; mais il 35 n'avait point acquis encore un suffisant empire sur luimême: violent et emporté, sa fougue du moins prenait le plus souvent racine dans des sentiments honnêtes et généreux qui plus tard mieux réglés devirrent des vertus, et c'était surtout en croyant détendre l’ir térêt de 40

la justice et de l’humanité qu'il se laissait entraîner au delà des bornes. Hoche avait en horreur la délation et la perfidie : pour ces causes, un caporal de son régiment s'était rendu odieux à ses camarades, et il (tait en même

5 temps redouté de tous pour sa grande habil:té à l’escrime, Hoche le provoqua en duel, reçut de lui un coup de sabre qui lui partagea le front, et lui enfonça son arme dans le corps jusqu’à la garde.

Une autre fois, un de ses plus braves camarades et

10 son ami ayant été tué dans une rixe populaire, Hoche, brûlant de le venger, courut au logis du meurtrier, et ne le trouvant pas, il saccagea sa maison, L'affaire fut envenimée : Hoche, traduit en jugement et condamné à une détention rigoureuse, fut tenu au cachot trois mois,

15 privé d'air et de jour, nourri au pain et à l’eau, sans habits de rechange. Il en sortit, les vêtements en lambeaux, rongé de vermine, exténué, demi-mort. Il dédaigna, un peu plus tard, de tirer une facile vengeance de celui dont le rapport exagéré avait provoqué un

20 châtiment si cruel, et il se montra aussi prompt à oublier ses propres injures qu’à venger celles d’autrui,

Ces infractions à la discipline contribuèrent sans doute autant que sa grande jeunesse à rendre, au début, son avancement lent et difficile. Il comptait cinq ans

25 de services lorsque s’ouvrit la célèbre année 1789, et il était encore simple grenadier aux gardes françaises, Quelques mois plus tard, il fut fait caporal. béjà il était remarqué de tous par sa démarche militaire et son air martial que relevait encore la cicatrice qui partageait

30 son front. Comme il défilait dans une revue, en tête de son escouade, une femme de haut rang, arrêtant sur lui ses regards, s’écria : Quel beau général on ferait de cet homme ! Les événements allaisnt faire, d’une exclamation irréfléchie, une parole prophétique, et ce qui eût

35 paru tout à fait improbzble et même impossible lorsqu’elle fut prononcée, devint bientôt une réalité, un témoignage éclatant, entre tant d’autres signes extraor-

dinaires, d’une révolution prolonde accomplie dans les mœurs et d’une complète rénovation sociale,

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DE LAZARF HOCUHE,

Causes et préludes de la Révolution française.—La Bastille.— Journées d'octobre,

Pour bien apprécier, à cette époque et dans la suite, le caractère et la conduite de Hoche au début de la Révolution, il est indispensable d’exposer brièvement, mais avec précision, le principal objet de cette grande crise qui transforma si profondément la société française, et dont les résultats se firent sentir dans les conirées les plus reculées de l’Europe,

Ses auteurs voulaient la réforme d'innombrables abus nés du régime féodal, du pouvoir absolu de la couronne et de l'inésale répartition des charges publiques* : ils demandaient l'égalité civile et la participation du pays à l'établissement des impôts et à la confection des actes législatifs. Ces résuitats étaient désirés de la portion la plus éclairée de la noblesse, de la majorité du clergé, et surtout de la bourgeoisie et des classes ouvrières : ils ne pouvaient cependant être obtenu: sans heurter de nom-

breux préjugés, sans blesser une foule d'intérêts, ni sans 20

déraciner violemment des habitudes invétérées et des usages séculaires dans lesquels le roi, sa famille, sa cour et une tiès-grande partie des privilégiés voyaient des droits acquis et les seules garanties possibles d’un gouvernement sage et régulier.

D'autre part, une multitude d’écrits célèbres avidement lus avaient fait pénétrer les nouveaux principes de régénération politique et sociale fort avant au sein des masses. Ces publications, tout en s'adressant à la raison publique et aux sentiments généreux, avaient éveillé aussi de dangereux instincts, des passions aveugles et violentes, surexcitées par le souvenir de longues souffrances, et que les lumières de l'expérience ne pouvaient encore ni diriger ni contenir, A force d’entendre chaque jour déclamer contre les lois en vigueur,

* Les impôts onéreux et vexatoires de la taille et des corvées ne tombaient que sur les non nobles ou roturiers.

contre les priviléges et les autorités établies, et revendiquer pour tous, des libertés, des droits, des pouvoirs, il était impossible qu’une multitude d'hommes ne fussent bientôt portés à confondre leurs droits avec leurs désirs,

5 la liberté avec ia licence, l’horreur de l’oppression avec la haine de toute discipline, et il était à prévoir qu'il naîtrait d'une situation si complexe de grands périls et des difficultés sans nombre, Ces prévisions furent de beaucoup dépassées par les faits.

10 Des prétentions exagérées, des actes imprudents et des excès coupables provoquèrent de la part de la cour une réaction violente, L’Assemblée nationale et constituante, formée des députés de tous les ordres et convoquée en mai 1789, avait été graduellement conduite à

15 s'emparer de presque tous les pouvoirs; après avoir beaucoup fait pour répondre aux vœux du pays et aux nécessités de ‘la situation, elle prit plusieurs résolutions téméraires et funestes et voulut que tous es actes fussent indistinctement acceptés et sanctionnés par la couronne,

20 Le roi Louis XVI. avait le premier donné l’exemple des sages réformes ; ses aspirations étaient pures, son cœur honnête et bon, mais il manquait de lumières, il était faible, irrésolu, et cédait facilement à des impulsions contraires. Après avoir fait beaucoup de concessions

25 qu'il jugeait opportunes et compatibles avec sa dignité, il s'etfraya d’exigences nouvelles qui lui parurent en opposition avec son devoir de roi et essaya de lutter contre la violence du torrent révolutionnaire : il ouvrit l'oreille aux ressentiments et aux plaintes des membres

30 ‘le sa famiile, des courtisans et des privilézsiés violemment dépossélés ; et croyant voir la France en péril avec son trône, il eut recours à la force militaire pour défendre les restes d’un pouvoir sapé déjà dans ses fondements ; des régiments furent appelés à Paris et à

35 Versailles.

La bourgeoisie et les meneurs de l’Assemblée nationale firent appel aux passions populaires et opposèrent à la menace des baïonnettes l'insurrection de la multitude, Les grandes questions qui agitaient les

40 esprits sortirent alors des débats pacifiques pour être

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DE LAZARE HOCHE. 7 livrées À l'arbitraire, à la force aveugle et brutale : de là

civile et toutes ses fureurs.

