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ses actes réchauffent l’enthousiasme ; il veille avec une sollicitude toute paternelle aux plus pressants besoins du soldat, et dans l'extrémité où il se trouve en face d’ennemis très-supérieurs en nombre, il a recours à des moyens extrêmes, très-dangereux sans doute en des temps & ordinaires, et que pôuvait seule rendre légitimes l’impérieuse nécessité de vaincre sous peine de mort, Hoche donna une organisation nouvelle à son armée, sans tenir compte ni de la hiérarchie, ni des droits de l’ancienneté ;, l’ardeur guerrière et patriotique, le talent, le courage 10
‘tiennent lié des a node ou des grades ; il form: de
nouvelles divisions, ttré des rangs des officiers subalternes, et leur subordonne leurs supérieurs ; des sergents devièh= nent capitaines, des lieutenants sont faits colonels. Une commotion électrique passe ainsi dans tous les rangs, et 15 une fièvre d’ambition que rien ne modère s'empare des chefs et des soldats; l’exaltation est à son comble, Hoche, qui l'a excitée, la partage : son langage s’en
‘essent, et elle communique à ses paroles fortement
accentuées une certaine, enfüte” lmitée du jargon des 20 clubs, qui est le catHét'du style officiel de cette époque C'est ainsi que le 12 novembre 1793 (21 brumaire), après avoir réorganisé son armée prête à agir dans les Vosges, de concert avec l’armée du Rhin, commandée par Pichegru, Hoche écrit à l’adjoint du ministre de la 25 guerre : “ Vedillelle génie de la liberté être propice à nos armes ! Les mesures sont prises, et, si j'en crois mes pressentiments, la meilleure cause triomphera. Je survivrais avec peine à un revers. Si j'avais ce malheur, j'enverrais à Paris nos dépouilles sanglantes. Patriotes, 30 montrez-les au peuple; qu'il batte son arrière-ban, et que son dernier effort soit le coup de grâce des tyrans.”
Le grand objet de Hoche et de son armée était la délivrance de Landau et la reprise des lignes de Wissembourg qui sont, sur son extrême frontière au nord-est, le 35 principal boulevard de la France, Ces lignes fameuses sont formées par la Lauter et la Sarre, qui descendent des deux versants des Vosges pour couler, la première à droite dans le Rhin, la seconde à gauche vers la Moselle: Wissembourg est derrière la Lauter; Landau, plus au 40
nord, est derrière la Queich, autre affluent du Rhin. Les Vosges, couvertes d'épaisses forêts, ne sont praticables que sur un petit nombre de points: leur chaine rocheuse ne peut être pénétrée et traversée qu’à Saverne, $ Bitche, Pirmasens et Kayserslautern : Wurmser, sur leur versant oriental, bloquait Landau et occupait Wissembourg, faisant face, avec cinquante mille hommes, à l'armée du Khin, commandée par Pichegru. Brunswick et l’armée prussienne étaient sur l’autre versant, vis-à-vis so de Hoche et de son armée de la Moselle: la Sarre séparait les Prussiens des Français.
Le plan d'opérations imposé à Hoche par le Comité de salut public était de franchir la Sarre, de pousser vivement devant lui l’armée prussienne, retranchée sur
15 la droite de cette rivière, de longer les Vosges jusqu’à Kayserslautern, d’emporter cette position pour aller prendre à revers les Autrichiens sur le versant opposé. Hoche devait combiner ses opérations avec celles de l'armée de Pichegru, de telle sorte que Wurmser, pris
20 entre le feu des deux armées françaises, “erait forcé d’évacuer Wissembourg et de débloquer Laridau.
