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DEUXIÈME EXEMPLE

Le vaguemestre. — Soldat Castagnol, vous avez reçu 50 francs.

Le soldat Castagnol. — Oui, mon lieutenant.

LE VAGUEMESTRE

Le vaguemestre. — Vos parents ont donc de l'argent de trop?

Le soldat Castagnol. — Mon lieutenant, ma famille...

Le vaguemestre. — Ah ! c’est juste, vous êtes engagé volontaire; eh bien, vous pouvez vous retirer.

Le soldat Castagnol. — Et mon argent?...

Le vaguemestre. — Vous avez huit jours de salle de police à faire ; dimanche prochain, si vous n’êtes pas puni, vous toucherez.

Le soldat Castagnol. — Mais...

Le vaguemestre. — Pas d’observation.

Le soldat Castagnol, sortant furieux. — Je dirai à ma famille de m’envoyer des billets de banque.

Le vaguemestre étant d’ordinaire un adjudant, on l’appelle mon lieutenant.

LE ZOUAVE

Beaucoup ont parlé du zouave, peu !c connaissent.

Tout le monde l’a vu paresseusement accroupi aux guichets des Tuileries, comme un sphinx de granit au seuil des palais assyriens. Il montait sa garde. D’un air profondément mélancolique il faisait sa faction, mâchait sa chique avec une fiévreuse impatience, ou bien, tout en fumant sa chiffarde , il guettait avec anxiété quelque rayon de notre soleil. parisien, clair de lune d-- <c soleil d’Afrique qui tombe sur la boule comme du plomb fondu.

Une pièce de calicot blanc ou vert, roulée autour d’un fez rouge, une veste bleue à passe-poils rouges ou

LE ZOUAVE

jaunes laissant le col entièrement nu, un large pantalon garance taillé à l’orientale, des guêtres blanches montant un peu au-dessus de la cheville, voilà pour le costume.

Faut-il dépeindre l’homme ?

Petit, trapu, musculeux, nerveux, les épaules larges, les poings carrés, la tête rasée, la barbe touffue, l’œil hardi, le sourire narquois , la démarche décidée et aventureuse, tel est le zouave, le premier soldat du monde pour les coups de main , les escarmouches d’avant- postes, les embuscades impossibles, les marches rapides et imprévues.

Habitué à poursuivre l’Arabe, son éternel ennemi, le zouave est au fait de toutes les ruses de guerre du désert; il les a apprises à ses dépens ; aussi surprendrat-il toujours les armées de l’Europe.

« L’Arabe est bien rusé, mais le zouave est plus rusé ' encore. »

Il sait se déguiser en touffe d’herbe et s’avancer imperceptiblement jusqu’à la sentinelle qu’il veut surprendre; il peut marcher sans bruit, rester immobile des heures entières, s’effacer dans les moindres replis de terrain, ramper, sauter, bondir, se confondre dans les taillis qui l’environnent, suivre une piste et éventer toutes les ruses.

LE ZOUAVE

Comme éclaireur il n'a pas son pareil.

Faut-il enlever une position, il se précipite en avant, tôle baissée, renversant tout sur son passage, « ce n’est plus un homme, c’est un boulet. Une fois lancé, il faut ■ju’il arrive ou qu’il tombe. »

Le zouzou déteste cordialement les grandes villes, il a les garnisons en horreur.

En garnison, la discipline devient minutieuse, il faut astiquer la clarinette , blanchir les lui (Acte ri es, polir la giberne, brûler les cuivres , laver le calicot , monter des gardes régulières, défiler la parade, toutes choses ennuyeuses pour le troupier en général, mais insupportables au zouave.

Peut-être ensuite aime-t-il un peu trop les plaisirs bruyants, du moins si l’on prend à la lettre ce couplet d’une chanson de haute fantaisie :

Quand l’zouzou, coiffé de sou fez,

A par hasard queuqu’ goutt’sous l'nez, L’tremblement s’met dans la cambuse.

Hais s'il faut se flanquer des coups 11 sait rendre atouts pour atouts,

Et gare dessous,

C’est l’zouzou qui s’amuse !

Des coups, des coups, des coups.

