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SERRES me
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plus tard un douloureux souvenir aux vaicureux compagnons des d'Estaing, des de Grasse et des Suffren, si cruellement immolés à Auray, lorsqu'elle voulut, après ces guerres fratricides, disputer l’empire des mers aux
5 Anglais, et plus d’une fois depuis cette époque, dans ses désastres maritimes, elle entendit sortir du fond de l'abîme qui engloutissait ses flottes, ce cri vengeur : QUuIBERON ! QUIBERON !
Ve
10 Suite et fin des opérations de Hoche dans l’Ouest, Pacification de la Bretagne et de la Vendée.
Charette avait repris les armes et occupait une grande partie de la basse Vendée et tout le littoral, lorsqu'il apprit le désastre des émigrés à Quiberon et le supplice
15 des survivants. A cette dernière nouvelle, la fureur s’empara de son âme, et comme représailles, il fit sans pitié fusiller, sous ses yeux, trois cents républicains qu’il tenait prisonniers. Il obtint, vers le même temps, des témoignages de la plus haute faveur du prince qui
20 résidait à Vérone et que les royalistes et les puissances étrangères avaient reconnu pour roi sous le nom de Louis XVIIL* Charette reçut le cordon rouge, le titre de lieutenant général et le commandement en chef des armées catholiques et royales. Tant de faveurs accu-
25 mulées sur sa personne stimulèrent encore davantage son zèle infatigable, et il redoubla d'énergie pour soulever le pays et tenir tête aux trois armées républicaines de l'Ouest, de Brest st de Cherbourg, dont les généraux se rendirent à Nantes pour y concerter un plan d’opéra-
30 tions.
#* Le jeune prince nommé Louis XVII, depuis le 21 janvier 1793, était mort âgé de huit ans, à la suite de traitements affreux, en juin 1705. Ses droits au trône passèrent à son oncle Louis, Stanislas-Xavier, comte de Provence,
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Cette conférence n’eut aucun résultat sérieux : Hoche en gémit, et, dans son rapport au Comité de salut public,
il annonçÇ2 la descente prochaine d’une nouvelle expédition anglaise sur les côtes et déplora la lenteur avec laquelle la guerre était conduite, ‘“ Verraï-je donc toujours, dit-il, à la honte de nos armes, moisir nos troupes dans nos cantonnements? Prétend-on attendre la saison des pluies pour agir en Vendée? Ne voit-on pas que les rebelles cherchent à gagner du temps et attendent les secours qui leur sont promis pour agir? ro Dieux de mon pays, enflammez tous les cœurs. Fais, Ô liberté, que tous nos soldats deviennent des héros ! et la patrie sera conservée indépendante.” *
Peu de jours après l’envoi de ce rapport, Hoche fut nommé au commandement de l’armée de l'Ouest, en 15 remplacement du général Canclaux, et, dans son premier ordre du jour, il mit de nouveau en évidence les grands principes qui avaient, en toute circonstance, dirigé sa conduite: obéissance au gouvernement, observation rigoureuse de la discipline, respect inviolable des lois de 20 l’honneur, compassion pour les malheureux, égards et protection aux habitants paisibles des campagnes, guerre sans trêve aux coupables et aux ennemis de la patrie. Hoche obtint que son armée, qui occupait le foyer même de l'insurrection royaliste, fût portée à quarante- 25 quatre mille hommes, et il fit sut-le-champ les plus habiles dispositions pour prévenir le débarquement de l'expédition de toute part annoncée,
Le danger en effet était imminent. Le désastre de Quiberon n'avait point décourigé le gouvernement 30 anglais. Une nouvelle escadre cingla vers la côte d- France dans les derniers jours de septembre: elle portait deux mille hommes d'infanterie, cinq cenis cavaliers tout équipés, des cadres de régiments d’éinigrés, des armes, des munitions, des vivres pour une 35 armée nombreuse, et enfin le prince depuis si longtemps attendu, le comte d'Artois, frère de Louis XVI, et qui devint le roi Charles X.
* Correspon:'ance de Hoche,—(14 fructidor) 31 août 1795, G 2
Le prince descendit, au commencement du mois d'octobre, avec une partie des troupes de l'expédition, dans l’île Dieu, et il se proposait d'aborder en face sur la côte de la basse Vendée où Charette, en possession
5 du littoral, devait protéger sou débarquement, Mais Hoche déjoua tous les plans de ce chef redoutab' : il le battit en plusieurs rencontres, l’obligea de se retirer dans l’intérieur du pays et se rendit maître de toute la côte. Le débarquement n’était plus praticable et la
10 haute marée rendait impossible une plus longue station de la flotte dans ces parages dangereux. Elle fut rappelée. Après un séjour de six semaines sur le stérile rocher de l’île Dieu, le comte d’Artois revint en Angleterre, et tout le fruit de cette grande expédition fut perdu.
