‹ Lazare le patreChapitre 32 sur 64 · SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIL

JUDAEL, LÀZAriE, NATIVA,

JUDAEL, conduisant Lazare à la -porte qui mène

aux appartemensde Cosme deMédicis.

Viens... et maintenant voici ton chemin... va

sans hésitation et sans bruit... va... va gagner ta

liberté.

Le Muet sort.

JUDAEL, le suivant des yeux.

Marche, idiot, de qui dépendent en ce moment bien des destinées. Il arrive à la chambre du duc, il soulève la draperie... je ne le vois plus!... C'est pour moi maintenant l'heure de l'inquiétude et de l'attente.

Il s'appuie pensif sur le fauteuil.

NATIVA, rentre de la galerie du côté opposé, s' arrêtant près de la porte.

Il est parti... et maintenant la pauvre mère en deuil a le droit de pleurer.

Elle cache douloureusement sa tète dans ses mains.

JUDAEL, à part.

Oh: fatale impatience!... il me semble déjà

que le Muet tarde bien à venir... Si Lazare, s'égarant dans ce palais obscur, allait se jeter sur le chemin des veilleurs de nuits.

NATIVA , à part.

Mon Dieu, guidez mon fils hors des avenues du palais... Sile pauvre enfant éperdu allait, dans son égarement, se laisser apercevoir par les veilleurs de nuit! {On entenduncoup de feu dans le fond ; épouvantée.) Grand Dieu!

JUDAEL, avec effroi.

Qu'est-ce cela? {Tous deux s'élancent d'un élan pareil, courent à la fenêtre du fond, et s'y rencontrent au moment de l'ouvrir ; avec terreur.) Quelqu'un ici !

NATIVA

Judaël !

NATIVA

Vous ici, Judaël?

JUDAEL, emharrassé.

Oui, madame... Je veillais, quand le bruit d'une arme à feu...

NATIVA, poussant la fenêtre.

Que se passe-t-il donc? voyez... {A i^art.) Oh! malheureux enfant !...

JUDAEL, regardant.

Que la nuit est sombre!... Les veilleurs ont fait feu sur un homme...

NATIVA

Qu'ils ont tué peut-être?

JUDAEL. 5*4f' ^''"^■^^i^

Non, madame; je l'entrevois '^ô'^ / che à leur côté. {A part, en quittantle b> / fyt^e muet ne pourra parler!... Mais la cass^/i?;.yis/f

NATIVA, à part, et faisar. p/^'ies pas. Non, je ne puis ainsi \(i\d\$st//hwarrêtaut toutà-coup.) Mon Dieu! si j'allais achever sa perte! {Avec désespoir.) Et j'ai besoin de prudence dans un pareil instant.

JUDAEL, à part.

Comment tromper les archers?

NATIVA, à Juda'él.

Et qu'a donc fait cet homme?

JUDAEL.

Je ne sais, madame; c'est un voleur sans doute.

Et quel sera son sort?

JUDAEL.

La prison, madame, ou la mort.

NATIVA, avec épouvante.

La mort !

JUDAEL.

Et je vais, moi, gouverneur du palais, faire enfermer le coupable.

NATIVA

Arrêtez, Judaël.

JUDAEL, revenant.

Que veut madame la duchesse?

NATIVA

Un seul mot.

JUDAEL.

J'écoute, madame.

KATiVA, à part.

Mon Dieu! viens à mon aide. {Haut.) Cette nuit, Judaël, je yeillais et je priais pour que Dieu accordât au duc mon époux l'espoir et la santé, quand ce coup de feu vint interrompre ma prière, et TOUS le savez, on dit que la prière qu'un malheur interrompt est celle que Dieu n'entend pas... Pardonnez ma faiblesse ou ma superstition, mais cette arrestation me semble de mauvais augure, et je ne sais quel pressentiment affreux me dit que si cet homme, si malheureusement surpris, mourait, sa mort nous amènerait un malheur.

JCDAEL.

Le sang versé, madame, n'a jamais porté bonheur.

KATIVA.

N'est-ce pas, Judaël? et pour la tranquillité de mon âme, pour éloigner la destinée mauvaise, je veux, Judaël, que cet homme sois remis en liberté. JUDAEL, à part.

Si sa crainte ou son humanité pouvait me servir!...

NATIAA.

Et j'espèreen vous, Judaël, vous le gouverneur, le maître, tandis que le duc de Médicis sommeille. JUDAEL, à part.

Elle me sert à merveille. [Haut.) Il n'y aurait qu'un moyen qui garantirait tout le monde.

NATIVA

Lequel ?

^< JUDAEL.

Mais i^audrait pour l'employer un courage peut-être aÀ-dcssus de vos forces.

NATIVA

Quel est-il^

Si je courais annoncer de votre part aux veilleurs que, loin d'être un coupable, cet inconnu qu'ils ont atteint était un de vos messagers secrets, et que vous voulez le revoir? Je vous amènerais cet homme, que vous pourriez faire sortir par votre appartement, et demain les veilleurs, honteux de leur méprise, ne se vanteraient pas de leur erreur au duc de Médicis, dont le sommeil n'a pas été interrompu, et qui n'apprendrait rien de ce qui s'est passé.

NATIVA

Vous avez raison, Judaël.

JUDAEL, à part.

Et les veilleurs trompés me remettront la cassette. [A la Duchesse.) !\lais n'aurez-vous point de frayeur en vous trouvant près de ce malfaiteur?

NATIVA

Je vais prévenir mes femmes, qui ne me quitteront pas.

JUDAEL.

Seront-elles discrètes?

NATIVA

J'en réponds.

JUDAEL.

Allez donc, madame ; profilez de l'heureuse in-

spiration que Dieu vous donne. Moi, je vais vous livrer votre faux messager,

Et vous m'aurez délivrée, Judacl, d'une bien sinistre terreur.

JUDAEL.

Que je partageais, madame.

NATIVA, à part.

Oh ! pauvre enfant qui t'exposas pour ta mère, ta mère t'aura sauvé !

Elle entre rapidement dans son a|ipartemcnt.

JUDAEL, seul.

La sensibilité de la colombe vient en aide au vautour. A toi, duchesse, le voleur épargné, mais à moi la cassette et le testament !... Tout-à-l'heure j'avais l'épouvante, maintenant la joie. Oh i fortune, ou destin, vous êtes bien les seuls dieux que j'encense.

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