‹ Le 101me régimentChapitre 9 sur 50 · LE COMMANDANT · texte numérisé non relu

LE COMMANDANT

Il fait bien chaud, mon colonel! La chaleur est l'ennemie du soldat.

LE COLONEL

Raison de plus : la chaleur habitue au feu,

LE GROS MAJOR

Mon colonel, vous avez raison.

LE COLONEL

Évidemment. Allons, sergent-major Pilou, commencez.

LE SERGENT-MAJOR PILOU

Voilà, mon colonel. (Il ouvre le livre d'ordres et lit vivement.) « Le lieutenant Millaud d'Anglemont est parti en permission. Le caporal Marcaillou (Aristide-Célestin) est décédé... »

LE COLONEL

Doucement, doucement, vous allez si vite qu'on ne comprend rien. Qu'est-ce que vous dites?

LE SERGENT-MAJOR PILOU, lentement.

« Le caporal Marcaillou (Aristide-Célestin) est décédé... »

LE COLONEL

Ahl ah 1 il est mort, ce caporal Marcaillou? Ça ne

42 LE 101e RÉGIMENT

m'étonne pas, il y a longtemps que je lui avais prédit qu'il ne passerait pas sous-officier. Et de quoi est-il mort?

LE SERGENT-MAJOR PILOU

Mais, mon colonel, de maladie.

LE COLONEL

De maladie! un soldat! c'est un mauvais exemple pour le régiment.

LE GROS MAJOR

C'est vrai !

LE COLONEL

Évidemment. Continuez.

LE SERGENT-MAJOR PILOU

t Le sergent Benozère demande un congé de quinze jours pour aller dans sa famille. »

LE COLONEL, distrait.

Accordé.

LE SERGENT-MAJOR PILOU

o Le furilier Crounemacher, huit jours de salle de police, par le capitaine, pour... »

LE 101e RtfGTMENT 43

LE COLONEL

Ah çà! qu'est-ce que vous me chantez là, vous? quinze jours pour aller à Buenos-Ayres ?

LE SERGENT-MAJOR PILOU

Pardon, mon colonel, j'ai dit : « Le sergent Bénozère demande quinze jours pour aller dans sa famille, à Draguignan. »

LE COLONEL

Bien, bien, accordé. Est-ce tout?

LE SERGENT-M/iJOR PILOU.

Non, mon colonel , J'ai un retardataire à vous présenter, le nommé Kertoulic.

LE COLONEL

Faites-le approcher. Voyons, approchez-vous, fusilier Rertoulic. Pourquoi êtes-vous retardataire?

LE FUSILIER KERTOULIC.

Mon colonel, c'est que...

LE COLONEL

C'est que quoi? Voyons, parlez sans crainte!

ii LE 101e RÉGIMENT

LE FUSILIER K.ERTOUL.1C.

C'était relativement à un garde champêtre, qui avait dit comme ça que j'étais un feignant; alors, moi, j'avais dit que c'était, lui qui en était un, feignant. Alors , nous nous sommes battus. Alors, qu'il n'était pas le plus fort, qu'il m'en a voulu et qui s'a mis devant mon fusil un jour que je tirais un lièvre, pour me faire arriver de la peine ; alors qu'ils m'ont condamné à la prison pendant un an.

LE COLONEL

Allons, bon ! c'est entendu. Sergent-major, voici un homme qui va être en retard pour ses classes, il faut l'envoyer tous les jours à la cible.

LE FUSILIER KERT0ULIC.

Mon colonel, ce n'est pas la peine, je tire bien ; si j'ai manqué le garde, c'est qu'il était loin.

LE COLONEL

Quel sauvage !

LE GROS MAJOR

Heureusement qu'au 101e il sera bien vite policé.

(Les autres sergents- majors ayant rendu compte des choses qui se passent dans leur compagnie, le colonel dicte le rapport.)

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