15 Le départ de l’escadre jeta les royalistes dans la consternation : Charette en conçut une irritation profonde. Il voyait toutes les forces républicaines attirées maintenant en Vendée : il lui fallait désormais lutter presque seul et sans espérance, et il résolut de vendre chèrement
20 à ses adversaires la victoire et sa vie.
Hoche, malgré ses succès, se trouvait encore une fois dans une situation très-difficile : toute la basse Vendée, comprenant le pays entre la Sèvre Nantaise et l'Océan, était acquise moralement à la cause royale : la popula-
25 tion avait gardé ses armes, et, quoique paisible en apparence, il eût suffi d’une victoire pour la soulever de nouveau tout entière. Un chef habile, Sapinaud, avait repris l’épée et emporté la ville de Mortagne ; Stofflet, jaloux des faveurs accordées à Charette, avait refusé de
30 se rendre à son appel, mais il n’attendait qu’une occasion favorable, et toujours dirigé par l'abbé Bernier, il exerçait une influence absolue en Anjou et dans la haute Vendée, où, entouré d’une cour d'officiers et d'émigrés, il était le maître du pays. Puisaye, d'autre
35 part, avait reparu en Bretagne, et attirait à lui tous les chefs chouans, organisait l'insurrection, et servait, avec la plus indomptable énergie, la cause des princes qui n’avaient su apprécier ni son dévouement ni ses talents: l'Ouest tout entier, au premier
40 signal, pouvait être de nouveau en feu.
En face de tant de périls, Hoche conçut un nouveau plan: il vit bien que ce n'était plus par les armes qu’il fallait vaincre un ennemi que l’on ne pouvait atteindre nulle part. “ L’habitant de la Vendée, dit
l'historien de la Révolution, était paysan et soldat 5
tout à la fois. Au milieu des horreurs de la guerre civile, il n'avait pas cessé de cultiver ses champs et de soigner ses bestiaux. Son fusil était à ses côtés, caché sous la terre ou sous la paille. Au premier signal de ses chefs il accourait, attaquait les républicains, puis disparaissait à travers les bois, retournait à ses champs, cachait de nouveau son fusil, et lus républicains ne trouvaient qu'un paysan sans armes dans lequel ïls ne pouvaient reconnaître un ennemi. Tandis que les Vendéens avaient toujours les moyens de vivre et de se recruter, les armées républicaines qu’une administration ruinée ne pouvait plus nourrir, manqu:ient de tout etse trouvaient dans le plus horrible dénûment.”*
Hoche, sans détruire le pays, imagina un moyen ingénieux de le réduire en lui enlevant ses armes, et en prenant une partie de ses subsistances pour l'usage de l’armée républicaine. “ Il forma une ligne circulaire qui s’appuyait à la Sèvre et à la Loire, et qui tendait à envelopper progressivement tout le pays. Cette ligne était composée de postes assez forts, liés entre eux par des patrouilles, de manière qu’il ne’restait pas un intervalle libre à travers lequel pût passer un ennemi assez nombreux. Ces postes étaient chargés d’occuper chaque bourg et chaque village et de désarmer tous les habitants : ils devaient s'emparer des bestiaux et des grains entassés dans les granges : ils devaient aussi arrêter les habitants les plus notables et ne restituer les bestiaux, les grains, ni élargir les habitants pris en otage que lorsque les paysans au:aient volontairement déposé leurs armes. I1 leur était recommandé d’exiger un nombre de fusils égal au moins au quart de la population mâle. Après avoir reçu les armes, on devait rendre fidèlement les
* Thiers, Histoire de la Révolution fiançaise,
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otages, les bestiaux et les grains, sauf une partie prélevée à titre d'impôt et déposée dans les magasins de l’armée. Hoche avait recommandé aux officiers de traiter les habitants avec une extrême douceur, de s’entretenir avec eux, de les bien traiter, de les envoyer même quelquefois à son quartier général, et de leur faire quelques présents. Il avait prescrit aussi les plus grands égards pour les curés. ‘Les Vendéens, disait-il, n’ont qu’un sentiment véritable, c'est l'attachement pour leurs prêtres. Ces derniers ne veulent que protection et repos; qu’on leur assure ces deux choses, qu’on y ajoute même quelques bienfaits, et les affections du pays nous seront rendues.” La ligne que Hoche appelait ligne de désermement devait envelopper la basse Vendée circulairement, s’avancer peu à peu et finir par l’embrasser tout entière. En s’avançant elle laissait derrière elie le pays désarmé, réconcilié, et le protégeait contre le retour des chefs insurgés qui ordinairement punissaient par des dévastations la soumission à la République et la remise des armes. Deux colonnes mobiles la précédaient pour combattre ces chefs et les saisir s’il était possible, et bientôt en les resserrant toujours davantage, eile devait les enfermer et les prendre inévitsblement.”* À
Hoche soumit son plan de pacification au Directoire, qui l’approuva. On nommait ainsi le nouveau pouvoir exécutif qui avait succédé en France au règne sanglant de la Convention et du Comité de salut public. Les directeurs appelèrent * che à Paris pour se concerter avec lui et lui conférer de nouveaux pouvoirs.
