LAS D
à 92 BIOGRAPHIE 4
| courage €t at malheur, Ils entrèrent, dans la ville d'Angers, côte à côte, s’entretenant familièrement à travers le floi des populations accourues à leur rencontre : un mouchoir taché de sang entourait le front de Charette : | 5 jamais :a contenance n'avait été plus fière ni son regard | plus assuré, Transféré à Nantes, ii y fut jugé et con- | damné à mort, L'autorité militaire, au mépris des ordres formels de Hoche, souffrit que Charette fût impunément | Outragé dans cette même ville où, l’année précédente, 1 10 avait fait une entrée presque triomphante, L’officier de 4 | l’escorte chargée de le conduire au supplice le fit passer 4 1 à dessein sous les fenêtres de la maison où s'était réfugiée 1 sa familie, Sa sœur parut à la fenêtre : Charette s'arrêta, leva les yeux et l’encouragea du rare et du geste.* 15 Parvenu au lieu fatal, intrépide et caime devant la mort, il resta debout, commanda le feu ; puis s’affaissa doucement sur lui-même, Sa perte consterna les royalistes et remplit de joie les républicains. Le gouvernement ordunna des réjouissances 20 publiques : Hoche fit davantage et rendit l'hommage le plus éclatant à la valeur de ce chef fameux, en ordonnant, le jour même où il apprit son supplice, que l’état | de siége serait levé dans toute la Vendée, 4 |. Hoche passa ensuite avec son armée en Bretagne et nn | 25 enveloppa cette province d’un large cordon de troupes, depuis la Loire jusqu’à Granville, Les chouans étaient | hors d'état de lutter contre une si puissante étreifwe : ils | lui opposèrent néanmoins une résistance opiniâtre, et se | laïssèrent acculer à la mer avant de se soumettre, Le - I 30 Morbihan enfin rendit ses armes : déjà Sapinaud avait (A ‘D remis les siennes : toutes les divisions royalistes suivirent (M LI successivement cet exemLle: Frotté négocia en basse 4 Normandie ei fut transporté avec les siens en Angleterre: EN -Puisaye se voyant seul et sur le point d’être pris, s’em- EE! 35 barqua pour Jersey. Hoche, maître du pays, y distribua | ses cent mille hommes dans une multitude de petits can- . IR tonnements pour le surveiller et l’enlacer L'un réseau de 11 fer, et il acheva ainsi de je soumettre, | * Informé du fait, Hoche chassa cet officier des rangs de l’armée, 40 comme indigne,
Éumer +
Il lui restait à l’administrer et à le maintenir en paix. Il donna à ces soins quelques mois d’un gouvernement doux, habile, équitable, exempt de faiblesse comme de violence et, tandis que les hommes exaltés de tous les partis dénonçaient son administration comme provo- 5 quante et oppressive, il levait partout l’état de siége, abdiquait les pouvoirs extraordinaires dont il était investi et renonçait volontairement à la dictature. Il plia au joug de l’ordre légal les royalistes comme jes républicains, et rétablit l’autorité C:s lois dans les contrées mal- 10 heureuses où la force seule avait été souveraine durant quatre années, Il ne put y réussir sans rencontrer d’abord, des deux parts, une vive résistance dont 1l eut cruellement : souffrir, et pour la cinquième fois il offrit sa démission, * que le Directoire refusa en lui accordant de 15 nouveaux témoignages de sa confiance et de son estime. Hoche reprit courage et continua son œuvre sans cesser de tourner ses regards vers le toit domestique, de soupirer après les joies de la famille. Un enfant lui était né: Hoche était père d’une fille qu’il nomma Jenny, et sur 20 laquelle il veillait à distance avec une sollicitude passionnée : il exigea qu’elle fût nourrie par le sein àaternel, et au olus fort de sa dernière lutte en Vendée, la veille même de la prise de Charette, il écrivait à sa femme : “ Qu'il doit être touchant le tableau de mon Adélaïde 25 caressant, allaitant ma Jenny! il manque à mon bonheur:#m’en jouirai-je pas bientÔt?”+t D’autres lettres écrites durant son administration pacifique, nous le montrent si profondément convaincu de la nécessité de faire respecter la loi, qu’il veut que sa femme en soit pénétrée 30 autant que lui: “Sois toujours bien républicaine, lui écrit-il, non en parlant politique, mais en ne souffrant pas qu’on avilisse, chez toi ou en ta zrésence, les lois constitutionnelles, et en pratiquant les vertus.”f 1] ne comprend pas la liberté sans une haute moralité, une répub- 35
* Lettre de Huche au Directoire, avril 1796.
