Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choises
Parmi les élèves de nos lycées, beaucoup se contentent d'étudier rhistoire littéraire dans leur Précis sans lire les auteurs. Bien n'est plu^ stérile, plus vain, rien n'est plus fâcheux du reste pour Véducation de leur esprit, que d'apprendre des phrases toutes faites sur les écrivains dont ils n'ont pas une connaissance directe. Mais peut-on dire que ce soit toujours leur faute ? La plupart liraient davantage s'ils avaient à leur disposition les ouvrages nécessaires.
A ceux-là s'adressent ces Lectures classiques. Elles seront pour eux un complément indispensable du Précis de Littérature que j'ai publié voilà cinq ou six ans, et dont elles suivent l'ordre chapitre par chapitre.
Je me suis proposé d'y mettre sous les yeux des élèves, non pas à proprement parler les plus belles pages des auteurs, mais surtout celles qui peuvent le miev^ les intéresser à notre histoire littéraire, leur en présenter les divers aspects, leur en expliquer le développement. Aussi les Lectures classiques ne font-elles point double emploi avec les Recueils de morceaux choisis en usage ; et je vais, le plus brièvement possible, inarquer la di'fférence.
D'abord, elles ne contiennent aucun extrait des ouvrages inscrits au programme, tragédies de Corneille et de Racine, comédies de Molière, fables de La Fontaine, sermons et oraisons funèbres de Bossuet, Provinciales et Pensées de Pascal, satires, épitres et Art poétique de Boileau, etc. Tous les extraits dont
s PREFACE
se com}K)sc le ix>lur7ic sont tirés d'ouvrages que les élèves n'ont pas cCordinaire entre les mains.
Secondement, certains auteurs auxquels les Recueils de morceaux choisis ne donnent que quelques pages à peine occupent ici xine place en rapport avec leur importance dans l'histoire de notre littérature : Vaugclas notamment et Balzac,' qui furent pour notre langue, le premier, un maître de grammaire, le second, un maître de rhétorique; La Boche fou/xiuld, dont le petit livre, suivant V expression de Voltaire, « accoutumé à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis, délicat » ; Saint- Evremond, si intéressant par tant de côtés et surtout comme le précurseur, en un siècle éminemment dogmatique, de ce relativisme qui allait, au siècle suivant, renouveler notre éducation intellectuelle et morale.
En troisième lieu, beaucoup d'écrivains complètement omis par le plus grand nombre des Recueils figurent dans ce volume. Tels sont, pour n'en citer que quelques-uns. Honoré d' Urfé, dont Z' Astrée eut sur les mœurs et sur la littérature une très grande influence et très durable-, M^^ de La Fayette, que sa Princesse de Clèves égale aux meilleurs écrivains e^ aux plus délicats moralistes du temps ; Chapelain, méchaiit poète, mais critique solide en sa lourdeur, qui exprima le premier, avec une précision vigoureuse, la doctrine du classicisme; Charles Perrault, auquel son esprit ouvert, sa culture (tendue et sa fertililé d'idées valurent de jouer un rôle capital dans la querelle des anciens et des modernes, cet épisode particulièrement suggestif de notre histoire littéraire au XVI I^ siècle.
Enfin, si bon nombre d'auteurs ont ici la même place, ou à peu près, que leur font les Recueils, ce ne sont point en général les mêmes pages qui ont fixé mon choix.
Pour quelques-uns sans doute, et principalement les poètes, la plupart deji morceaux s'imposent. Cependant je ne m'en tiens jjoint, fût-ce pour ces auteurs-là, aux morceaux consacrés.