C'est l' zouzou qui s'amuse 1

LE ZOUAVE

Ce qu’il faut au zouave, c'est le sans-gène du camp, les razzia en pays ennemi, le fritclilic improvisé sous la tente. Pour peu que le bidon soit encore aux trois quarts plein, que la provision de café ne soit pas trop près de sa lin, et que l’on ait un morceau de n’importe quoi, pour graisser la marmite, il chante, il est gai, il est heureux, il est lui-même.

Il est vrai que lorsqu’il n’est pas heureux il est tout de même gai et n’en chante que plus fort.

Le zouave doit aux guerres d’Afrique ses goûts aventureux, ses habitudes presque nomades. A poursuivre sans cesse les Arabes de marais en taillis, de déserts en montagnes, il a pris quelque chose de la façon de vivre de ces tribus errantes.

Comme elles, il a fini par considérer une tente — six pieds de toile pour plusieurs — comme une tresagréable habitation; — il est vrai qu’il n’y a pas de portier — et il s’est accoutumé à borner ses besoins et ses désirs à ce que peut contenir son sac.

A l’exemple du philosophe Bias, le zouave porte avec lui tout ce qu’il possède, ce qui prouve qu’il est peutêtre bien près de la sagesse

Mais aussi il faut voir le sac d’un zouave partant en expédition I C’est monstrueux ; on se demande avec

LE ZOUAVE

a pris le parti de devenir le premier cuisinier de l’armée.

Ses ragoûts ne feraient peut-être pas fortune chez Véfour, mais en Afrique, dans le désert, que de généraux s’en sont léché les doigts!

Faire un civet avec un lièvre, la belle malice ! tout le monde en est capable; mais faire un civet sans lièvre, voilà qui est fort, et vraiment digne du zouave.

Jamais sa fertile imagination ne brille autant que lorsqu'il n'y a pas gras ; alors il déploie tous ses moyens, il cherche, il invente, il trouve. Ces jours-là il dinc admirablement. Mais aussi que d’animaux détournés de leur destination pour prendre le chemin de la marmite !

« Je ne demande pas de fraises à mes zouaves, disait un jour au milieu du désert, par une chaleur effroyable, le maréchal Canrobert, alors colonel ; mais si j’en avais bien envie, ils seraient capables de m’en déterrer dans le sable. »

Aujourd'hui le zouave* est le plus populaire de tous les soldats ; sa chachia menace de passer à l'état de légende comme le bonnet à poil des grenadiers du premier Empire. En France, on l’appelle le zouzou ; dans l’armée, on l’a surnommé le chacal.

LE ZOUAVE

C’est au zouave que l’on doit les paroles de la marche célèbre sous le nom de la Casquette ; en voici l’origine:

Une nuit, le camp français est surpris par les Arabes. Un feu terrible étonne d’abord nos soldats, ils hésitent presque. Mais le maréchal Bugeaud s’est précipité hors de sa tente, sa présence seule rend à nos troupes toute leur ardeur : l’ennemi est repoussé.

La lutte finie, le maréchal s’aperçoit que tout le monde sourit en le regardant. Il porte les mains à sa tôle... Dans sa précipitation, il était sorti coifé du casque peu héroïque du roi d’Yvetot, du bonnet de coton, pour tout dire.

Le lendemain, lorsque les clairons sonnèrent la marche, les zouaves, en mémoire de cette originale coiffure, entonnèrent en chœur :

As-tu vu La casquette,

La casquette,

As-tu vu La casquette .

Du père Bugeaud?

Deux ou trois jours après, le maréchal, au moment de donner l’ordre du départ, disait en s’adressant aux clairons :

LE ZOUAVE

« Clairons, sonnez la Casquette. »

Ce nom est resté à la marche. A combien de victoires a-t-elle conduit et conduira-t-elle les zouaves?

j La Casquette du père Bugeaud, en faisant le succès du Duc Jvb , a rapporté quatre cent mille francs au Théâtre-Français et soixante mille francs à M. Léon Laya.

C’est une vaillante et riche casquette.

LE CHASSEUR A PIED

Il ne marche pas, il court, c’est véritablement le soldat de son siècle: un soldat à vapeur. Il vient de Vinccnnes à Paris en trente-cinq minutes, il faut juste le double à un fiacre supérieur.