Le premier essai que la multitude fit de ses forces fut l'attaque de la Bastille, forteresse redoutable, située à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine: c'était là qu'étaient renfermés, depuis des siècles, sur un simple ordre royal, ou lettre de cachet, la plupart de ceux que le roi ou ses ministres jugeaient opportun d’ar:êter et de retenir captifs en les dérobant à la justice des tribunaux ordinaires légalement institués. La Bastille, pour cette cause, était regardée, non sans raison, comme le monument d’un âge barbare, comme la citadelle du despotisme. Paris, dans les premiers jours de juillet 1789, avait été le théâtre de rixes sanglantes entre le peuple et la troupe ; le peuple demanda des armes, pilla l’arsenal des Invalides, forgea des piques et, dans la matinée du 14, au cri de: À /a Bastille ! à la Bastille! une immense colonne populaire courut attaquer cette forteresse occupée par une faible garnison de Suisses et d’invalides,

L'attaque aurait échoué si trois cents gardes françaises ne l’eussent secondée. Ils accoururent avec des canons et marchèrent à la tête des colonnes. La Bastille fut prise et des assassinats soutllèrent la victoire populaire.

Une partie seulement des gardes françaises avait été entraînée dans l'insurrection de la multitude: Hoche fut de ceux qui demeurèrent fidèles au drapeau. Caserné dans la rue Verte avec quelques conscrits formant le dépôt de son bataille n, il ferma la grille de son quartier, fii de grands efforts pour empêcher qu’elle ne fût forcée et défendit contre les assauts de la populace déchainée, les canons confiès à sa garde.

Les gardes frar çaises furent licenciés après la chute de la Bastille et répartis dans les compagnies soldées de

surgirent de grands excès, des crimes odieux, la guerre

la garde nationale pour servir sous les ordres du général 35

La Fayette. Hoche y entra, et il était sergent-major d’une de ces compagnies à l’époque des sinistres événements provoqués par l’arrivée de nouveaux régiments appelés à Versailles dans les premiers jours d’octobre

4789. Une fête avait été dunnée aux officiers de ces 40

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corps par leurs camarades dans la grande salle de spectacle du Château: le roi et la reine tenant le jeune dauphin dans ses bras, parurent dans cette réunion bruyante ; leur vue excita des cris d’enthousiasme : des 5 cocardes blanches furent distribuées et l'on prétendit que les emblèmes tricolores et populaires avaient été foulés aux pieds, Le bruit de ce banquet se répandit dans Paris et y produisit une fermentation extrême ; l'arrivée des régiments, leurs dispositions hostiles, la crainte des 10 complots de la cour et surtout la disette firent éclater un soulèvement redoutable, Une fiile sans mœurs, Théroigne de Méricourt, donne le signal, le 5 octobre, en parcourant les rues avec un tambour ; une horde de femmes la suit en demandant du pain et en poussant d’affreuses voci- 15 férations. Autour d’elles accourt de toutes parts une multitude furieuse ; c’est sur Versailles que veut marcher cette foule désordonnée et un nommé Maillard, ancien huissier, offre de l’y conduire. Retenue pendant sept heures par La Fayette, elle part enfin et jette l’'épouvante dans Ver- 20 sailles. Un premier engagement avait eu lieu entre les gardes du corps et cette foule désordonnée, quand La Fayette arrive pour la contenir, à la tête de la garde nationale parisienne ; sa présence ramène la securité et aux approches de la nuit le calme se rétablit Tandis 25 que chacun se livre au sommeil, quelques hommes du peuple trouvent une des grilles du Château ouverte ; ils entrent en appelant leurs camarades; l’alerte est donnée et un combat s'engage entre eux et les gardes du corps de service, dont plusieurs se font tuer héroïquement à 30 leur poste en criant: Sauveg la reine! Marie-Antoinette, avertie du péril, s’élance de son lit et se réfugie auprès du roi. La Fayette vole à leur secours; il pénètre avec ses officiers et quelques grenadiers de la garde nationale soldée dans la royale résidence envahie: le 35 sergent-major Hoche était parmi eux, il contribua à repousser les envahisseurs : sa conduite fut remarquée, et

le général lui donna des louanges. *

* Mémoires de La Fayette, tome ïi., second récit des événements J actobre, À

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DE LAZARE HOCHE. 9 Hoche cependant, nous l'avons vu, avait embrassé avec ardeur les principes d’une révolution qui supprimait les priviléges et abaiïssait les obstacles devant le ménte : mais son bon sens, ami de l’ordre et de la discipline, répugnait à l'anarchie etaux fureurs démagogiques: 5 ses vives sympathies pour la cause de l'égalité civile et de Ja liberté ne l’avaien: dépouillé ni de sa droiture, ni de son respect, ni de sa pitié, et il avait vu un abominable attentat dans la violation de la royale demeure par la populace. Hoche d’ailleurs avait un sentiment pro- 10 fond de l'honneur et du detoir: il se souvint, le 6 octobre comme au 14 juillet, que la vraie place du soldat est en face de l'émeute et non au milieu d'elle, que son honneur consiste à garder sa consigne et son drapeau, et que si, en des cas extrêmes, il peut briser son épée, 15 il lui est toujours interdit de la tourner contre ceux qui la lui ont confiée pour les défendre. Il se sentait la force de grandir par ses services, d'acquérir tous les grades par des voies légitimes ; il eût rougi de s'élever par la révolte ou par la trahison. 20

Progrès de la Révolution.—Premières défaites et victoires. — Hoche à l'armée des Ardennes.