Le 17 novembre 1793 (27 brumaire an 11), l’armée s'ébranle en trois cé:onnes et fond sur les Prussiens. Ceux-ci abandonnent la Sarre et se replient derrière la
25 Blise, sur les hauteurs de Blise-Castel. Hoche les y force; après un combat acharné, l'ennemi fuit vers Deux-Ponts, puis sur Kayserslautern, où Brunswick rassemble ses divisions et concentre de formidables moyens de défense. Si cette position est forcée, Hoche
30 tournera les Vosges et débloquera Landau. Des deux parts, quarante mille hommes et cent bouches à feu sont en présence, L’ennemi, fortement retranché, occupe une position supérieure ; mais l'élan des soldats républicains semble irrésistible: Hoche donne le signal en
35 jetant son chapeau en l'air au cri tonnant, mille fois répété, de: Vive la République! et la bataille s'engage avec fureur. Hoche est ru centre; ses lieutenants, Ambert et Taponnier, attaquent l'ennemi sur les flancs. Les Prussiens, adossés aux Vosges et à couvert dans
40 leurs retranchements, ouvrent un feu épouvantable sur
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les Français qui, décimés et arrêtés par la mitraille, reviennent à la charge, livrent plusieurs assauts et sont repoussés. Enfin, après une lutte sanglante de deux jours, leurs munitions s'épuisent et l'ennemi reçoit du renfort. Hoche voit la victoire lui échapper: il donne $ l’ordre de sonner /4 marche rétrograde, déguisant sous ce mot la retraite, et il se replie derrière la Blise dans une attitude si fière et en si bon ordre, que l'ennemi n'ose l'inquiéter.
L’audace et la vigueur dont Hoche avait fait preuve ro dans l’exécution d’un plan d'attaque qui était l’œuvre du Comité de salut public, et qu'il avait moins accepté que subi, lui firent trouver grâce auprès des membres de ce Comité redoutable qui imposait la victoire aux généraux sous peine de mort et dont il reçut, après son 15 échec, des paroles d'encouragement et des éloges. *
Hoche cependant, pour prendre une éclatante re-vanche, avait d’autres obstacles à surmonter, d’autres adversaires à vaincre que ceux que lui opposaient les difficultés du sol et les armées étrangères.
était jaloux de la gloire naïis$ante et de la popularité de son jeune rival ; il le secondait avec répugnance, et ne lui avait prêté ‘son concours qu'avec lenteur et d'une façon incomplète. Hoche se répandit à ce sujet contre ! Pichegru en récriminations amères : il se plaignit égale- 25 ment de n'avoir pas eu pour ses mouvements une liberté d'action suffisante, il se montra résolu à ne prendre à : l'avenir conseil que de lui-même, et refusa de mettre dans le secret de ses opérations prochaines les représentants Saint-Just et Le Bas, envoyés à l’armée du 30 Rhin par le Comité avec des pouvoirs extraordinaires et l’un et l’autre ardents protecteurs de Pichegru. Il
Pichegru 20,
s’appuya contre eux de l’asseñtiment qu'il trouva en tx
deux de leurs collègues, Lacoste et Baudot, envoyés par la Convention à l’armée de la Moselle et investis de 35 pouvoirs illimités. Ceux-ci transmettent à Hoche toute l'autorité ; ils provoquent ainsi l’inimitié de Le Bas et de Saint-Just qui, prenant aussitôt parti pour Pichegru
® Rous:elin, Corresp., p. 134
la
contre Hoche, entretiennent le premier dans ses dispositions malveillantes et jalouses, et cherchent, dans les rapports qu'ils adressent au Comité de salut public, à lui faire partager leurs préventions et leurs ressentiments. $ Au sein même de ce Comité, Hoche s'était fait un non moins redoutable adversaire en la personne de Carnot, chargé des opérations militaires, et qui en les dirigeant d'ensemble et à distance avec les lumières de l’expérience et l'instinct du génie, obtint de grands résultats, 10 mais qui eut souvent le tort de substituer, pour l’exécution de ses plans, sa propre initiative à celle des généraux, Voyant Hoche résolu, après l'échec de Kayserslautern, à n’écouter que son inspiration personnelle et à “dérober ses plans au Comité, il n’osa point le destituer 15 en face de l'ennemi, et il ajourna l’explosion.