Le chasseur à pied, connu, lors de sa création, sous le nom de tirailleur de Vincennes, est tout aussi populaire que le zouave: à Paris, on l’appelle dératé ou vitrier.

Le premier de ces surnoms s’explique tout seul. La rate ne fait pas partie, du petit équipement , disent les chasseurs.

LE CHASSEUR A PIED. 505

Quant au second, les étymologistes ne sont pas d’accord : les uns prétendent que vitrier est une corruption du nom vitier — qui va vite-*, donné aux chasseurs lors de leur formation au camp de Saint-Omer.

L( s autres assurent que ce sobriquet vient tout simplement des épaulettes vertes; de vert à vitrier il n’y a que l’épaisseur d’une vitre, et les lou-tics du faubourg Antoine sont bien capables de cet horrible jeu de mots.

Les chasseurs à pied n’en sont pas à faire leurs preuves ; c’est en Afrique, en 1842, qu’ils ont reçu le baptême du feu, un glorieux baptême.

Tout d’abord ils inspirèrent aux Arabes une crainte irrésistible. 11 est vrai que tout concourt à leur donner, dans les batailles, un terrible aspect ; leur costume sombre, leur allure presque fantastique, le timbre strident de leurs clairons, les font ressembler, au milieu de la fumée, à une légion de diables déchaînés.

Si bien qu’en les voyant accourir, les Arabes lâchaient j icd au plus vite. Voilà criaient-ils, les lascars né gros, autre surnom.

Quelque engagé volontaire a célébré ces exploits dans

LE CHASSEUR A PIED

une chanson en trente ou quarante couplets : quelle verve! en voici un échantillon:

Les Arbicos sont venus,

Sont venus par douzaines;

Mais 1rs chasseurs les ont si bien reçus,

Qu'ils fuyaient par centaines,

Devant les cha,

Les cha, les cha, les cha, les cha.

Les chasseurs de Vincennes.

Les chasseurs ont une arme terrible : leur carabine à tige, qui se charge avec des balles ohlongues, perce une planche de cinquante millimètres d'épaisseur à treize cents mèlres, plus d’un quart de lieue.

Or, comme presque tous les chasseurs sont des tireurs excellents — ils ont, disent-ils, le compas dans l’œil — ils font dans les rangs ennemis d’épouvantables ravages.

Il fallait voir, dans le principe, la stupeur profonde des Arabes atteints à cette distance : ils croyaient à quelque diablerie.

A Sébastopol, les éclaireurs volontaires , les enfants perdus se recrutaient dans les rangs des chasseurs. Cachés dans les moindres plis de terrain, ils réussissaient à arriver à portée des batteries, et alors, n.aihcur aux

LE CBA&&EUR A PIED

servants î les canons étaient bientôt réduits au silence.

Qui n’a pas vu la manœuvre des chasseurs à pied, ne peut se faire une idée des prodiges qu’enfantent la discipline et un exercice quotidien.

Leur pas ordinaire est un pas accéléré, leur pas accéléré est un pas de course. A uu signal du clairon, ils se dispersent de tous côtés, disparaissent, s’agenouillent, se couchent à plat ventre ou sur le dos, chargent leurs armes, ajustent, tirent dans toutes les positions possibles. Un autre signal se fait entendre, les voilà, tous à leurs rangs, serrés, massés, la baïonnette croisée, prêts à charger.

Une charge des chasseurs de Yincennes, lancés à fond de train, est irrésistible ; si épaisse que soit la masse contre laquelle ils se précipitent, ils l’éventrent avec leurs larges sabres-baïonnettes, et la traversent laissant derrière eux un sanglant sillon.

Ce sont des démons, disait à Sébastopol le prince Mentchikoff. Les chasseurs sont très-fiers de leur renom de vitesse: une fois on leur lisait un ordre du jour qui commençait ainsi: « Soldats, nous allons marcher à l’ennemi. » — «Oh! oh! s’écrièrent-ils, ce n’est point pour nous ; on aurait mis courir. »

LE CHASSEUR A PIED

En dehors du service, le chasseur à pied conserve malgré lui ses allures rapides. Il a d’ailleurs l’air crâne, peut-être même un peu tapageur; il aime à incliner son. shako en casseur; son ceinturon est toujours serré outre mesure, le vitrier doit avoir un ventre de fourmi.