Louis XVI et sa famille avaient été conduits à Paris entre les piques de la multitude qui avait envahi leur 25

alais à Versailles dans les journées du 5 et du 6 octobre: il vivait au palais des Tuileries, plus prisonnier que roi, sous l’étroite surveillance de la garde nationale parisienne, contraint à sanctionner une série de mesures en opposition avec sa conscience, et la Révolution suivait 30 son cours. Révolution sociale autant que politique, elle menaçait en Furope comme en France tous les intérêts liés à l’ancienne constitution féodale de la société. Les princes français et les énigrés répandus dans les cours étrangères, les remplissaient de leurs 35 plaintes et aussi de leurs terreurs et de leurs

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espérances. Ils montraient tous les rois atteints vu % menacés en la personne de Louis XVI et la France | gémissant sous la tyrannie de quelques démagogues, et à P ils promettaient témérairement un soulèvement général g 5 de la nation en faveur du roi si les armées étrangères ke franchissaient les frontières du royaume. | # Ainsi fut préparée en 1791 la première coalition entre { | | les souverains allemands qui compromirent Louis XVI Re £ À en proclamant la solidarité de leur propre cause avec la

10 sienne et rendirent sa situation plus péilleuse et plus cruelle, Ë À Aprés une malheureuse tentative de la famille royale 4

pour gagner la frontière et son arrestation à Varennes, à P la déchéance du roi fut proposée: mais l'Assemblée be 15 constituante repoussa la motion comme inconstitution- N la

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tout pouvoir, tout moyen de régner. 1 Déà les Prussiens avançaient, nos armées reculaient 20 devant eux et la France était entamée. A chaque pro- 4 grès de l’ennemi répondait, au sein de la multitude dans 1 Paris, un surcroît de fureur contre le roi et la reine, trop À malheureux et trop menacés pour n'être pas soupçonnés de complicité secrète avec ceux qui s'annonçaient comme 25 marchant à leur délivrance, et accusés, non sans fondement, d'entretenir des relations avec les princes de leur famille armés pour leur cause. Déjà la populace, dont 8 d’ardents démagogues entretenaient la fureur, faisait la | loi à la Commune ou municipalité de Paris, et dominait 30 l’Assemblée: au 20 juin 1792, elle fit irruption aux Tuileries et abreuva le roi d’outrages ; au 1: août, elle renversa le trône en égorgeant ses défenseurs : Louis XVI et sa famille furent incarcérés au Temple. Cependant l'ennemi avançait toujours: Longwy fut pris et 35 Verdun investi Le courroux populaire ne connut plus de bornes ; il s'enflamma contre les nobles et les prétres suspects de former des vœux pour le succè- des armées étrangères. Plusieurs millicrs d'info tu és, appartenant aux anciens ordres privilégiés, turent 40 arrachés de leur domicile et entassés pêle-mêle dans

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les prisons de Paris Le 2 septembre enfin, jour d’'exécrable mémoire, la plus vile populace, encouragée par le concours des autorités municipales et par la complicité tacite du ministre de la justice Danton, se rua sur les prisons et massacra presque tous les prisonniers avec une épouvantable barbarie,

Mon but n'est pas de raconter ici les scènes sanglantes de nos troubles civils auxquels Hoche, à cette époque, demeura complètement étranger : il m'a fallu cependant rappeler en peu de mots ce ui était indispensable à dire pour faire comprendre la situation générale du pays au moment où son héruiïque figure commence à paraître dans la grande lutte entre l'Europe et la France envahie.

Les armées étaient alors l’asile de toutes les gloires de la patrie. Dans aucune autre classe de la nation le sentiment de l'égalité ne fut plus pur, parce qu’il n’y en avait aucune où il s’unît mieux à la plus stricte équité, et qu’il était naturel et juste que la patrie se montrât reconnaissante et généreuse envers ceux qui donnaient leur sang pour elle.* Là, le pur enthousiasme de la liberté était entretenu dans les cœurs comme aux premiers jours, parce qu'aux armes l’idée de la liberté s'alliait heureusement avec celle de l’affranchissement du sol national: cette idée, réveillant les sentiments les plus généreux, n’avait encore rien perdu de son prestige, et elle fit sur nos frontières ce qu'elle a fait partout, elle ænfanta des prodiges d’héroïsme et de dévouement, L'amour de la liberté ainsi confondu avec le patriotisme, fut exalté encore davantage dans l’âme des soldats par l'abolition des servitudes féodales qui avaient pesé d’un poids si lourd sur leurs familles, et, lorsqu'au chant terrible de /a Mayse;llaise, ils se ruaient sur les armées de l’Europe soudoyées par les rois, ils croyaient bien véritablement courir, non-seulement au secours de la patrie menacée, mais aussi à la délivrance des peuples <ncore soumis au joug féodal et qu’ils nommaient leurs

* Avant la Révolution, le brevet d'officier n'était accordé, sauf de très-rares exceptiuns, qu’au privilége.

frères. Voilà pourquoi la Révolution, malgré tant de violences et de crimes, demeura toujours populaire dans nos armées rajeunies composées de volontaires ; et c’est ainsi, qu'après de premiers échecs, elles devinrent invin- 5 cibles.*

Ces échecs étaient inévitables au début de la Révolution. Les officiers, appartenant alors, la plupart, à l'ancienne noblesse, ils formæient une classe distincte de celle des soldats, et il y avait dans l’armée deux castes

10 divisées d'intérêts et d'opinions: le chef se défait des soldats, le soldat n'avait aucune confiance dans ses chefs, de 1à une complète désorganisation en face de l'ennemi et de nombreux revers. Beaucoup d’ofliciers avaient déjà quitté leurs régiments pour suivre les princes dans

15 l’'émigration : une foule d’autres les imitèrent dans la suite ou furent expulsés par leurs soldats : ils furent remplacés dans tous les grades, depuis le sous-lieutenant jusqu’au général, par des hommes sortis des rangs, et ceux des anciens officiers généraux, nobles la plupart,

zo qui cunservèrent leurs commandements, La Fayette, Beurnonville, Custine, Biron, Dumouriez,t Kellermann, avaient tous adopté les principes de 1789, et continuèrent à servir avec ardeur et dévouement la cause révolutionnaire. L’harmonie commença donc à se rétablir

25 entre les chefs et les soldats, et nos armées remportèrent. alors leurs premières victoires.