+ Correspondance manuscrite de Hoche. Lettre du 21 mars 1796, communiquée par sa famille,
Ÿ Z4., 3 mai 1796.
lique sans des âm:s fortes et viriles. “La tienne doit s’agrandir, dit-il 1 sa femme, et ton époux doit t'avoir donné la portion d'énergie qui te convient.”* Hoche agissait comme il parlait : toujours ferme et 5 digne, juste avant tout, aimant mieux conquérir ÎLs cœurs par des bienfaits que par la violence. II Imposait, sous les peines les plus rigoreuses, le respect des propriétés et des personnes, et en même temps il rétablissait le culte dans tous les lieux soumis À son autorité, Avant 10 Bonaparte, il proclama la tolérance religieuse et rouvrit les églises. Tant de soins intelligents, tant d'activité, de prudence et de probité portèrent leurs fruits et réussirent à gagner au général Hoche l'estime et la confiance des populations de l'Ouest ; sa parole loyale était respectée 15 comme la loi vivante et les habitants préféraient une simple promesse de lui à tout engagement contracté avec le gouvernement ; les prêtres surtout se montraient reconnaissanis et lui étaient dévoués : “ Dieu lui-même, écrivait l’un d’eux, satisfait de ce que vous avez fait pour 20 le soutien de sa religion, pour la conservation de ses ministres, qui sont vos frères, écoutera favorablement les prières que nous ne cessons de lui adresser pour vous, et vous comblera de ses bénédictions.” Hoche réconcilia ainsi les départements de l'Ouest 25 avec la République : il pacifia la Bretagne et la Vendée, et c’est sa plus srande gloire. N ayant pu le vaincre par les armes, le parti royaliste essaya de le gagner 4 avant de s'adresser à Bonaparte, il rappela à Hoche le rôle de Monck en Angleterre et fit briller à ses yeux l'épée de 39 connétable, que Hoche repoussa noblement, sans dédain comme sans jactance, Fidèle à la Republique et rejetant les avances de ses plus ardents adversaires, il éclairait d'autre part le Directoire sur leurs intrigues, d’un style persuasif et respectueux, bien différent du ton 35 Ménaçant dont parlera plus tard à ce même gouvernement le héros de brumaire, Plaidant pour quelques patriotes et signalant les dangers de la réaction thermi-
# Z2., ibid, + Lettre du curé de Lesvière à Hoche.
doit avoir
e et * l£s sait, prossait yant ivrit
, de
dorienne, Hoche écrivait au ministre: “ Pourquoi violer les loi: et faire juger militairement quelques malheureux exalté. ? is m'ont proscr't: je ne puis être taxé de partialité en leur faveur, mais je parle pour les prin-
cipes :.. il est temps. Défez-vous de ceux qui, avec 5
des formes élégantes et polies, vous donnent le change sur la situation de la République, et qui désignent les patriotes aux poignards des assassins en les peignant comme des terroristes... Si l'Hôpital et Sully, animés du bien public, osèrent dire la vérité à leur roi, à leur maître, sans doute vous pardonnerez à un soldat républicain d’avoir imité ces grands hommes dans leur simplicité.”
Hoche était alors à l'apogée de sa gloire et de sa fortune : le Directoire reconnut les services qu’il avait rendus et lui donna la récompense la plus enviée à cette époque où le luxe, inséparable des invasions et des conquêtes, n’avait point altéré les mœurs de nos armées, et où les généraux conservaient encore quelque chose de la simplicité antique : il décréta qu’il serait fait don à Hoche, comme récompense nationale, de deux magnifiques chevaux et d’une paire de pistolets d'honneur, * et proclama que l’armée de l'Océan et son chef avaient bien mérité de la patrie,
Expédition d'Irlande.
La pacification de la Bretagne et de la Vendée enlevait à l'Angleterre l’espérance de triompher de la République en s'appuyant sur les provinces de l'Ouest.
