‹ Lazare le ressuscité, suivi de Ponce PilateChapitre 1 sur 15 · ÉDITION DE LUXE · texte numérisé non relu

ÉDITION DE LUXE

Il a été tiré de Lazare le Ressuscité : une édition de grand luxe, illustrée de i5 eaux-fortes hors texte et de 19 compositions ornementales autour du texte, par M. Marcel Roux. — Un volume in-4° imprimé en caractères neufs sur papier fabriqué spécialement et filigrane à son titre.

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Chez H. LAJEa).oîCHET, éditeur, Lyon.

LA RÉSURRECTION

LA RESURRECTION

EVANGILE SELON SAINT JEAN (Trad. Crampon-Desclée).

// y avait un malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur.

Marie est celle qui oignit de parfunu le Seigneur, et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et c'était son frère Lazare qui était malade.

Les sœu?^s envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que vous aimez est malade, o

Ce qu ayant entendu, Jésus dit: a Cette maladie ne va pas à la niort, mais elle est pou?' la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. »

Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare.

Ayant donc appris qu'il était malade, il resta deux jours encore au lieu où il était.

Il dit ensuite à ses disciples : u Retournons en Judée » .

Les disciples lui dirent : a Maître, tout à l'heure les Juifs voulaient vous lapider et vous retournez là ? »

Jésus leur répondit: « IS'y a-t-il pas douze heures dans le jour? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point pjar ce qu'il voit la lumière de ce monde.

« Mais s'il marche la nuit, il se heurte parce qu'il manque de lumière, n

Il parla ainsi, et ajouta: c Notre ami Lazare dort, mais je me mets en route pour le réveiller. »

Les disciples lai dirent: v. S'il dort, il guérira. »

Mais Jésus avait parlé de sa mort, et ils pensaient que c'était du repos du sommeil.

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Alors Jésus leur dit clairement : u Lazare est mort ; et je me réjouis à cause de vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui. »

Et Thomas, appelé Dydime, dit aux autres disciples: u Allons-y, nous aussi, afin de mourir avec lui. »

Jésus vint donc et trouva Lazare depuis quatre jours dans le sépulcre.

Or, Béthanie était pî^ès de Jérusalem, à quinze stades environ.

Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère.

Dès que Marthe eut appris que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Mairie se tenait assise à la maison.

Marthe dit donc à Jésus : u Seigneur, si vous aviez été ici mon frère ne serait pas mort.

« Mais maintenant encore, je sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous l'accordera. »

Jésus lui dit : u Votre frère ressuscitera. »

« Je sais, lui répondit Marthe, quil ressuscitera au dernier jour. »

Jésus lui dit : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Le croyezvous ? »

(( Oui, Seigneur, lui dit-elle, je crois que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir en ce monde. »

Lorsqu'elle eut ainsi parlé, elle s'en alla, et appela en secret Marie, sa sœur, disant : a Le Maître est là et il t'appelle. »

Dès que celle-ci l'eut entendue, elle se leva promptement et alla vers lui.

Car Jésus n'était pas encore entré dans le village, il n'avait pas quitté le lieu où Marthe l'avait rencontré.

Les Juifs, qui étaient avec Marie, et la consolaient, l'ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent en pensant : « Elle va au sépulcre pour y pleurer. »

Lorsque Marie fut arrivée au lieu où était Jésus, le

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voyard, elle tomba à ses pieds et lai dit : a Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. »

Jésus la voyant pleurer, elle et les Juifs qui l'accompagnaient, frémit en son esprit, et fut ému.

Et il dit : a Oà Vavez-vous mis? — Seigneur, lui répondirent-ils, venez et voyez. »

. Jésus pleura.

Les Juifs dirent: a Voyez comme il l'aimait! »

Mais quelques-uns dirent : « Ne pouvait-il, lui qui a ouvert les yeux d'un aveugle-né, faire que cet homme ne mourût point? »

Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre ; c'était un caveau, et une pierre était posée dessus.

(( Otez la pierre, » dit Jésus. Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là. »

Jésus lui dit: « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez vous verrez la gloire de Dieu ? »

Ils ôtèrent donc la pierre ; et Jésus leva les yeux en haut, et dit: « Père, je vous rends grâce de ce que vous m'avez exaucé.

« Pour moi je savais que vous m'exaucez toujours; mais j'ai dit cela à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé, w

Ayant parlé ainsi il cria d'une voix forte: u Lazare, sors ! »

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes, et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : u Déliez-le et laissez-le aller. »

Mais ils le prièrent, disant:

« Demeurez avec nous, car il se fait tard et déjà le jour baisse. »

Evangile selon saint Luc.