Files avaient vaincu sous Kellermann à Valmy, sous Custine à la frontière du Rhin, sous Dumouriez à Jemmapes ; la Belgique était conquise et l'ennemi repoussé

30 sur tous les points, lorsque le supplice de Louis XVI, l’un des princes les plus vertueux qui aient honoré le trône, et que la constitution déclarait inviolable, excita au plus haut degré l’horreur publique, enleva à la Révolution

®* La Révolution leur criait : ‘* Volontaires, 35 Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères.” Contents, ils disaient oui?

‘ Allez, mes vieux soldats, mes jé éraux imberbes ! ” Et l’on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes Sur le monde ébloui. —V. Huco.

40 + Dumouriez était d'une ancienne famille parlementaire.

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une foule de cœurs qui lui étaient jusque-là demeurés |

de dévoués, et décupla le nombre de ses ennemis en Europe nid | et en France, Ce funeste résultat de l'attentat du 21 est janvier est selon moi le plus irrécusable argument contre . in- une doctrine perverse qui pose en principe que les actes 5 (| | violents et criminels des terroristes étaient indispensables | pVO® pour assurer le triomphe de la Révolution française : | , à on n'a jamais fait à celle-ci un tort plus grave, une plus }l cte cruelle insulte qu’en supposant que les grandes idées et {| stes les nobles sentiments dont s'inspirait à son début 10 des l'Assemblée constituante aient été, quatre ans plus tard, l efs, sans cause sérieuse, complètement éteints dans les Âmes, q emi et à ce point oubliés, qu’il fût nécessaire de suppléer en fl ent | 1793 par la Terreur à l'élan et à l'enthousiasme géné- ji ans reux de 1789. S'il est vrai cependant, s’il est impossible 15 (fl la de nier qu’on obtint par elle des ressources que le dérent vouement n'aurait plus données, il n’est pas moins vrai fl dant et il importe de dire que la cause de la Révolution avait if » et été déjà compromise et perdue aux yeux de la masse art, des honnêtes gens par beaucoup d’excès et de crimes 20 ette, | commis en son nom et entre lesquels le supplice de ann, Louis XVI fut le plus odieux. L'indignation qu'il nuë- inspira multiplia les dangers autour de la Convention EVO= nationale, et elle fut ainsi entraînée dans une voie noublir velle de violences et de tureurs où il lui devint chaque 25 ‘ent jour plus difficile de s’arrêter.* La coalition précédente ous: * La Révolution prit un caractère nouveau après les massacres em- de septembre et le supplice du roi, et lorsqu on songe que le Comité ‘ de salut public, créé en 1793, ft conduit de violence en violence et 1SSÉ de crime en crime, jusqu'à menacer indistinctement de la hache 30 l’un révolutionnaire tout le monde sans distinction de classe, de sexe et ne, d'âge, jusqu'à trancher les têtes le plus illustres et les plus vénérées, lus jusqu'à immoler les viefllards, les femmes, les jeunes filles, les plus k pauvres comme les plus riches, les amis de la Révolution comme ses 10n ÿ ennemis, charriés en masses à l'échafaud, ces beaux vers de Racine, 35 adressés par Burrhus à Néron, reviennent à la mémoire : ° + «+ - Il vous faudra courir de crime en crime, 4 Soutenir vos rigueurs par d'autres cru 'utés, Et laver dans le sang vos bras ensanglantés : Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre, 40

Craint de tout l’univers il vous faudra tout craindre, + Toujours punir, touj urs trembler dans vos projets, 0. Et pour vos ennemis compter tous vos sujets. —Britannicus, acte IV., scène iii

n'avait rallié contre nous que deux ou trois puissances ; mais, après l'attentat du 21 janvier, l’Europe indignée prit les armes d’un accord unanime, La Révolution compta pour ennemis déclarés l’Angleterre, la Hollande, $ l'Espagne, toute la Confédération germanique, Naples, le Saint-Siége, puis la Russie, et presque en même temps la Vendée se leva menaçante et terrible : il fallut combattre, outre l'ennemi intérieur, trois cent cinquante mille hommes des meilleures troupes de l'Europe qui 10 s’avançaient sur toutes les frontières de la France, ill Le premier effort de cette coalition formidable tomba Lu sur l’armée des Ardennes dont le général en chef, (gl!| Dumouriez, était alors en Hollande : elle était, en son absence, commandée ainsi que l’arnée du Nord, par le 15 général Miranda, et elle occupait des cantonnements d'hiver sur la rive droite de la Meuse au-dessus de L'ége, Les Autrichiens avaient repris l’uffensive : ils surprirent et attaquèrent en mars 1793, à Altenhowen, les divisions françaises qui, sous les ordres du général Le Veneur, 20 investissaient Maëstricht, les ‘uirent en déroute et les forcèrent à lever le siége de cette place : c’est alors que Hoche apparaît pour la première fois dans l'histoire, pc

ordres : il le prit pour aide de camp et se l’attacha pour 35 la vie.