La réaction thermidorienne était alors dans toute sa violence à Paris, ainsi que dans les principales villes :
* Thiers, Æisfoire de la Révolution française.
+ La France s'était donné, à cette époque, une constitution nouvelle, celle de l’an III, Cette constitution mettait fin à l’existence de la Convention nationale : elle plaçait le pouvoir législatif dans deux conseils, celui des Cing-Cents et celui des Anciens, et le pouvoir exécutif dans un Directoire composé de cinq régicides qui furent : La Reveillère-Eepeaux, Barras, Rewbell, le Tourneur et Siéyès bientôt remplacé par Carnot, Ils entrèrent en fonctions le 27 octobre 1795 (4 brumaire an IV),
vée partout l’autorité, soutenue par le sentiment public, née. fermait les clubs des jacobins et des sociétés révolution- È les aires, et voyait se rouvrir les salons où, à côté de vec généraux illustres, de publicistes distingués et des 1 [ue- hommes politiques qui avaient contribué ou applaudi 5 ji: pré- à la révolution de thermidor, se rencontraient déjà 4 Jour quelques hommes appartenant à l’ancienne aristocratie F nti- et qui, proscrits sous la Terreur avec leurs familles, ne 4 res. se montraient cependant pas hostiles au régime nouveau. fl von Le salon de la belle Madame Tallien (née Cabarus) 10 uel- était le plus célèbre comme le plus fréquenté. Hoche ront : y parut et y fut l’objet de l'attention générale: ses rme- | grands services, son génie, sa jeunesse (il avait à peine w ent, vingt-huit ans), étaient autant de titres à l’admiration, « + ère. il y ajoutait encore par son grand air, par la dignité 15 F mé, naturelle empreinte dans toute sa personne, et par la !. hefs noble simplicité de ses manières. “La loyauté de Î Sta- Hoche, dit son biographe déjà cité, la sincérité de son des dévouement à la République, ne permettaient à perom- sonne de redouter pour elle ce bras glorieux, quelque 20 ntôt puissant qu’il fût. On ne surprenait, dans ses discours, les | aucune de ces paroles auxquelles se devine le général \
qui sera porté à la tyrannie par la popularité. Ce ire, f n'était pas un de ces hommes qui éblouissent, dont la voir domination s’exerce par l’entraînement, et qu’on suit 25 lant comme pris de vertige, dans l’arène où Dieu leur a Les permis d’étonner le monde.”* Il inspirait surtout et au rter plus haut degré la confiance: on reconnaissait, dans
toute sa conduite, un sentimert profond d'honneur et € sa de moralité, exception rare à toutes les époques et plus 30 les : particulièrement dans celle qui suivit le règne de la
Terreur: chacun sentait que la cause de la République était en sûreté dans ses mains. Le Directoire s’honora en sachant le comprendre, et ne se montra point jaloux
. # de sa gloire : il approuva toutes les mesures proposées 3
exis 8 Ppro proposée
égis- par Hoche pour pacifier la Bretagne et la Vendée ; il
tens, lui confia les trois armées des côtes de Brest, de Cher-
a 1 bourg et de l'Ouest, qui n’en formèrent qu’une sous le
1, le ; nt en
* Bergounioux, Æssai sur la vie de Lasare Hoche, p. 244-245.