C’est maintenant, par les défilés de Pirmasens, entre
les lignes de la Queich et de la Lauter, que Hoche a résolu de percer la chaîne des Vosges et d'opérer sa jonction avec l’armée du Rhin, qui doit agir de concert avec lui, et il 20 ordonne, avec autant d'énergie que de prudence, toutes les mesures nécessaires pour frapper un coup décisif, Il veille à tout lui-même, ne prend aucun repos et n’en donne aucun à ses soldats : “ Le repos, dit-il, est la rouille du courage.” Il soutient par sa confiance dans 25 le succès, par le patriotisme, par le sentiment de l'honneur, par l'enthousiasme républicain, le moral ce ses soldats : on est en hiver, le froid est rigoureux, et . supprime les tentes comme un bagage inutile dans une armée républicaine ; les régiments bivouaquent en plein
30 air, les forêts des Vosges les abritent et alimentent leurs
feux. Un régiment murmure et demande des quartiers d'hiver; Hoche fait mettre à l’ordre du jour que ce régiment n’aura point l'honneur de participer à l’action dans le premier combat. Les soldats de ce corps le 35 conjurent de révoquer un ordre où ils voient un intolérable affront : ils font serment d’expier leur faute par leur bravoure, et ils tiendront parole Hoche trompe l'ennemi sur ses projets, il coupe les chemins et brise les ponts dans les endroits où il médite de passer, et il fait 40 préparer, à la dérobée, des ponts de bois pour les substi-
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DE LAZARE HOUCHE, 29
tuer À ceux qu'il a détruits. Il garde, avec les siens mêmes, un secret impénétrable : “Si je pensais, disait-il, que mon bonnet connût mes plans, je le jetterais au feu.’ Enfin, quand il a tout préparé et qu'il s’est assuré du cor.cours de l’armée du Rhin, il ordonne la marche à 8 travers les Vosges à la hauteur de Pirmasens, pour tomber
sur le flanc droit des Autrichiens, tandis qu'ils sont déjà
aux prises avec l'armée de Pichegru sur le versant oriental,
Deux redoutes formidables établies à Reischoffen et à 10 Freischwiller défendent le passage, et leurs batteries vomissent la mort sur l’armée républicaine : Hoche, sous! MORIN le feu de leurs canons imagine de mettre ceux-ci à l’ en-° can : ‘ Camarades, s' écrie- t-il gaiement, à six cents livres 2 >: la pièce —Adjugez !’’ répondent ses brsves, et ils fon- 18 dent sur les redoutes au pas de charge, y pénètrent, tuent les canonniers et s'emparent de leurs pièces, Le 4” défilé est franchi : les Autrichiens reculent sur Wert, où ils se rallient : Hoche accdürt, livre un nouveau combat, My ù les chasse devant lui, et s établit à Wert dans la position 20 que l'ennemi abandonne. Wurmser se voit débordé, il quitte la ligne de la Molter et attend les Français sur le plateau de Sultz. Hoche le suit de près et se rencontre 1:54: de nouveau en face de lui le 23 décembre. Un marais séparait les deux armées : Hoche le traverse, fait attaquer 25 par le canon et à la baïonnette, culbute les Autrichiens, » les refoule sur la Lauter et dans Wissembourg, et opère sa jonction avec l’armée du Rhin.
L'unité dans le commandement et dans l’action était ax At maintefiant devenue indispensable ; Hoche, étouffant son 30 ressentiment contre Pichegru qui a mis beaucoup de lenteur à le seconder, exprime le vœu que les deux armées +} "4°: soient réunies sous un même chef et que ce chef soit Pichegru. Sa demande est appuyée par les représentants Saint-Just et Le Bas. Mais leurs collègues Lacoste et 35 Baudot ont reconnu dans Hoche des talents trèssupérieurs: en vertu des pouvoirs illimités qu’ils ont reçu de la Convention, c’est à lui qu'ils décernèrent le com-
mandement en chef des armées de la Moselle et du Rhin, et Pichegru, son ancien et son égal en grade, 49