Leste et bien découplé, il adore la danse, c’est son fort, il y obtient des succès que le pompier de Paris pourrait seul lui disputer. Tout naturellement les belles adorent ce brillant danseur, mais qu elles ne s’y fient pas, le vitrier est plus inconstant que le voltigeur luimême, ce papillon du cœur.

A Paris, il affectionne les ombrages de Vincennes et de Saint-Mandé; le lundi, le jeudi et le dimanche il accourt danser au son des pistons de la barrière du Trône, heureux si une permission de minuit lui permet de rester jusqu’à la fin ; il trouve toujours un pays qui a fait un conyé et qui partage fraternellement avec lui quelques bouteilles de vin suret.

Mais il serait injuste de ne pas dire un mot du clairon des chasseurs à pied.

Que le chasseur, chargé de son sac, de 6es vivres, de

LE CHASSEUR A PIED

scs armes, de ses munitions puisse courir sans s’essouffler, on le comprend difficilement.

Mais comment fait le clairon qui, tout en courant comme les autres, trouve par-dessus le marché le moyen de souffler dans sa trompette?

C’est ce que l’on ne comprend pas.

LE FANTASSIN

Le fantassin par excellence, c’est le soldat de l’infanterie de ligne; d’aucuns disent : le pioupiou , ou môme le lignard. Les cavaliers prétendent que 1 infanterie porte les éperons au coude, pour piquer azur, mais les cavaliers ne font que répéter là une vieille plaisanterie, inventée alors qu’on ne connaissait pas encore l'escrime à la baïonnette, un jeu très-dangereux pour les cavaliers.

L’infanterie de ligne, c’est véritablement l’armée française; elle a versé son sang sur tous les champs de bataille, mais elle a su fixer la victoire. C’est elle qui a promené les étendards de la France au travers de l'Eu-

LE FANTASSIN

rope vaincue. C’est l’infanterie de ligne qui, sans sou- , liers, sans vivres, sans artillerie, s’élançait, du haut des Alpes, à la conquête de l'Italie ; c’est elle qui combattait aux Pyramides, et à Eylau, et à la Moskowa. L’infanterie, c’est la reine de batailles : avec elle on passe partout et on se maintient toujours.

L’uniforme de l’infanterie de ligne n’a rien de brillant, et cependant c’est celui qui, en masse, produit le meilleur effet ; c’est aussi le plus commode et le mieux approprié à tous les besoins du soldat en campagne.

Aux revues, à la parade, sur les boulevards, il est peut-être des régiments qui attirent les yèux davantage, mais ce n’est pas là qu’il faut voir la ligne. 11 faut la voir, manœuvrant sous le feu de l’ennemi, avec autant de précision qu’au champ de Mais. Chaque régiment est devenu un corps, dont les officiers sont la tête. Un boulet arrive qui emporte une file entière : — Serrez les rangs! — Les rangs se serrent, le vide est comblé, sans précipitation, sans trouble, sans confusion.

Rien n’est beau, rien n’est magnifique, comme un régiment de ligne marchant au pas de charge pour aborder l'ennemi à la baïonnette. Cherchez dans les rangs, examinez, l’un après l’autre, ces soldats noirs de

LE FANTASSIN

poudre, essayez de reconnaître le pioupiou que vous avez vu, s’cpalant devant les boutiques des grandes villes, le shako en arrière et le ventre en avant. Le pioupiou d’hier est le héros d’aujourd’hui. Le danger, à cette heure, illumine toutes ces tètes; le courage, comme une auréole, resplendit sur tous ces fronts. Place à la ligne 1 sur ses drapeaux est écrite notre glorieuse histoire.

Le fantassin, en garnison, ne ressemble aucunement au héros du champ de bataille. Il ne se souvient plus de ses exploits d’hier; il ne se doute- pas des grandes actions qu’il accomplira demain, si une fois de plus la France a besoin de son dévouement et de son courage.

