‹ Lazare le patreChapitre 4 sur 64 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SYLVIO, MATHÉO, Patres et Moissonneurs.

Au lever du rideau , la taverne est garnie de quelques moissonneurs et pâtres ; les uns dorment à terre ou sur des bancs ; d'autres, assis à une table au tond, jouent aux dés. Sur le premier plan , à gauche, Sylvio le moissonneur est assis sur un escabeau près d'une table; Ma-

théo, autre moissonneur, est debout près de lui ; ils causent entre eux. Personne n'écoute leur conversation.

SYLVIO

Et tu me disais, Mathéo, que cette nuit tu as veillé près de nos enfans ?

MATHÉO.

Oui, le bruit de l'orage avait interrompu leur

NOTA. La gauche et la droite sont loiijoins celles de l'acteur. Dans le prologue, les [lortes du loiid désignées a droite oii a !j;anrlie se ronl n la riroile on .i la ganehe iln dressoir appuyé sur la muraille ijwi lis sépare.

MAGASIN THÉÂTRAL

sommeil .. mais, quand est revenu le beau temps avec le jour, ils se sont endormis tous deux aussi calmes que deux petits anges.

Merci, mon bon Mathéo, pour les soins que tu donnes à mon petit Juliano... merci pour ta discrétion sublime.

MATHÉO.

Mes soins pour ton enfant, je te les dois, Sylvio, et ma discrétion n'est pas même une vertu.

SYLVIO

Si, Mathéo, c'est une vertu que cette discrétion de l'homme qui consent à faire vivre un enfant, sans avoir jamais fait une question au père silencieux... Tu m'as vu tantôt voyageur fatigué, tantôt lieutenant ou capitaine, puis, il y a deux jours enfin, venir te demander un vêtement de moissonneur; sans crainte et sans hésitation tu me l'as donné, Mathéo, et sans même te demander...

MATHÉO, l'interrompant.

Un jour, Sylvio, un jour que ma fille, âgée de six mois, était endormie dans une barque qui, détachée du bord de l'Arno, allait se briser sous les roues d'un moulin, toi, passant, tu descendis rapidement de cheval, te précipitas dans l'eau, sans te demander si le père de l'enfant était soldat, capitaine ou voyageur, et sans crainte et sans hésitation tu sauvas ma fille.

SYLVIO

J'avais aussi un petit enfant endormi sur le cheval qui m'attendit au bord, je ne pouvais en laisser périr un autre, et quand je te vis venir à moi reconnaissant et pleurant, je t'offris de prendre soin de mon fils que j'allais porter au chapelain du prieuré.

MATHÉO.

Dieu a bien fait de nous réunir, Sylvio !

Oui , la Providence est généreuse quand elle permet que deux bonnes âmes se rencontrent... Ta main, mon bon Mathéo!

MATHÉO, lui donnant la main.

Au revoir, Sylvio ; nous nous retrouverons aux champs.

SYI.VIO.

Oui, bientôt...

Ils montent la scène en causant.

SYLVIO, voyant du monde sur la route.

Quels sont ces hommes qui viennent?

MATHÉO.

C'est Giacomo le tavcrnier, accompagné de Lazare le pâtre, et d'un soldat.

SYLVio, à part.

Lazare !

MATHÉO, sortant.

A bientôt !

Il sort. Sylvio va se rasseoir. Giaromo , Lazare le pâtre , Battista le sbire entrent par la porte à la gauche du dressoir.

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