Et quand la foule vit, au seuil de l'ossuaire, Lazare, en son linceul, apparaître debout. Livide, frissonnant et clignant des paupières, Comme un dormeur qu'on vient d'éveiller tout à coup,

Elle eut peur du prodige, et s'enfuit dans la crainte De voir le Très-Haut face à face et de mourir.

Eux, cependant, après les premières étreintes, Pour converser ensemble et pour se réjouir, Jésus avec Lazare, et Marthe avec Marie, Heureux de se revoir loin des yeux étrangers, Etaient rentrés dans la maison de Béthanie Et, Lazare ayant faim, Marthe le fit manger.

Or, pendant que Marie, assise auprès du Maître, Ouvrait à ses discours son cœur silencieux, Lazare frémissait de joie à reconnaître Le monde des vivants revenu sous ses yeux : Le visage des siens, l'aspect de sa demeure, La lumière du ciel et la couleur du jour.

Et lui-même I Ce corps, inerte tout à l'heure.

Et prêt à s'absorber dans l'ombre., sans retour, C'est de nouveau son corps I II devine en ses veines La chaleur merveilleuse et secrète du sang; Ses mains, aptes encore à des œuvres humaines. Modèlent à son gré leur geste obéissant. Il ressent dans sa chair la certitude obscure Qui l'atteste identique à la chair d'autrefois, Et, même sans parler, il reconnaît sa voix Au verbe intérieur qui dans son sein murmure.

Puis il rompit du pain et le mangea.

L'odeur Du froment nourricier réjouit sa narine; Il sentit, dans sa force et dans sa profondeur. Le goût sacré du pain. La volupté divine Que le Créateur mit dans le pain, ayant vu Tout ce qu'il coûterait à la race mortelle, Emplit sa bouche, emplit sa poitrine, et ce fut

Jusqu'au fond de ses os une effusion telle D'énergie enivrante et de chaud réconfort Que Lazare connut que la vie était belle, Et se prit à pleurer en songeant à la mort.

Or Marthe dit:

— Seigneur, celui qui ressuscite.

Lui faudra-t-il mourir une seconde fois?

Jésus lui dit :

— La mort en toute chair habite, Pourtant il ne meurt pas celui qui vit en moi.

Marthe lui répondit:

— Seigneur que faut-il faire?

APRES LE >nRACLE 23

Nous étions des amis proches de votre cœur, Et cependant la mort nous a pris notre frère

— Femmes de peu de foi, le blé du laboureur

Meurt-il de séjourner dans le sein de la terre?

Celui qui vit en moi germera dans la mort,

Et sera moissonné pour la gloire du Père.

Ne dois-je pas, moi-même, abandonner mon corps,

Durant trois jours, au fond de ses demeures sombres I

Ils restèrent longtemps à converser ainsi. Bientôt le jour pencha vers son déclin, et l'ombre Autour de la maison peu à peu s'épaissit. Lors, Jésus se leva pour partir, et l'escorte Des disciples venus, le matin, avec lui, Attendant qu'il sortît, était devant la porte.

Mais Lazare lui dit

— Maître, voici la nuit Demeurez avec nous jusqu'à l'aube prochaine; Car l'ombre de la mort est encore sur moi, Et je suis tout tremblant encor de son haleine.

— Demeurez avec nous, Seigneur, jusqu'à demain, De peur que cette nuit ne reprenne son âme! Et, comme elle parlait, Marthe avait en sa main La lampe dont la brise inquiétait la flamme.

— Demeurez avec nous, Seigneur, toute la nuit. Dit Marie. Il fait beau, les étoiles vont naître. Oh! je crois que la mort ne peut rien sur celui Que vous avez ôté de sa puissance, Maître I Demeurez cependant avec nous, cette nuit; Le soir est pur, le vent des collines embaume ;

Il fera bon veiller avec vous jusqu'au jour,

Pour que vous nous parliez longuement du royaume

Que vous êtes venu restaurer dans l'amour.

Jésus, debout déjà sur le seuil de la porte, Se retourna disant:

— Demeurez dans ma paix!

L'œuvre que j'ai voulue étant proche, il importe Que j'aille avec les miens vers l'œuvre que je fais. Ne craignez point ! Ceux que mon Père me confie Ne seront pas ôtés du livre de la Vie.

Il partit.

Le chemin sous ses pieds était beau.