Cette puissance voyait au contraire cinquante mille 30
hommes disponibles désormais pour quelque redoutable
Ÿ Voyez aux pièces justificatives Appendix C,
entreprise contre elle-même, et Hoche avait, depuis l’époque de sa brillante défense de Dunkerque, conçu la pensée d’une descente sur les côtes d'Angleterre ou d'Irlande. Le moment d'exécuter ce grand projet
5 semblait venu, et c'était en Irlande qu’il voulait porter le premier coup à la puissance britannique.
L’Irlande alors opprimée était un foyer permanent d’insurrection, et l'association de æfenders où Zrlandais unis préparait un soulèvement général contre l’Angle-
ioterre. Cette association, appuyée d’une part sur la sympathie de toute la population catholique et d’autre part sur une armée française, pouvait atteindre son but, qui était de séparer l’Irlande de l’Angleterre: elle appelait les Français à son aide et promettait à l'expédition 15 projetée par Hoche de grandes chances de succès.
La France couvrait alors ses frontières de jeunes républiques, et Bonaparte saisissait les imaginations par ses merveilleux exploits en Italie. Hoche, retenu par les pénibles soins de la pacification de l'Ouest, avait
20 suivi de son ardente pensée le vainqueur d’Arcole à travers tous ses champs de victoire : ‘“ Glorieux jeune homme, s’écriait-il en se frappant le front, que je te porte envie !” J1 brûlait de faire d’aussi grandes choses, et de trouver un champ de gloire digne de son génie : il
25 projetait donc de révolutionner l'Irlande, de la transformer en république ; puis de passer en Angleterre et de la frapper au cœur. Il fit adopter son projet par le gouvernement qui, après s’être concerté avec les chefs des révolutionnaires irlandais, prépara à Brest une
30 grande expédition dont Hoche eut le commandement.
Par suite du traité de Saint-Ildephonse, qui établissait avec l’Espagne une alliance offensive et défensive, la marine espagnole unie à la marine française permettait de disputer l'empire de l'Océan aux Anglais: mais les
35 forces maritimes de la France et de l'Espagne étaient dispersées dans toutes les mers : leur réunion demandait un temps considérable, et l’ardeur impatiente de Hoche n’admettait point de longs délais. Il redoubla d'activité, et puissamment secondé par le ministre de la marine
40 Truguet, il se hâta de combler les grands vides faits
lepuis 1çu la re ou projet porter
anent ndais ngleur la autre | but, appedition
eunes S par u par avait ole à jeune je te 10565, ie: il transre et par le chefs une lent.
issait re, la ettait is les aient ndait [oche ivité, arine faits
dans le corps d'officiers de l’escadre de Brest par l’émigration et les désastres de Quiberon, et il réussit à mettre promptement la flotte sur un pied formidable.
Le corps expéditionnaire devait être formé de plusieurs divisions de l’armée de l'Océan, que rendait 5 disponibles la pacification de la Bretagne et de la Vendée, et qui furent dirigées sur Brest: Hoche 4 joignit deux légions, qu’il nomma légions des Francs :
il composa la première des officiers et des soldats les plus résolus, audacieux jusqu’à la témérité ; il forma la ro seconde, il faut le dire, d'éléments indignes, et c’est un reproche pour sa mémoire. Détestant l'Angleterre, partageant de tristes préjugés et regardant, en haine du gouvernement britannique, le peuple anglais comme le suppôt de ministres perfides et d’une odieuse aristo- 15 cratie, tous les moyens lui semblaient permis pour abaisser ct pour désoler cette fière nation: il agit en conséquence et fit entrer dans cette seconde légion tout ce qu'il put ramasser de gens perdus, de bandits et de massacreurs, et il la mit sous le commandement d’un chef étranger connu par sa sauvage énergie.* Cette légion devait aborder en Angleterre pour abuser l'ennemi sur la véritable destination de l’escadre portant le corps expéditionnaire: elle eut l’ordre de débarquer à l’embouchure de la Saverne, de se porter 25 de nuit sur Bristol, d’incendier cette ville et de semer la dévastation dans les campagnes environnantes : puis de se rembarquer pour jeter plusieurs détachements sur différents points du littoral en portant partout la mort, le ravage et l'incendie, attirant ainsi sur elle et 30