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nom d'armée des côtes de l'Océan, et à ce grand commandement militaire il unit les pouvoirs civils les plus étendus. Jama.s homme, depuis 1789, n’avait eu dans sa main une autorité plus grande: Hoche reçut avec 5 modestie ce témoignage d’une confiance si absolue, et n2? s’en montra point enivré. Sa renommée était sans tache : elle était la plus haute et en même temps la plus pure de l’époque ; “ Hoche enfin était considéré comme le plus glorieux représentant de la République et son
10 plus ferme soutien.”*
Après un séjour d’un mois à Paris, Hoche retourna dans l'Ouest pour achever d’exécuter ses nouveaux projets d’après lesquels une armée tout entière devait envelopper graduellement les provinces insurgées pour
15 les désarmer. Son vaste plan d'opération uevait être suivi d'abord en Vendée, puis en Bretagne, et il appartiendrait à Hoche de déterminer le moment où la soumission des pays insurgés permettrait d’y substituer, au régime militaire, le régime constitutionnel et légal.
20 Hoche se rendit d’abord à Angers et reconnut qu’il avait été fort mal suppléé par le général Willot, qui avait tout compromis en l'absence de son chef. L'indiscipline était rentrée dans l’armée ; Charette avait franchi la ligne de désarmement et se montrait de
25 nouveau redoutable: d’autres chefs avaient repris les armes où menagaient de les ressaisir.
Tout changea de face à l’arrivée de Hoche et, pour assurer l'exécution de son plan de désarmement et de pacification, il comprit qu’il lui fallait d’abord abattre les
30 chefs survivants et surtout Charette et Stofilet. Celui-ci, surveillé de près en Anjou et sur le point d'être réduit à
LÀ l'impuissance, avait recommencé la guerre. Hoche ne ll lui laissa pas le temps de rallier ses forces : les colonnes | républicaines, partant de divers points, l’enveloppèrent
35 de toutes parts, lui firent éprouver coup sur coup deux défaites et le traquèrent dans les bois. Stoffiet trahi, dit-on, par quelques-uns des siens, fut livré aux républicains et conduit à Angers, où il fut jugé militairement et fusillé,
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Hoche poursuivait cependant avec constance son plan de pacification générale et s'attachait à prévenir ou à punir indistinctement tous les excès commis soit par les royalistes, soit par son armée ou par les patriotés. Il provoqua ainsi les plaintes de tous ceux dont il contenait les fureurs, il s’attira leur haine et se vit de nouveau, en Vendée comme en Bretagne, dénoncé, accusé par tous les mécontents. Plusieurs fois, accablé d'une responsabilité immense, poussé au désespoir et se sentant faiblir : “Je puis braver les houlets, disait-il, mais non l'intrigue,”* et il offrit de résigner ses pouvoirs. Il montrait en toute occasion, par son exemple, que le véritable amour de la liberté est inséparable d’une haute moralité, de la parfaite estime de soi-même. Pauvre, il poussait le scrupule jusqu’au point où le désintéressement devient une vertu rare. L’historien de la Révolution a dit de lui: “Ce jeune général qui aimait les plaisirs, qui était à la tête d’une armée de cent mille hommes et qui disposait du revenu de plusieurs provinces, manquait cependant quelque fois du nécessaire. Ses appointements, payés en papier, se réduisaient à rien: il manquait de chevaux, de selles et de brides, et il demandait l'autorisation de prendre, en les payant, six selles, six brides, des fers de cheval, quelques bouteilles de rhum et quelques pains de sucre, dans les magasins laissés par les Anglais à Quiberon : exemple admirable de délicatesse, que nos généraux républicains donnèrent souvent, et qui allait devenir tous les jour plus rare.” |
Hoche ne connaissait du pouvoir que le fardeau, que
la responsabilité qu’il impose: il soupirait après les 30
douceurs de la vie de la famille. Les lettres qu'il écrivait à cette époque, peu de mois après les sanglantes scènes de Quiberon, peignent ses inquiétudes, ses tendres préoccupations pour sa femme et pour l'enfant
qu’elle porte en son sein. En les lisant, on voit comme 35
il savait se dérober aux graves soucis de son vaste commandement pour entrer avec sollicitude dans les détails
* Rousseiin, Correspondance de Hoche, 16 janvier 1796. * Thiers, Æistoire de la Révolution, liv, XXXII,