Dumouriez cependant était accouru de Hollande et avait arrêté la retraite de son armée: reprenant à son tour l'offensive, il marcha aux Autrichiens, livra bataille et fut Lattu, le 18 mars, à Nerwinde. Hoche se distingua

40 entre tous dans cette journée et dans les suivantes, à

Nommé lieutenant, puis bieutôt après capitaine au 58: ré- de giment d'infanterie, il s’était dé à fait remarquer par le 1e 25 général Le Veneur, qui avait su apprécier son activité, son intelligence et son courage, et il fut chargé de protéger 1 dans cette journée désastreuse, l'évacuation des maga- k sins et de l'artillerie sous le feu de l'ennemi. Hoche é exécuta cette opération avec audace et bonheur. Grâce |

30 à lui, tout le matériel fut sauvé et les Autrichiens ne # purent s'emparer d'un seul canon. Le général Le î Veneur donna les plus grands éloges au jeune capitairie , qui avait si vaillamment et si heureusement exécuté ses

DE LAZARE HOCHE, 15 Vertrich et à Blangen, Couvrant la retraite au passage

de la Dyle en avant de Louvain, il lutta sans relâche

avec une obstination indomptable, Il eut deux che-

vaux tués sous lui et continua de combattre, ralliant À

pied les troupes et les ramenant sans cesse à l'ennemi, $ | Il rejoignit ensuite son général, qui s'établit sur la | front ère, au camp de Maulide, En récompense de sa | glorieuse conduite, Hoche fut nomms adjudant général,

chef de bataillon, avancement bien mérité, mais que sa

modestie refusa pour rester aide de camp du général Le 10

ba Veneur, qui lui témoignait autant d’estime que d'amitié, hef, Le général comte Le Veneur était du nombre de {|| son ces hommes d'élite qui, appartenant à l'aristocratie | le française, avaient adopté, par conscience et avec con- | ènts viciion, les principes fondamentaux de la Révolution. 18 | ge. L'état politique de la France aux approches de 1789 ne {l ent lui avait paru en rapport ni avec sa civilisation ni avec [14 ns ses lumières : l'autorité royale, durant plusieurs siècles, Nil ur, avait renversé ou considérablement affaibli toutes les 11! les | barrières que lui opposaient les Etats généraux et pro- 20 (4 que vinciaux, les parlements et les libertés communales : le ire, pouvoir du monarque, limité en principe, était de fait À ré- devenu absolu, et le gouvernement de la France, conle tenu seulement par les mœurs, était devenu presque on semblable à celui des sultans, 25 zer Après le règne déplorable de Louis XV, durant lequel ya- | le pays fut humilié devant l’Europe et ruiné à l’intérieur, he le comte Le Veneur crut, avec les hommes les plus ce éclairés de son temps, que l'heure était venue pour la 1e nation d'intervenir dans la conduite de ses affaires ; il 30 Le reconnaissait d'autre part qu’il y avait de grands abus à 1e réformer ; il trouvait peu équitables les obstacles opposés es ar les institutions traditionnelles et par les priviléges à ur La libre concurrence, à l'essor des forces individuelles, et son cœur fut d'accord avec son intelligence pour 38 et adhérer au grand principe de l'égalité de tous devant la n loi. Le privilége de la naissance et la voix de l'intérêt J personnel n'étouffaient pas dans son âme le cri de l'équité a naturelle et du patriotisme ; il applaudit au mouvement à généreux qui entraîna les députés d’une partie de là 40

noblesse et du clergé à faire, le 4 août 1789, dans PAssemblée constituante, le sacrifice de leurs priviléges et de leurs droits féodaux, et les crimes commis plus tard au nom de la liberté, les forfaits qui déshonorèrent la cause de la Révolution, tout en pénétrant son âme de la plus vive douleur, n’altérèrent jamais son inébranlable conviction dans l'équité des grands principes proclamés au début de cette crise redoutable, Apre, la déchéance du roi, au 10 août, après son supplice même

o en janvier 1793, le comte Le Veneur ne déserta point son poste sur la frontière, en face des Autrichiens, et il crut de son devoir, aussi longtemps que l'épée ne serait pas arrachée de ses mains, de la conserver pour la tourner contre les envahisseurs de son pays.

15 Tels étaient aussi les sentiments de son jeune aide de camp ; mais, dans | âme ardente et toute républicaine de Hoche, ils existaient avec l’effervescence de la jeunesse, avec l’exaltation et l'emportement de la pission. Hoche aimait avec transport une cause au trioiphe de laquelle

go tout son avenir semblait attaché, et une transformation sociale qui lui permettrait d'atteindre aussi haut qu'il se sentait appelé par ses talents. Le comte Le Veneur avait noblement et courageusement fait le sacrifice de ses privilèges sur l’autel du patriotisme et de la liberté,

25 et le mêine feu qui avait consumé tous ses titres avait allumé toutes les espérances de Hoche e‘: donné des ailes de flamme à son génie. De là, dans ses manières comme dans son langage, une fougue, un emportement de républicanisme dont aurait pu quelquefois s’offenser

go un chef appartenant à l’ancien ordre de Ja noblesse, s'il eût été moins bienveillant ou moins sage ; mais le comte Le Veneur, à travers toute cette effervescence de jeune homme, avait reconnu le héros : la loyauté de Hoche, sa probité, son désintéressement et son ardent patriotisme

35 avaient captivé son général et touché son cœur: l'ambition lui vint d'aider la nature à former un grard homme pour la patrie, d'achever l'éducation de son jeune aide de camp, de lui donner tout ce qui lui manquait en expérience, en usage du monde ct dans l’art difficile de gou-

do verner les hommes en se possédant soi-même, C'est

, dans iléges S plus rèrent n âme ‘bran- S prore, la nême point etil serait ur la

le de e de esse, oche uelle ition il se neur e de rté, Lvait des ères rent nser s'il nmte une , Sa

ainsi qu’il l’initia aux délicatesses d'une société choisie que Hoche n'avait jamais connue, il polit ses manières, épura son langage, dirigea ses lectures, et fit naître pour lui-même dans le cœur du jeune homme une affection

reconnaissante et filiale qui ne s'éteignit qu'avec sa vie, $

Deux ans plus tard, au milieu de ses premiers succès et

‘lorsque l’aide de camp eut été élevé au-dessus de son

ancien général et commanda nos armées, les mêmes relations subsistèrent entre eux: Hoche continua de prêter une oreille docile à celui qu’il nommait son second père, qui blâmait le ton soldatesque de sa correspondance, de ses ordres du jour et de ses rapports, et l’exhortait à donner à son langage ce caractère de dignité simple et naturelle empreint dans son attitude et dans toute sa personne. Ainsi s'établit entre ces deux hommes un commerce touchant qui ne fait pas moins honneur à l'élève qu’au maître : celui-ci avait l âme trop haute pour donner accès à la jalousie ; une déférence tendre et xespectueuse ne coûtait rien: à l'autre, et la reconnaissance n'était pas un fardeau pour son cœur magnanime