Le fantassin en garnison redevient le pioupiou , c’està-dire le meilleur et le plus inoffensif des hommes, cherchant toujours à se rendre utile, toujours prêt à rendre un service. Simples sont ses goûts et modestes scs désirs : les joies turbulentes sont sans attrait pour lui, et rarement la dive bouteille, qu’il aime à fêter, cependant, parvient à lui faire oublier l’heure de la retraite.

Comme tous les soldats de la terre, le fantassin est généralement pané.

LE FANTASSIN

Car on France comme en Autriche, Le militaire n'est pas riche, Chacun sait ça.

Il est de fait d’avec cinq centimes par jour il est difficile de faire dos folies. Heureusement il est des moyens d’augmenter ce mince revenu. Dans beaucoup de régiments, les soldats ont l’autorisation de s’occuper en ville — pourvu, toutefois, (pie la discipline n’en souffre pas. — Ceux qui ont un métier y consacrent tout le temps qu’ils ont de disponible; ceux, et c’est le plus grand nombre, qui n’ont que leurs deux bras et leur bonne volonté, trouvent cependant un moyen de se rendre utiles; dans quelques maisons bourgeoises, ils prennent soin du jardin ou entretiennent les parquets.

Enfin, il est une autre source de revenu, qui, si elle n’est pas la plus avouable, est certainement la plus employée, c’est la carotte à la famille.

La carotte est généralement ourdie par quelque vieux grognard qui sait plus d'un bon tour. Un engagé volontaire, mauvaise tète, mais possédant une superbe main, se charge d’écrire la lettre. Une maladie, tel est le prétexte le plus ordinaire. C’est le plus simple, et rarement il manque son effet. Comment voulez-vous que

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des parents refusent quelques francs, lorsqu’i 1 # eçoivent de leur enfant une lettre qui commence ainsi :

« Chère mère,

« L’intention de la présente est pour vous faire savoir que je me trouve insensiblement à l’hôpital 1... »

La famille envoie de l’argent. Une lettre du pays arrive, qui renferme un beau bon sur la poste. Le vaguemestre l’a vite échangé contre de belles pièces de cent sous. Mais, hélas ! il dure, cet argent, ce que dure un beau rêve. Et comment peut-il en être autrement? Tant d’amis doivent avoir leur part de celte bonne aubaine : 11 y a, d'abord, le camarade de Ut — ensuite l’inventeur de la carotte, puis l’écrivain, puis deux ou trois pays, puis un caporal qui a été obligeant, et bien d’autres encorè. D’ailleurs il est convbnu qu’un troupier ne doit pas dépenser son argent seul.

Un soldat qui sort seul, qui boit seul , est déshonoré aux yeux de ses camarades, on dit qu’il fait suisse... Dire à un soldat : Tu fais suisse , est une mor telle injure.

Lorsqu’il a terminé sa besogne journalière de 1 caserne, astiqué ses armes, répondu à l’appel, s’il n’es

LE FAN fASSIN.

ni de gai de, ni de service, ni de corvée, ni puni, alors le fantassin est libre, il peut sortir. Presque toujours il s’empresse d’en profiter. Il faut, pour le retenir à la chambre, quelque motif d’une haute gravité ; une lettre à écrire, quelque petit ouvrage à faire, une pipe d’uue remarquable longueur à culotter pour un oflieier qui en fait collection. Mais ces cas sont fort rares. Le fantassin aime les longues promenades. Est-il dans une petite ville, on le rencontre le long des sentiers, dans les bois ; il cueille de petites baguettes pour battre les habits.

S’il est dans une grande ville, le fantassin varie ses distractions : il aime à visiter les étalages des grands magasins ; il affectionne les promenades et les jardins publics ; les saltimbanques ont en lui un public toujours patient, toujours bienveillant, toujours prêt à rire des plaisanteries du pitre. Le saltimbanque et le fantassin se sont compris depuis longtemps : « Entrez, entrez, messieurs et mesdames, c’est dix centimes, deux sous : Messieurs les militaires ne payeront que demiplace. »

Mais Paris est, pour le fantassin, une ville bénie. Le vin y est bien un peu cher, mais que de distractions ! - Voilà une ville ! on y peut flâner cinq heures de suite sans risquer d’y voir les mêmes objets. D’ailleurs Paris

LE FANTASSIN

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