intimes et dans les soins les plus minutieux de la paternité qui s'annonce. Cette noble indépendance, cette liberté d'action qu’il aime, cette dignité de caractère, tous ces biens précieux qu’il estime à si haut prix, il les veut aussi 5 pour son enfant. Dès le berceau, tout doit tendre à ce but. ‘“J’exige, dit-il à sa femme, que mon enfant n'ait point de maillot : il ne faut pas qu’il soit serré dans des langes comme dans un étau.…. ni lisière, ni bourrelet : laisse-le marcher sur les pieds et sur les mains, sur une ro couverture, en hiver dans la chambre, en été dans le jardin. Parle-lui raison en naissant ; qu’il te respecte et t'obéisse sans te craindre ; qu’il taime parce que tu es sa mère et non pour des bonbons: que jamais surtout il ne sache qu'il y a des êtres qui battent leurs enfants F 15 le mien ne doit pas être avili.” *
Peu de jours après, c’est à sa femme qu’il donne d’intelligents conseils pour elle-même: il s'occupe de compiéter son éducation comme il s’occupcra plus tard de celle de son enfant à naître. Ildirige ses lectures, il lui enseigne
20 à arrêter son attention et sa réflexion sur ce qu’elle lit, et la familiarité du langage ajoute à sa précision : “ Tu ne dois pas, dit-il, être un perroquet qui n'entend rien à ce qu’il répète : lis peu et analyse beaucoup... dis beaucoup de choses en peu de mots: tu le vois, je te traite en arni: je
25 crois en avoir le droit, certain que je suis l’auteur dont tu retiens le plus volontiers les préceptes.” Sa tendresse s’épanche plus loin avec effusion, et l’enjouement se mêle sous sa plume à la gravité plus que sérieuse d’un homme qui a trouvé des mécomptes dans la gloire, et
30 des épines sous les lauriers. “Tu vas bientôt être mère, écrit-1l, qu’il me sera doux d’embrasser la mère et l’enfant! que de caresses je prodiguerai à l’un et à l’autre! qui plus que moi sait aimer? Pour avoir l'air et le ton mélancoliques, est-il un cœur plus sensible que le mien?
35 Non sans doute: de longs malheurs, de grandes pertes ont pu donner à ma figure, à ma conversation un ton morne et pensif, mais je retrouverai le bonheur dans tes
* Correspondance manuscrite de Hoche, 21 septembre 1795 Lettre communiquée par sa famille.
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“bras! J'y retrouverai également ma gaieté, perdue
depuis bien des années.” * 1H Sa tâche en effet était triste : il tressaillait au bruit des | combats livrés sur de lointaines frontières par ses com- ait pagnons d’armes, ses glorieux émules ; il leur enviait & leurs victoires remportées contre des étrangers, sur le Rhin ou sur les Alpes, tandis qu’il luttait, lui, contre des Français sur le sol sanglant de la patrie. 11 compatissait doublement au malheur des vaincus, mais il n’en poursuivait pas moins sa tâche ingrate avec autant de cons- 10 tance que de vigueur.
De tous les chefs fameux qui s'étaient fait un grand nom dans la Vendée, il n’en restait qu’un, le plus habile comme le plus indomptable, Charette luttait encore et, quoique suivi seulement de quelques centaines d'hommes, 15 le prestige qu’il exerçait sur les esprits était immense, et Hoche comprit que le pays ne serait jamais pacifié aussi longtemps que Charette serait debout sur son sol. I] le fit relancer sans relâche par toutes ses colonnes, et confia nrincipalement ie soin de sa poursuite à l’adjudant Vo Travot. Celui-ci ne donna ni repos ni trèv trouves, traquant Charette comme une bête fauve : fois qu’il croyait le saisir, Charette jui échappait, , toutes les conditions qui eussent sauvé sa vie, pre: la mort à l’exil, dur à lui-même, terrible à ses ennenu. cruel aux traîtres, impitoyable aussi pour ceux des siens qui paflaient de paix et de soumission. Il fut enfin attiré dans une embuscade : la lutte suprême dura plusieurs heures, et Charette tomba épuisé. Ur Allemand fit alors une action admirable ; il prit le chapeau de son général 30 et se fit tuer à sa place, tandis qu'un des siens emportait Charette sur son dos à travers le bois et le cachait sous des ronces à l’entrée du taillis de la Chabotterie. Un déserteur le trahit pour obtenir sa grâce et le livra aux républicains : Travot accourait, et ce fut à lui que Cha- 35 rette rendit son épée, Travot traita son prisonnier avec les égards dus au
mille.
* Jbid, Lettre du 12 octobre 1795, communiquée par sa fa- | :