L'ombre se faisait douce et devenait plus calme

Parce qu'elle touchait les bords de son manteau. De jeunes oliviers le frôlaient de leurs palmes ; Des femmes aux pieds nus, qui revenaient des puits ^ A son aspect, posaient par terre leur amphore, Et, criant : Hosannah ! elles tendaient vers Lui Leurs bras joyeux cerclés de bracelets sonores.

Cet homme a entendu des choses qu'il n'est pas permis à Ihomme de révéler.

Saint Paul.

Or, pour fêter l'absent revenu de la mort,

Et pour rasséréner leur âme encor meurtrie

Par les coups d'un bonheur trop soudain et trop fort.

Lorsque Jésus s'en fut allé, Marthe et Marie

Demeurèrent auprès de Lazare, et longtemps,

Réunis dans la cour où le jet d'eau qui tremble

Mêlait à leurs propos son bruit intermittent, Lazare et les deux sœurs conversèrent ensemble.

Et comme nous trouvons souvent plus de douceurs Aux souvenirs des maux passés qu'à l'espérance, Avec un tremblement de tendresse, les sœurs Ne se rassasiaient de dire la souffrance Qui dévasta leur âme et dessécha leurs yeux Quand l'être cher était parti pour les ténèbres.

Les larmes, les sanglots, les appels, les adieux, Tous les vieux actes vains que les instants funèbres Font refaire aux mortels depuis qu'ils voient mourir Revivaient maintenant sur leurs lèvres émues.

L'une disait:

— J'ai vu dans tes flancs se tarir Ton souffle comme l'eau d'une amphore rompue.

Et l'autre :

— J'avais mis la main sur ton côté, Et j'ai senti ton cœur s'affaiblir et se taire.

— Tes yeux prirent soudain une étrange clarté, Ils ne devaient déjà plus rien voir de la terre

Et ne répondaient plus aux regards de tes sœurs.

— Tu mourus ! Un moment nos lèvres désolées Gardèrent sur ton front un reste de chaleur ; Sur la tienne, un moment, nos poitrines scellées Voulurent ranimer ton cœur sous notre cœur ; Mais soudain de ta chair inerte nous sentîmes Venir un froid profond et terrible, le froid

Qui monte du cadavre ainsi que d'un abîme, Et notre amour vaillant dut reculer d'effroi.

Comme elles rappelaient ces choses, les deux femmes

Cessèrent de parler pour laisser un instant L'apaisement des pleurs descendre sur leur âme ; Lazare demeurait pensif en écoutant Battre leur sein gonflé de douleur et de joie.

Puis voici qu'évoquant des souvenirs nouveaux

Toutes deux près du lit funèbre se revoient :

Leurs tristes mains ont mis leur tunique en lambeaux.

Et souillé leurs cheveux de poussière et de cendres,

Maintenant, sur le mort s'inclinant tour à tour,

Elles disent des mots incohérents et tendres

Comme en savent trouver la douleur et l'amour.

Mais lui, sourd à jamais, lié des bandelettes

Qui tiennent enchaînés les captifs éternels,

Paraît absent déjà de sa forme défaite ;

Il ne garde en ses traits plus rien de fraternel

Et sur sa face rit une obscure ironie.

— A ton tour maintenant, ô Lazare, dis-nous Comment, l'heure venue, on quitte cette vie :

Le récit de ces maux passés nous sera doux.

— Lazare, parle-nous surtout du noir voyage Dont tu reviens. Dis-nous les terres de la Mort, Et tout ce qu'on découvre après le grand naufrage Qui, durant quatre jours, t'a jeté sur ses bords?

Lazare dit:

— La Mort ? Se peut-il qu'on révèle Jamais à des vivants ce que c'est que la Mort ? Quand bien même tous ceux qui se taisent en elle Quitteraient, pour parler, le tombeau dont je sors, Ils ne dévoileraient aucun de ses mystères. Le mal qui mord la chair, qui travaille les os, La fièvre dont la soif rend nos lèvres amères. Les nuits de mauvais rêve et les jours sans repos,

Toute cette douleur est encor de la vie, La Mort est autre chose.

On se sent brusquement Glisser dans on ne sait quelle angoisse infinie. Il fait froid ; il fait noir. Un vaste aveuglement Pèse à votre paupière, emplit vos yeux farouches, Et vous êtes déjà si perdu dans la nuit Que la voix des vivants courbés sur votre couche Semble vous parvenir d'un rivage qui fuit.