ils étaient ensemble au camp de Maulde, lorsqu'on y apprit la défection de Dumouriez (mars 1793). Celvi-ci imputait aux jacobins ses derniers revers ; il avait en horreur les violences de la Convention et la tyrannie de la Commune de Paris, et parlait hautement de se rendre dans la capitale et d’y rétablir le gouvernement monarchique, La Convention cita Dumouriez à sa barre, et envoya dans son camp quatre députés pour le sommer d'obéir et de se rendre à Paris Dumouriez refusa ; il les livra tous les quatre aux Autrichiens, et prit des dispositions pour marcher sur Paris à la tête de son armée, avec les Impériaux pour auxiliaires. Mais les soldats virent une trahison dans la conduite de leur général ; ils l’abandonnèrent, et D'ruouriez passa dans le camp des Autrichiens, L'exemple de sa dé'ection jeta le désordre dans son armée et la désorganisa devant l’ennemi. Hoche fut alors choisi par son général pour aller rendre compte à Paris, au gouvernement exécutif, du véritable état des

choses, et pour indiquer les remèdes les plus propres à 40

conjurer les dangers de la situation. L'état affreux où {à trouva la capitale le remplit de tristesse. Le Comité de salut public inaugurait son règne ; toutes les têtes étaient menacées ; les suspects remplissaient l:s prisons; le 5 tribunal révolutionnaire, composé d'éléments exécrables, jugeait sans appel. La lutte enfin, une lutte mortelle, éiait engagée entre les won/agnards, tout-puissants à la Commune et aux jacobins, et les grondins, encore en majorité dans la Convention.*

1o Hoche fut accueilli avec empressement par les montagnards qui l’exho.taient à désigner, entre les girondins, ceux qui avaient récemment correspondu avec Dumouriez ; ils esptraient trouver ainsi une arme pour les frapper et pouvoir les dénoncer comme complices de sa

15 trahison. Hoche s’y refusa ; il n’était pas venu, dit-il, pour remplir l'office de délateur, mais pour éclairer le gouvernement sur la situation critique où se trouvait l'armée, Son cœur fut navré du spectacle qu'’offrait Paris à la veille du 31 mai, jour néfaste où succombèrent

20 les girondins ;f il exhala son indignation et sa douleur dans sa correspondance avec son général : Le véritable champ de bataille, disait-il, n’est pas sur la Meuse et le Rhin entre les Autrichiens et nous, il est ici dans la Convention entre les hommes de la Gironde et ceux de la

25 Montagne.” Il se hâta de quitter Paris où la liberté la

fraternité, l'égalité n'étaient plus que de vains sons, des

paroles vides de sens et complètement dérisoires, où les

* Les oirondins étaient ainsi nommé: parce que les membres les plus célèbres de ce pa politique, Vergniaud, Guadet, Gensonné, o avaient é é envoyés à l'Assemblée par le “épartement de la Gironde: ils siégeaient à droite dans l'Assemblée, Les montagnards, leurs adversaires, occupaient la crête du côté gauche, d'où leur vint le nom sous lequel its furent désignés. Les premiers Césiraient un régime légal et les formes d’un gouvernement constitu'ionnel dans la république qu'ils voulaient établir. Les seconds, moins éclañés que Les girondins, étaient beaucoup plus audacieux : la dé.nocratie la plus extrême leur sen:blait le meilleur des guvernements : ils avaiert

pour chefs principaux, Danton, Robespierre et Marat, (Voyez mon /istoire de France—[12° édition] Tome II., pages

+ Zi, pages 293-294.

meille féroce à l’arr à qui loin, € le sai tional Le eten son ai l’armé quelq d'œil tière « lorsqu génér comm qui pi d’un :

l'indi Pitt € enlèv.

Parol qui ainsi ; tions milita d'œur Sor fronti où la qui s toute prem devar les L faites clam:

mais

meilleurs citoyens tremblaient devant une populace féroce, et où la terreur se substituait aux lois. Il revint

x où {à ité de

taient à l’armée, au milieu de ses braves compagnons d'armes, | is: le à qui n'arrivait qu'un faible écho des crimes commis au rables, loin, et dans le cœur desquels le pur enthousiasme de $ rtelle, | 1789 et l'amour de la liberté se confondaient encore avec s à la le saint amour de la patrie et de l'indépendance nabre en tionale, | Le général Le Veneur commandait alors, par intérim mon- et en l'absence de Custine, l’armée du Nord; il churgeu 10 ndins, son aide de camp de reconnaître la ligne de déiense que umo l'armée avait à garder. Hoche parcourut le pays, et s frap- quelques jours sufirent à l'investigation de son coup de sa d'œil rapide. Il rapporta de son excursion sur la frondit-il, tière des informations lumineuses. Quelle fut sa douleur 15 l irer le lorsque, de retour au camp, il vit son chef et son ami, le ouvait général Le Veneur, entouré de gendarmes, dénoncé offrait à comme suspect et sous le coup d’un mandat d'amener bèrent qui presque toujours, à cette époque, était l'équivalent ouleur d’un arrêt de mort. Emporté à ce triste spectacle, par 20 ritable l’indignation et la colère, Hoche s’écria : ‘ Est-ce donc et le Pitt et Cobourg qui gouvernent la France, puisqu'on a Con- enlève à la République ses plus braves défen&urs ? ” de la Paroles imprudentes, et qui faillirent coûter la vie à celui h rté la qui les avait prononcées. Oubliant l'orage qu'il avait 25 (| s, des ainsi attiré sur sa tête, Hoche mit par écrit les observa- | où les tions qu'il avait faites, et rédigea plusieurs mémoires militaires justement considérés comme des chefs- nl bres les d'œuvre. : , ; fl nsonné, Son attention ne s'était pas uniquement portée sur la 30 SR ironde: frontière qu’il avait parcourue, mais sur tous les points Hi ls, leurs où la République lui paraissait vulnérable. La Vendée, Î be. na qui se soulevait aïiors, attira aussi ses regards. Déjà j. 18 #2" Son toute cette contrée était en armes : elle avait livré ses | A éclaiés premiers combats, et les généraux républicains reculaient 35 ( je ratie la devant les La Rochejaquelein, les Bonchamp, les d'Elbé, b le avaient les Lescure. Hoche reconnut les tautes qu'ils avaient Li » pages faites : il devina la tactique toute particulière que ré- 4

clamait la guerre dans ce pays qu'il n'avait jamais vu, mais qu'il étudiait dans les relations militaires et sur la 40 c 3

carte. Il démontra la nécessité d'y établir des camps retranchés, d’y former des colonnes mobiles,* d'imiter, dans sa manière de combattre, un ennemi presque insaisissable ; et dans le jeune capitaine de vingt-quatre

gans s’annonça déjà le général en chef des armées de l'Ouest et de lOctan.

