PLUSIEURS
Tu crois ? — Comment ?
LE MENUISIER
Je ne sais pas, moi. Mais cela sera. Courage! Allons! Il n'y a si longue nuit, qui n'aboutisse
au jour. — Ils travaillent.
l'apprenti En attendant, on n'y voit guère.
LE MENUISIER, criant aux fenêtres
Eh ! là-haut ! — Eh ! les femmes ! Soignez vos lampions ! Nous avons besoin d'y voir, cette nuit.
UNE FEMME, à une fenêtre, rallumant des chandelles
Eh bien, cela avance-t-il?
LE MENUISIER
II y en a plus d'un qui y laissera sa carcasse, avant qu'ils passent.
LA FEMME
Viennent-ils bientôt ?
LE MENUISIER
On dit que Grenelle est en sang. On entend tirer du côté de Vaugirard.
LE VIEUX BOURGEOIS
Ils attendent le jour pour entrer,
LE MAÇON
Quelle heure est-il?
LA FEMME
Trois heures. Ecoute : le coq chante.
LE MAÇON, s'essuyant avec sa manche
Hàtons-nous, hâtons-nous ! Gré Dieu ! qu'il fait chaud !
LE MENUISIER
Tant mieux donc! Labour d'été vaut fumier.
LE VIEUX BOURGEOIS
Je n'en puis plus.
LE MENUISIER
Reposez -vous un peu, monsieur le notaire. Ghacun n'est tenu de faire qiie ce qu'il peut.
LE VIEUX BOURGEOIS, apportant im pavé
Je veux encore mettre celui-là.
LE MENUISIER
Allez plus posément. Qui ne peut galoper, qu'il trotte.
LA FEMME
A-t-on enfin des fusils?
LE MENUISIER
Bah ! à l'Hôtel de Ville, ils nous bernent toujours avec des promesses. Ils sont quelques centaines de bourgeois qui accaparent tout.
LE MAÇON
N'importe? On a des couteaux, des bâtons, des pierres. Pour tuer, tout est bon.
LA FEMME
J'ai monté dans ma chambre des tuiles, des tessons, des culs de bouteilles ; j'ai tout apporté près de la fenêtre, tout, la vaisselle, les meubles, les livres. S'ils passent, je leur casse la gueule.
UNE AUTRE FEMME, à sa fenêtre
Moi, ma chaudière est sur le feu, et bout depuis le dîner. J'y fais cuire des pavés. Qu'ils viennent : je les grillerai.
UN GUEUX, avec un fusil, s'adressant à un bourgeois
Donne-moi de l'argent.
LE BOURGEOIS
On ne mendie pas ici.