‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 135 sur 511 · L'AUTORITE ET LA PUISSANCE · texte numérisé non relu

L'AUTORITE ET LA PUISSANCE

... L'autorité est beaucoup j^lus noble que la puissance, et celle qui se forme de la vertu beaucoup plus honnête ^ que celle qui s'établit par la terreur des supi^lices. Le triomphe pur et innocent d'une infinité de cœurs soumis ^ est bien plus illustre et plus beau à voir que le sanglant et misérable trophée de quelques têtes abattues ; j'entends abattues sans une extrême nécessité et pour la seule montre d"un pouvoir sauvage et tyrannique. Et, si les fables des poètes sont les mystères des philosophes ^, il me semble, Madame, que leur Jupiter fait une action bien plus admirable et plus digne du père des dieux et du roi des hommes quand il remue toutes choses avec un de ses sourcils et qu'il fait trembler T Olympe en branlant la tête que quand, à force de foudres et de tempêtes, il arrache des arbres et casse des tuiles.

La puissance est une chose lourde et irrésistible, qui traîne après soi un long équipage de moyens humains, sans lesquels elle demeurerait immobile. Elle n'agit qu'avec des armées de terre et de mer. Pour marcher, il lui faut mille ressorts, mille roues, mille machines. Elle fait un effort pour faire un pas. L'autorité, au contraire, qui tient de la noblesse de i son origine et de la vertu des choses divines, opère ses i miracles en repos, n'a besoin ni d'instruments ni de matériaux, ni de temps même pour les opérer, est toute recueillie en la personne qui l'exerce, sans chercher d'aide ni se servir de second. Elle est forte toute nue et toute seule. Elle combat étant désarmé. {Ibid.)

1. Honnête. HonorabJp. Comme d'une infmité de cœurs. Cf. p. 12, le latin honestus. n. 7.

2. Le triomphe... dune infinité 3. S'il faut considérer les fables de cœurs soumis. Le triomphe des poètes comme symboles philoqui consiste dans la soumission sophiques.

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