Dans un autre mémoire qu’il écrit sur Ja conduite de la guerre dans le Nord, Hoche révèle d’instinct le génie de l'art militaire des temps modernes, et les conseils

10 qu’il donne sont les préludes de la révolution opérée plus tard par Bonaparte dans la tactique et dans la stratégie. ‘ La routine nous perd, disait-il : l’art de la guerre est à résénérer....… Rasons les places fortes que nous ne pouvons défendre sans nous disséminer, et plaçons-nous 15 hardiment au centre des armées ennemies: plus forts réunis que chacune d'elles séparées, marchons de l’armée que nous aurons vaincue à celle qui est à vaincre.” Il indique ensuite les noms des places qu’il faut raser, celles dont la garnison doit être réduite, les 20 pesitions qu'il faut faire occuper par les armées des Ardennes et de la Moselle; il donne enfin, dit son biographe déjà cité, tous les détails du plan qui fut suivi dans la campagne de 1704, sur laquelle repose la réputation de Carnot, et dont la conclusion fut la 26 victoire de Fleurus.t

Hoche achevait la rédaction de ce mémoire iorsqu’on vint l’arrêter : l'ordre était donné de le traduire devant le tribunal révolutionnaire de Douai comme suspect pour son dévouement au général Le Veneur, et accusé

30 d’avoir dit que pitt Æt.Çobourg gouvernaient la France. Hoche, sans s’émouvoir, adressa son dernier mémoire à Couthon, membre du Comité de salut public, et qu'il avait eu l’occasion de voir à Paris, et lui écrivit cette noble lettre où il se peint tout entier: “ Ainsi Que je ’ sus l'ai promis, citoyen, je vous fais passer mon travail sur la défense de la frontière du Nord: ce travail est sans doute le fruit d’un patriotisme plus ardent qu’éclairé,

Vhenars Mige, * Lettre au citoyen Audouin, adjoint au ministre de la guerre, + Bergounioux, Wie de Lasare Hoche, p. 14.

mais tradu $ tn conte Vos g d'hui titre.

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DE LAZARE HOCHE, (age, mais pourriez-vous Croire qu’il est d'un jeune homme traduit devant le tribanal révolutionnaire? Quel que sait mon fa, au la patrie soit Len et je demeure content. ais à chaque instant le danger augmente... Vos généraux n’ont aucun plan: il n’y a point aujour- $ d’hui parmi eux un homme capable de sauver la frontière. Je vous demande donc d’être entendu, soit au Comité, soit par les représentants près des armées. Qu'on me laisse travailler dans une chambre, les fers aux pieds, jusqu’à ce que les ennemis soient hors de 10 France. Je suis sûr d'indiquer les moyens de les chasser avant six semaines. Ensuite, qu’on fasse de

moi ce qu'on voudra” Couthon lut cette lettre au Comité, devant lequel il

plaida la CUsE Ge Hoche avec succès, et l'ordre fut 15 donné de l'élaŸgir sur-le-Champ." ‘!? Hoche fut nommé

adjudant général, chef de bataillon, dans l’armée du Nord :f trois mois plus tard, il fut mis en cette qualité sous les ordres du général Souham,f à Dunkerque, et particulièrement chargé de la défense de cette place, 30

Dunkerque. — Wissembourg,

nag AN

Deux armées ennemies Cernaient Dunkerque, l'une de vingt et un mille Anglais et Hanovriens sous le duc d'York, assiéyeait la ville du côté de l'Océan ; l’autre 28 armée, d'environ seize mille hommes, sous le maréchal Freytag, couvrait le siéze du côté de Lille en avant des marais dé manière à empêcher la place d’être secourue. Dunkerque, semblait hors d'état de soutenir un long

‘ y Le , siége ; l'enceinte très-étendue et les forts détachés 30

® Lettre de Hoche, citée par Bergounioux Ÿ 15 mai 1793.

£ 23 août 1793.

ji nt Al

auraient demandé pour leur défense quinze mille soldats ; la garnison en comptait à peine la môitié; elle était abattue et démoralisée par une série presque non interrompue de revers. Hoche trouva les fortifications $ dans un état déplorable, les fossés en partie comblés et sans revêtements ; aucun secours enfin n’était à attendre des habitants que la Convention s'était aliénés: une flottille avait été chargée de couvrir Dunkerque; les

force le: atte

Les l'armée Houch

ositio ce Fi

x < ! Freyta équipages s’insurgèrent à la vue de l'ennemi et les auto 10 bâtiments rentrèrent dans le port., ..,: Hoche Une résistance sérieuse paraissait donc tout à fait d& A]

impossible : Hoche seul’8sé"espéier le succès : il n’a que vingt-quatre ans, n’occupe encore dans l’armée par son grade, qu'un rang subordonné, et déjà il parle, il 15 agit en maître, en homme sûr de lui-même et qui commande à 1a fois la confiance avec l’obéissance. Il correspond avec le Comité de salut public et avec l'adjoint du ministre. Il écrit au premier : “ La place

pêche efficaci à la vid le duc schott( positio

sera brûlée avant d’être rendue.”®., Il écrit au second : an 40 “Si la garde citoyenne entreprend de nous forcer, elle à Hoc doit s'attendre à voir tourner contre elle les armes tort destinées à combattre les tyrans et les traîtres.”f Cette 8 dû résolution, dit un de ses derniers biographes, 1] la fait feu 6) passer dans le cœur des soldats et les rânime, 1l rétablit à

