Les lettres patentes avaient
3. Succès. Le mot signifiait la ma- été rédigées par Conrart.
ACADEMIE FRAXÇAISE 145
avons été obligé de donner à plusieurs de nos Alliés Nous ont diverti ^ de toute autre pensée que de celle de la paix, et Nous ont empêché de jouir du repos que Nous procurions aux autres.
Mais, comme toutes nos intentions ont été justes, elles ont eu aussi des succès heureux. Ceux de nos voisins qui étaient oppressés ^ par leurs ennemis vivent maintenant en assurance ^ sous notre protection ; la tranquillité pubUque fait oubher à nos sujets toutes les misères passées, et la confusion a cédé enfin au bon ordre que Nous avons fait revivre parmi eux en rétablissant le commerce, en faisant observer exactement la discipline militaire dans nos armées, en réglant nos finances et en réformant le luxe.
Chacun sait la part que notre très cher et très amé * cousin le Cardinal Duc de Richelieu a eue en toutes ces choses, et Nous croirions faire tort à la suffisance ^ et à la fidélité qu'il Nous a fait paraître en toutes nos affaires depuis que Nous l'avons choisi pour notre principal Ministre, si, en ce qui Nous reste à faire pour la gloire et pour l'embellissement de la France, Nous ne suivions ses avis et ne commettions à ses soins la disposition et la direction des choses qui s'y trouveront nécessaires.
, C'est pourquoi, lui ayant fait connaître ^ notre intention, il Nous a représenté qu'une des plus glorieuses marques de la félicité d'un Etat était que les Sciences et les Arts y fleurissent et que les Lettres y fussent en honneur aussi bien que les Armes, puisqu'elles sont un des principaux instruments de la vertu ; qu'après avoir fait tant d'exploits mémorables. Nous n'avions plus qu'à ajouter des choses agréables aux nécessaires, et l'ornement à l'utilité, et qu'il jugeait que Nous ne pouvions mieux commencer que par le plus noble de tous les arts, qui est l'Eloquence ; que la langue française, qui jusques à présent n'a que trop ressenti la négligence de ceux qui l'eussent pu rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que
1. Diverti. Détourné. Cf. p. 56, même à cette époque, que dans Jla n. 4. langue de la chancellerie,