‹ Lazare le patreChapitre 56 sur 64 · SCÈNE vu · texte numérisé non relu

SCÈNE vu

Les mêmes, JUDAEL.

JUDAEL, entrant, effaré, par la gauche '. Monseigneur... [Voyant la Duchesse.) La duchesse ici !

COSME

Que veux-tu, Judaël?

JUDAEL.

Après avoir parcouru vos appartemens, j'ai appris que vous aviez pris le chemin des prisons, et je vous cherchais, monseigneur, pour vous dire que moi, gardien de l'honneur des Médicis, j'ai secrètement épié les démarches de madame la duchesse, que j'avais prévu l'évasion préparée de Juliano, et que j'ai posté sur son chemin des hommes qui vont l'arrêter au passage et le conduire dans les prisons de l'Arsenal.

LA DUCHESSE, à part.

Que veut-il dire ?

JUDAEL.

Si bien qu'en dépit de leur ruse insensée, nous pourrons faire juger en un jour et l'amant et la femme adultère.

Adultère!... Juste ciel! [AuDuc.) Oh! vous n'aviez jamais eu cette penséc-là, monseigneur... Vous ne répondez pas? Mais c'est une calomnie infâme !

COSME

Calomnie!... et votre portrait trouvé chez lui, madame?

JUDAEL.

Et vos entrevues la nuit ?

LA DUCHESSE se rapprochant Vivement deJuda'cl" .

N'achevez pas... Et c'est vous, monseigneur, qui sur l'accusation de cet homme m'avez fait cette injure... vous qui m'avez maudite?... Oh! vous le pouvez, monseigneur ; cliassez-inoi, répudiez-moi, tuez-moi, car je vous ai trompé... Mais Juliano n'est pas coupable... Je vous ai trompé, monseigneur, parce que notre mariage devait sauver mon

' La Duchesse, Cosme, Judaël.

" Cosme, la Duchesse, Judaël,

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père, et j'ai craint qu'une révélation ne vous empêchât de m'épouser... et alors je n'avais pas retrouvé Juliano ; punissez-moi, monseigneur; mais pour Juliano, justice et liberté!

JL'DAEL, avec méchanceté.

Oui, pour lui justice, madame !

LA DUCHESSE, oicc force.

Il n'est pas mon amant, Judaël! Je suis sa mère.

Sa mère !

JUDAEL.

Sa mère !

LA DUCHESSE, s'agenouiUant.

Vous voyez, monseigneur, qu'il est innocent de la faute de NativaPazzi !

COSME

Vous, sa mère!... Mais il est le fils de Juliano Salviati !

LA DUCHESSE

Mort pour vous, monseigneur.

COSME

Oui, mort pour moi... Et savez-vous quelles sont les paroles solennelles que j'ai dites à Salviati expirant dans mes bras ?... je lui ai juré de prendre la femme qu'il avait aimée pour mon épouse, et son enfant pour mon fils!

LA DUCHESSE, se relevant.

Vous, monseigneur?

COSME

Et pendant quinze ans j'ai cherché cette femme partout, excepté dans la famille des Pazzi, nos ennemis... et au bout de quinze ans, quand je fus forcé de contracter un mariage pour arrêter la guerre civile, la divine Providence me donnait pour épouse la veuve de Salviati, et lorsque la pauvre mère se dévouait pour son enfant, moi j'ai osé lui dire... Oh! pitié! Nativa... Grâce pour moi, mon épouse bien-aimée ! LA DUCHESSE, se jetant 6)1 pleurant dans ses bras.

Oh ! monseigneur ! monseigneur !

cosME, la serrant dans ses bras.

Oh! je savais bien, Judaël, qu'elle n'était pas coupable i

JUDAEL, à part.

Enfer !

cosME, à Nativa.

Tu me pardonnes, n'est-ce pas?

LA DUCHESSE

Oh ! je suis trop heureuse pour me souvenir.

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