LE CHIRURGIEN-MAJOR
Trop.
LE CAPITAINE CONTEUR
C'est de son âge. Nous en avons eu autant. Moi qui [vous parle, en 1833, allant à Lyon, je me trouvais avec une jeune dame et son mari dans le coupé d'une diligence.
UN CAPITAINE
Fameuse chose que les coupés de diligence ! on a eu tort de les supprimer.
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PREMIER LIEUTENANT
On les rétablira quand on sera ennuyé des chemins de fer.
DEUXIÈME LIEUTENANT
Affaire de mode, comme la crinoline.
PREMIER LIEUTENANT
A propos, avez-vous vu la charge du Charivari ?
LECAPITAINE CONTEUR.
J'avais un coin que je n'osais offrir au mari, pensant qu'il désirait rester près de son épouse ; mais, \â nuit, je le vis si mal à l'aise, que je ne pus m'empêcher de lui demander s'il voulait ma place. Il accepta et se mit à ronfler ; ce qui éveilla la dame.
PREMIER LIEUTENANT
Capitaine, vous allez raconter des noirceurs; j'aime mieux m'en aller.
DEUXIÈME LIEUTENANT
Pujol, voulez- vous votre revanche ?
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TROISIÈME LIEUTENANT
Merci, je vais à la comédie.
(Tout le monde sort, excepté le capitaine conteur et u autre capitaine)
l'autre capitaine.
Tiens! ils sont tous partis C'est égal, vous pouvez continuer, ça ne me gêne pas ; j'en ai vu bien d'autres en Afrique.
Laissons ces deux braves causer victoires et conquêtes, et allons faire un tour à la caserne, où nous trouverons les sous-officiers.
Mon cœur saigne de ne pouvoir vous présenter un à un ces vaillants défenseurs de la patrie; malheureusement, mes cadres sont trop petits pour que je puisse les immatriculer tous.
Pour entrer au quartier, il nous faut demander la permission à l'adjudant sous-officier.
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L'adjudant est quelque chose au régiment comme un commissaire de police en tunique. Officier par le costume , sous-officier par le grade , l'adjudant se îonsidère comme bien au-dessus de ses collègues; il iui arrive de dire :
— Uadjudance est l'œuf de l'épaulette.
Il a raison, car, en général, cette dernière étape est la plus courte. Mais, comme on peut devenir souslieutenant sans avoir été adjudant, il arrive quelquefois que Yadjudance devient un poste fixe, un œuf qui ne peut éclore, comme le prouve l'histoire de l'adjudant Folligoulas.
C'était un sous-officier comme on n'en avait jamais vu, cet adjudant Folligoulas, bel homme, savant, modeste , d'une tenue irréprochable et ne s'occupant que de son affaire, réunissant, en un mot, toutes les vertus militaires ; et pourtant il resta adjudant pendant vingt- cinq ans; voici comment la ',hose arriva.
Son colonel avait tant d'admiration pour son mérite, qu'il ne manquait jamais de dire à chaque mutation : « Parlez-moi de Folligoulas, voilà ce qu8 j'appelle un vrai sous-officier. Ah J s'ils étaient toua
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ainsi, je serais un colonel trop heureux: aussi, avancera forcément, il se recommande assez par luimême, je n'ai pas besoin de m'en occuper. »
Au bout de dix ans, Folligoulas vit tous ses camarades passe?- officiers. Extrêmement flatté do l'admiration de son colonel, il demanda à changer de corps. Le colonel refusa ; il tenait tant à lui, que pour rien au monde il n'eût voulu s'en séparer. L'adjudant demanda son congé, on ne put le lui refuser. Sans perdre un jour, il s'engagea dans un autre régiment. Trois ans après, il avait rattrapé son ancien grade. Alors, avec un machiavélisme inouï — pour un militaire, — il cacha avec soin ses bonnes aptitudes, et ne tarda pas à passer aux yeux de ses nouveaux chefs pour une brute distinguée. Le colonel disait :
— Voilà un garçon né pour son grade. A quoi le commandant répondait :
— Dieu, en créant des grades subalternes, crée nécessairement des intelligences bornées pour les. occuper.
Et dix ans se passèrent encore.
Le régiment partit pour l'Afrique; l'espoir revint au cœur de l'adjudant. A la première rencontre, il se
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battit comme un lion et resta blessé sur le champ de bataille.
Le colonel, qui, pendant Faction, avait admiré son courage, lui cria :
i — Adjudant, vous avez l'épaulette!
— Trop tard, répondit laconiquement Folligoulas , je n'en ai plus le placement.
Un biscaïen lui avait emporté l'épaule droite.
Le sergent-major s'occupe de comptabilité avec le fourrier; l'un et l'autre parlent l'argot à humilier un vaudevilliste; ces jeunes troupiers font de l'épate, des embarras, si vous aimez mieux. Mais qui n'en fait pas ?
Lorsqu'un sergent-major a à se plaindre d'un officier, il ne manque jamais de dire : « Quand j'étais dans le civil, j'ai occupé des emplois qui ne seront jamais de sa compétence. » Lorsqu'il redevient citoyen, sa plus grande gloire est d'avoir été sergentmajor.
La grande affaire, la seule qui préoccupe le sergentmajor, c'est le rapport.
Tous les matins, à huit heures et demie,
Le lieutenant-colonel,
Le chef de bataillon de semaine,
Le major (le gros),
Le capitaine adjudant-major,
L'adjudant sous-officier de semaine,
Le tambour-major,
Le chef de musique,
Le vaguemestre
Et les sergents-majors se réunissent chez le colone) pour le rapport.
Au 101e, le colonel est sévère ; aussi on cause peu . Le service est l'unique sujet dont on s'occupe.
LE COLONEL
Eh bien, commandant, quoi de nouveau?