25 la discipline des \egre rangs et les mène au travail avant de les Méñér à l'ennemi. En même temps il fait

un ae.

chasser de la ville les étrangers et les gens suspects, La pt et emprisonner le commandant temporaire de la une place qui commandait, avec mollesse, rétablit la Société. Pit e 39 populaire qui s’était dissoute, parle, écrit, excite, échaüffe, dans électrise les âmes, né paï ses exhortations autant Hatie que par la menace les matelots à leur devoir et 12s fait lon retourner à la station qu’ils ont abandonnée, Enfin, au div bout de quelques jours, il peut écrire à Audouin : ‘“ On il fut 35snous promet des secours prompts et puissants, mais P tarderaient-ils quinze jours à arriver, dans l'état où, à et l': de g jusq

© Rousselin, Corr. de Hoche, 29 août 1793.

t Zbid., Lettre au citoyen Audouin, 1er sept,

ze mille itié ; elle que non fications mblés et attendre és: ure ut; les 1 et les

t À fait S: il n’a ée par parle, il et qui ce. Il et avec a place second :

er, elle | armes Cette la fait rétablit travail il fait Spects, e de la Société baüfte, autant es fait fin, au 66 On , mais

où, à

force de travail, la place se trouve actuellement, an peut les attendre.”*

Les secours attendus approchaient: une partie de l'armée du Nord ac@üfaitl guidée par les généraux Houchard et Jourdan : elle attaque, le $ septembre, les & positions du maréchal Freytag, force celui-ci à se réplier sur Furnes, et le 8 septembre 1793, Houchard torce Freytag à s'arrêter et lui livre bataille à Hondschotte, à quelques lieues de Dunkerque. Au bruit du canon, Hoche fait un: sortie vigoureuse, attaque sous les murs 10 de la place les lignes an;laises et hanovriennes ; il empêche le duc d’York de venir en aide d’une manière efficace au maréchal Freytaz et il contribue puissamment à la victoire de Houchard. Freytag est rejeté sur Furnes : le duc d'York Me Mae française victorieuse à Hond- 15 schotte prête à foÿüré sur lui; il se hâte de sortir de la position dangereuse où il se trouve, en face de Dunkerque, entre les marais de la Longmoor et l'Océan, il abandonne artillerie et bagages et lève le siége. C’est à Hoche surtout qu’anpartient l’honneur de ce résultat 20 glorieux, à lui qui se montrant tout à la fois chef et soldat, administrateur et tribun populaire, a fait passer le feu électrique de son âme au cœur d'une garnison divisé: et découragée, a ini$, en quinze jours, une place MAÉ en état de résister à un ennemi formidable et a 25 su TE contraindre à la retraite,

La belle défense de Dunkerque avait attiré sur le jeune Hoche L ttention. du omité de salut public et fait co SN DES “éspérances de ses talents:

dans l’espace de six semaines, il fut l’objet de trois nomi- 30 nations successives et promu, du grade de chef de bataillon, au rang de général de brigade, de général de division, et enfin le 23 octobre 1793 (2 brumaire an II),

il fut nommé général en chef de l’armée de la Moselle.

Pour cette armée aussi bien que pour l’armée du Nord 35 et l'armée du Rhin, de premiers succès avaient été suivis de grands revers. Les Français, après s'être avancés jusqu'à Liége sous Dumouriez, et avoir pris Mayence et

e Desprez, Wie de Lasare Hoche.

Francfort sous Custine, avaient reculé du cœur de la Belgique jusqu’à Valenciennes et des bords du Rhin jusque dans les Vos,es, derrière les lignes de la Lauter. ‘ Grâce aux talents et à l’énergie de Hoche, Dunkerque

$ avait résisté, dit un de ses biographes, mais les deux autres barrières de la France étaient tombées : Mayence était au pouvoir des Prussiens, Valenciennes et le Quesnoy voyaient flotter les étendards impériaux ; l'armée du Nord s'était retirée derrière la ligne de la 10 Scarpe, entre Arras et Douai, et Hoche avait trouvé l'armée de la Moselle sans consistance et sans force, ‘répandue sur une lisière d'environ vingt-cinq lieues. En face de cette armée dont Hoche venait de prendre le commandement, cent mille soldats sous les ordres des 15 meilleirs généraux de la Prusse et de l'Autriche, occu paient les lignes de Wissembourg. tenaient Landat bloqué ; et, retranchés au poste de Kaysersliutern, avan çaient leurs colonnes sur la Sarre et au delà de la Blise. Ils étaient aguerris, disciplinés, bien vêtus, bien payés, 20 bien nourris, Encouragées par nos revers, ces armées avaient l’audace que donne la victoire, et en face de nos troupes sans pain, sans habits, pieds nus, elles nous étaient à la fois supérieures par l’organisation et par le

moral. * a) atanului 26 À peine Hoche est-il nommé que, rappelant les ‘ récentes victoires de Houchard à Hondschotte, et de Jourdan à Wattignies, il dit aux soldats : “ Français, de toutes parts nos armées sont trioimphantes : nous sommes les derniers à vaincre, mais nous vaincrons. Des

30 patriotes tels que vous, s'ils sont disciplinés, n’ont qu'à

entreprendre. Nous allons propager la liberté, mais ce n’est point assez ; il faut la faire aimer. Cette fois, vos conquêtes ne seront pas vaines ; combattre et profiter du triomphe est votre partage. Nous allons entrer dans la

é tôt la discipline se rétablit, la confiance rénait ; la fière attitude de Hoche, l'énergie de son langage et de

® Bergounioux, Wie de Lazare Hoche, p. 26 et 27 + Corr. de Hoche, Rousselin, p. 25.

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25 terre promise pour ne la plus quitter.” f WT

ses act sollicit soldat, d’enne moyen ordinai périeu donna compté l’ardeu

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