SIG
a le Jardin des Plantes , et le Jardin des Plantes est, chacun le sait, le paradis terrestre du fantassin.
Là il passe sans ennui ses heures de liberté. II visite successivement tous les cabinets il' histoire naturelle , il se tient les côtes de rire devant le palais des singes, s’extasie le long des loges des animaux féroces, et frémit en contemplant les reptiles. Mais ses bêtes de prédilection sont les ours et l'éléphant. Jamais il ne sortira du Jardin des Plantes sans avoir lait grimper Martin à l’arbre, sans avoir été portera l’éléphant une croûte de pain mise en réserve — faute de poches à son pantalon — dans le fond de son képi.
Mais le fantassin serait un corps sans âme s’il n’avait pas une payse. La payse a été ciéée pour le tourlourou , — autre nom du fantassin — tout comme le tourlourou a été créé pour la payse. Ils s’aiment et ils se comprennent. 'Le tourlourou accompagne la payse, qui est bonne d’enfants, h l’aide à surveiller les mioches quand il ne lcmpéche pas de les surveiller; sur la promenade, le tourlourou s’assied près de la payse et lui conte des douceurs pendant que ies moutards jouent sur le sable. « iionni soit qui mal y pense 1 »
Malgré la fatigue qui en résulte, le fantassin aime les changements de garnison; il \a gaiement d’un bouta
LE FANTASSIN
l’autre de la France, en chaulant des chansons, en qnatre-vin ^ l-tj i:i n/e couplets, qui enlèvent le pas. Chaque jour, avant deux heures, il « son étape dans les jambes, ce qui ne l’cmpèchc pas, aussi! ôt arrivé à la ville où l’on doit coucher, de se donner bien vile un coup de brosse et de courir visiter les curiosités du pays.
Le billet de logement inquiète peu le soldat. Le billet de logement est cependant un bilL t de loterie: il en est de très-bons, il en est qui sont mauvais. Rarement le soldat est mal reçu ; cela se voit cependant quelquefois par-ci par-là. De son côté, le fantassin n’abuse près |ue jamais de l’hospitalité. Le billet de logement est très-bon lorsque les hôtes invitent le soldat à partager leur dîner. C’est une économie de temps et d'argent; inutile de faire la tamponne. Le fantassin est tout joyeux, et pour remercier ses hôtes, il leur raconte son histoire au dessert.
Rentré dans ses foyers, son congé fini, le fantassin n’abuse pas de sa supériorité. Il raconte volontiers ses campagnes et ses voyages, mais il le fait sans forfanterie. Il trouve toujours des auditeurs aUentifs; nous aimons les anciens soldats en France.
On a accusé le fantassin d’être naïf : il est des cas où une naïveté vaut un poème.