‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 15 sur 511 · PRIÈRE POUR LE ROI HEXRI LE GRAND · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR LE ROI HEXRI LE GRAND

ALLANT E.V LIM0U5I.V ^ (1605)

0 Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées

Ont aux vaines fureurs les armes arrachées ^

Et rangé l'insolence aux pieds de la raison ^,

Puisqu'à rien d'imparfait ta louange * n'aspire,

Achève ton ouvrage au bien ^ de cet empire

Et nous rends ^ l'embonpoint comme la guérison

Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage,

Et qui si dignement a fait l'apprentissage

De toutes les vertus propres à commander,

Qu'il semble que cet heur ^ nous impose silence.

Et qu'assurés par lui de ^ toute violence,

Nous n'avons plus sujet de te rien demander.

Certes quiconque a vu pleuvoir dessus ^^ nos têtes Les funestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis ^^ Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paraître, En ce miracle seul il ^^ peut assez connaître Quelle force a la main qui nous a garantis.

1. Henri IV allait en Limousin et rends-nous. Quand deux propopour y tenir les Grands jours, et sitions impératives se coordonnent, surtout pour prévenir par sa pré- le pronom complément du second sence des troubles et des complots impératif est souvent construit, dans fomentés dans les provinces du cen- la langue du XVIP siècle, avant cet tre. — « Quelle belle ode, toute impératif.

sincère et pleine de sens, de patrio- 7. Comme la guérison. Comme tu tisme, d'à propos, que cette ode, nous as déjà rendu la guérison. Stances ou Prière pour le roi allant 8. Heur. Bonheur. Ne s'emploie en Limousin ! » (Sainte-Beuve, Nou- guère plus que dans certaines exveaux Lundis, t. XIII). pressions comme avoir Vheur.

2. Ont... les armes arrachées. Ont 9. Assurés de. Mis en sûreté contre, arraché les armes. Cf. p. 12, n. 5. 10. Dessus. Sur. Cf. p. 18, n. 5.

3. Allusion aux guerres civiles, 11. Con/ratres par/is. L'usage perterminées par Henri IV, qui repré- mettait de mettre avant le subssente ici l'ordre, la discipline, la tantif certains adjectifs que nous raison. mettons après.

4. Louange. Employé ici dans le 12. Quiconque... il. Dans ces conssens de gloire. tructions, le pronom personnel se

5. Au bien. Pour le bien. Cf. p.l2, mettait souvent avec le verbe de n. 13. la proposition principale, lorsque

6. Achève et... nous rends. Achève le relatif était plus ou moins éloigné

Mais quoi ? de quelque soin qu'incessamment ^ il veille, • Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien ^ , Comme ^ échapperons-nous en des nuits si profondes, Parmi tant de rochers que lui cachent les ondes, Si ton entendement ne gouverne le sien ?

Un malheur inconnu gUsse parmi les hommes *, Qui les rend ennemis du repos où nous sommes ; La plupart de leurs vœux tendent au changement ; Et, comme s'ils vivaient des misères publiques, Pour les renouveler ils font tant de pratiques ^, Que qui n'a point de peur n'a point de jugement ^.

En ce fâcheux état ce qui nous réconforte. C'est que la bonne cause est toujours la plus forte, Et qu'un bras si puissant t'ayant ' pour son appui, Quand la rébellion plus qu'une hydre féconde Aurait pour le combattre assemblé tout le monde, Tout le monde assemblé s'enfuirait devant lui.

Conforme donc, Seigneur, ta grâce à nos pensées ;

Ote-nous ces objets ^ qui des choses passées

Ramènent à nos yeux le triste souvenir ;

Et, comme sa valeur, maîtresse de l'orage,

A nous donner ^ la paix a montré son courage.

Fais luire sa prudence à nous l'entretenir ^°.

1. Incessamment. Sans cesse. Dans ou du Palais de bons citoyens du l'usage moderne, sans délai. Parlement, de l'Université, de la

2. Bien. Bonlieur. Si grand que bourgeoisie sauvée par Henri IV soit son désir de nous voir (et de nous et encore reconnaissante. » (Sainte rendre) heureux. Beuve, Nouveaux Lundis, t. XIII).

3. Comme. Comment. Emploi ré- 5. Pratiques. Manœuvres, megulier au XVI p siècle. nées.

4. « Voici la belle strophe, à moi- 6. Il faut n'avoir pas de jugement tié voilée, pleine de sens, de pruden- pour ne pas concevoir de craintes, ce et de tristesse... Ces vers et les 7. T'ai/ant. Participe absolu, vers suivants, récités à haute voix 8. Objets. Le mot signifiait tout n'auraient eu besoin pour émou- ce qui se présente à la vue ou à la voir et enlever tous les cœurs, pour pensée.

renouveler à leur manière les anciens '.). A nous donner. Comme en nous

triomphes dus à la veine lyrique et donnant.

faire éclater les larmes avec les 10. Fais qu'il montre sa prudence

applaudissements, que de rencon- en entretenant la paix. — Pru-

trer réunis dans une salle du Louvre dence. Sagesse.

Il n'a point son espoir au ^ nombre des armées, "Etant bien assuré que ces vaines fumées N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités - ; L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles ; Si tu le fais. Seigneur, il fera des merveilles. Et vaincra nos souhaits- par nos prospérités ^.

Les fuites * des méchants, tant soient-elles secrètes ^,

Quand il les ^ poursuivra n'auront point de cachettes ;

Aux lieux les plus profonds ils seront éclairé 3 ;

Il verra sans effet ^ leur honte se produire.

Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire

Aussitôt confondus comme ^ délibérés.

La rigueur de ses lois, après tant de licence, Redonnera le cœur ^ à la faible innocence Que dedans ^^. la misère on faisait envieillir ^\ A ceux qui l'oppressaient ^^ il ôtera l'audace, Et, sans distinction de richesse ou de race. Tous de peur de la peine ^^ auront peur de faillir.

La terreur de son nom ^^ rendra nos villes fortes ;

On n'en gardera plus ni les murs ni les portes ;

Les veilles cesseront au sommet de nos tours ;

Le fer, mieux employé, cultivera la terre.

Et le peuple, qui tremble aux frayeurs de la guerre,

Si ce n'est pour danser, n'orra ^^ plus de tambours.

1. Au. Dans le. Cf. p. 11, n. 7. 13. Peine. Châtiment. C'est le

Page 1