SCENE FINALE
Fête du Peuple (i) — Triomphe de la Liberté
Mardi 14 juillet, 7 heures du soir. — Place de l'Hôtel-de -Ville.
Peuple qui crie, rit, se x-ue en tous sens, paré de cocardes vertes, de rubans verts, de feuilles vertes, agitant des branches vertes, délirant de joie, de force et d'orgueil. Au-dessus de cet océan humain, émergent, comme l'écume de vagues qui se brisent sur les rochers, des hommes, femmes, enfants, montés sur des voitures et des chariots arrêtés, sur des échelles, sur des escabeaux, sur des réverbères, sur les épaules les uns des autres, tous portant et secouant des rameaux verts. Une forêt qui ondule aux rayons du soleil couchant.
Au lever du rideau, musique triomphale, (2) qui se termine au miheu du tumulte d'allégresse, des cris d'enthousiasme ininterrompus de la foule.
LE PEUPLE, éclatant de bonheur et d'orgueil, courant sur le théâtre, agitant les branches d'arbres, criant tout d'une voix
Libres I Nous sommes libres !
DESMOULEVS, une branche verte à la main
La forêt de la Liberté a surgi des pavés. Les rameaux verts ondoient au vent. Le vieux cœur de Paris retleurit. Voici le printemps !
LE PEUPLE, tout dune voix
Libres ! Le ciel est libre !
Les voix se divisent et s'entrechoquent, comme des éclairs.
— Brisé, le poing levé au-dessus de nos têtes !
(1) Voir la note de la fin.
(2) A défaut de musique originale, Vlhjmne du U juillet, de Gossec, orchestre et chœurs.
— Sous notre talon, la bête !
— Elle est prise ! Elle est prise !
Tout d'une voix
Nous les avons vaincus !
DESMOULLN'S
L'épouvantait de cette Bastille, cette peau de lion, dont ils cachaient leur féroce lâcheté, — arrachée de leurs épaules ! — Et voici paraître tout nu, grelottant et ridicule, le Roi, le Roi ennemi I
LE PEUPLE
Échec au Roi I Le Roi est vaincu !
— Paris n'est plus au Roi. Paris est à Paris !
LA VIEILLE FRUITIERE, à cheval sur un canon, un fichu rouge autour de la tête
Au Roi! Au Roi ! — Voilà mon cheval ! Je lai pris. Je vas atteler l'animal à ma petite voiture ; et nous allons à Versailles faire visite au gros Louis, M. Capet Faîne. J'en ai long à lui dire. Bon Dieu î depuis des siècles que j'amasse là-dedans misère sur misère, et patience sur le tout, j'étouffe : il faut que je dégorge. Bonne bète qui me résignais, qui croyais nécessaire de souffrir pour le plaisir des riches î Voilà que je comprends maintenant ! Je veux "\'i\Te, je veux vivre! MaJheur que je sois si vieille ! Bon sang I Je veux regagner le temps que j'ai perdu ! — Hue ! ma belle, à la Cour !
Elle passe, poussée sur son canon, escortée et suivie par des hommes du peuple, des bourgeois, des femmes, avec des casques, des boucliers, des fusils, des lances, des armures, — quatre tambours en tète : un gueux en guenilles, jambes nues ; une femme ; un enfant ; et un vieux bourgeois, type d'huissier correct et gourmé.