Longtemps, longtemps encor, de cette ombre étrangère J'entendis vaguement s'élever la clameur D'adieux que m'envoyaient vos voix frêles et chères ; Mais la rumeur s'éloigne, et diminue, et meurt...

Maintenant je suis seul avec l'épais silence, Et seul avec la nuit déserte. L'univers

Est séparé de moi par un abîme immense, Mon corps même, mon corps, mes membres et ma chair, Je me sens si loin d'eux, à cette heure suprême, Qu'il me faudrait marcher pendant l'éternité Avant de retrouver ces débris de moi-même.

Je vis encor, pourtant.

Car cette obscurité S'emplit confusément d'images incertaines Faites de souvenirs perdus. Je me revois, Enfant, sur le chemin qui revient des fontaines ; Une femme, à pas lents, chemine devant moi ; Son visage est voilé, mais je sens que la femme. Qui marche sans heurter les pierres du chemin, Est ma mère : j'en ai la douceur sur mon âme. Or voici que je veux retenir dans ma main Sa tunique, et je tombe. Et quand je me relève, Il fait nuit, je suis seul ; ma mère n'est plus là :

Et, comme on fait souvent du fond d'un mauvais rêve, Du fond de l'ombre où son fantôme s'en alla, Je veux crier, je crie, et je sens que, béante, Ma bouche n'a formé qu'un vain gémissement. Alors, dans un élan désespéré, je tente De courir. Quelques pas... Je tombe infiniment, Car le sol s'est ouvert sous ma chute, et je plonge Toujours, toujours...

J'ai dû mourir en ce moment.

Je ne me souviens pas d'avoir eu d'autre songe.

— Mais après? Au delà de la vie et plus loin Que ce monde, n'as-tu rien découvert, mon frère?

— Tu n'as pas retrouvé ton père, et tu n'as points Dans la foule des morts, reconnu notre mère?

Lazare répondit:

— Je ne me souviens pas.

Un oubli plus profond que la mer de Gomorrhe Recouvre les secrets que j'ai surpris là-bas. Pourtant, comme un dormeur qui s'éveille à l'aurore Sent parfois dans son âme un rêve enseveli, A l'ineffable effroi dont j'ai Fâme encor pleine, Je devine qu'au fond de cet immense oubli, Gisent des souvenirs de choses plus qu'humaines, Et je sens que mes yeux ont du voir, éblouis, Ce que nul œil humain n'a vu, que mon oreille Ouït ce que jamais nulle oreille n'ouït...

Oh ! que ces souvenirs inconnus se réveillent, Qu'il ressuscite en moi, le songe merveilleux Dont je sens la présence obscure dans mon être,

Alors je parlerai!

J'irai sur les hauts lieux, J'appellerai vers moi les Docteurs et les Prêtres, Tous ceux dont le Seigneur n'a pas conquis la foi, Et, pour leur confirmer sa parole vivante, Et pour vaincre leurs cœurs, je leur crierai : Moi, Lazare, qui reviens du séjour d'épouvante. J'ai vu la vérité du sépulcre, et je sais Ce qui n'est^révélé qu'à ceux de l'autre monde. Or, cet homme est le Christ, et je jure que c'est La Vérité qui sort de sa bouche féconde.

Je ne me souviens pas !

Un infrangible sceau Est posé sur ma lèvre et me ferme la bouche. Comme on fait d'un trésor caché dans un caveau. J'explore en tâtonnant ma mémoire, et ne touche Que l'ombre insaisissable et que le vide noir.

Je ne me souviens pasi Que dirai-je à mes frères, Que dirai-je aux vivants lorsqu'ils voudront savoir, Gomme vous, le secret que je devrai leur taire?

Je ne me souviens pas ! Je ne me souviens pas I

Et Lazare se tut.

A la clarté des lampes.

Dont la brise nocturne agitait le feu las. Il apparut très pâle, et la sueur aux tempes. Et les yeux agrandis de pensée et d'effroi.

Or, posant sur son front sa main pieuse et ferme, Marthe lui répondit :

— Frère, si c'est la loi Que nous ne sachions pas ce que la tombe enferme,

Laissons nos morts dormir dans leur sombre séjour.

Toi, sans plus t'affliger de ces choses étranges,

Vis comme les vivants qui respirent le jour.

Et qui boivent le vin de leur vigne, et qui mangent

Le pain que le soleil de ce monde a mûri.

Sans doute, ce n'est point pour que tu nous demeures

Du souci de la tombe à jamais assombri

Que lu fus rappelé d'entre ceux que l'on pleure.

Si le Maître divin qui t'a ressuscité Ne te délivre pas de l'oubli qui t'atterre, Nous n'avons qu'à bénir sa sainte volonté. Peut-être il n'est pas bon, il n'est pas salutaire Aux hommes d'être instruits de toute vérité.

Et Marie à son tour parla.

Dans la nuit claire.

Sa voix, qui frémissait de vaillante ferveur,

LE SECRET DE LAZARE 4l

Était pareille au chant redoublé des colombes : — Frère, pardonne-nous d'avoir troublé ton cœurl Pourquoi te demander ce que font dans la tombe Les Justes endormis où nous dormirons tous ? N'avons-nous pas appris ce qu'il en faut connaître Depuis que la Lumière habite parmi nous Et que nous entendons la parole du Maître ?

i( Femmes de peu de foi, le blé du laboureur

« Meurt-il de séjourner dans le sein de la terre ? ))

Oui, j'en crois ta promesse, ô mon très doux Seigneur^ Je crois qu'un lac de joie et d'amour désaltère Les âmes des élus qui reposent en toi : Je crois qu'un lieu de paix et d'ombre les accueille, Et quand le dernier jour sera venu, je crois Que, tel, au renouveau, l'arbre reprend sa feuille. Chacune reprendra son corps dans le tombeau. De ces choses le Christ a rendu témoignage ;

Le Christ est bon, le Christ est vrai, le Christ est beau. Et je n'ai pas besoin d'en savoir davantage.

Lazare, souriant, lui répondit :

— Ma sœur,

Ta parole a versé du baume sur mon âme. La part que tu choisis est pleine de douceur ; Que ne puis-je savoir ce que tu crois, ô Femme I

L'hiver a passé, la pluie est finie, lève-toi, mon amie, et viens!

Cantique des Cantiques.

Le lendemain Lazare alla voir le soleil Se lever sur les champs familiers. Sa pensée Se retrouvait plus calme au sortir du sommeil. Une fraîcheur montait de son âme apaisée,

Et SOUS le ciel léger, il se sentait pareil Aux sillons réjouis par la jeune rosée.

Or la Pâque approchait, et c'était la saison

Où les froments en fleur ont une odeur féconde;

Les cigognes couvaient leurs nids sur les maisons,

La vigne adolescente avait des feuilles blondes.

Et les figues gonflaient leur chair pleine de lait;

On voyait des brebis et leurs agneaux près d'elles ;

Un cortège de noce au loin se déroulait.

Et ses chants alternés rendaient l'heure plus belle.

LES JEUNES FILLES

Tu es, ô Bien-Airné, comme un sachet de myrrhe Que j'ai placé contre mon sein.

LES JEUNES GENS

0 ma Sœur, le parfum que ta lèvre respire Est meilleur que le miel et plus fort que le vin.

LES JEU>'ES FILLES

Gomme un cyprès sur la colline, Comme un platane au bord des eaux, Comme un lis parmi les épines.

Tel est mon Bien-Aimé parmi les jouvenceaux,

LES JEU>ES GE>S

Comme la rose et le narcisse Telle est la Bien- Aimée en qui j'ai mes délices.

LES JEU:(ES FILLES

Mes sœurs, mes sœurs, je meurs d'amour, Venez me soutenir avec des grappes mûres.

LES JEUNES GENS

La tourterelle est de retour;

L'hiver s'éloigne avec la pluie et la froidure.

Et voici les vignes en fleurs, Lève-toi, lève-toi et viens, ô mon Amie I

LES JEUNES FILLES

J'ai cherché, sur la couche où j'étais endormie,

J'ai cherché l'élu de mon cœur, Ne l'ayant pas trouvé, j'ai couru vers la Ville, Et j'ai dit au soldat qui veillait sur la tour : a Par les biches des champs et par leurs faons agiles, « Dites? X'avez-vous pas vu passer mon amour? ))

LES JEUNES GENS

Tu m'as ravi le cœur, ô douce fiancée,

Tu m'as ravi le cœur d'un regard de tes yeux,

Et je me sens l'âme blessée

D'une boucle de tes cheveux.

LES JEU>ES FILLES

Nous partirons au lever de Faurore, Nous irons voir si la vigne a pleuré, Si ses bourgeons sont près d'éclore,

Et si le grenadier de ses fleurs est paré.

Là tu seras à moi, et là je serai tienne;

Ta main gauche sera sur ma tête, et j'aurai Ta poitrine contre la mienne.

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