‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 188 sur 511 · MAIRET · texte numérisé non relu

MAIRET

SOPHONISBE

Non, seigneur, que ^ mes pleurs n'obtiennent ma demande.

MASSINISSE

Vous obtenez encore une chose plus grande : C'est un cœur que beauté n'a jamais asservi Et que présentement la vôtre - m'a ravi.

SOPHONISBE

En l'état où je suis, il faut bien que j'endure L'outrageuse rigueur de votre procédure ^ ; JVIais sachez que jamais un généreux vainqueur N'affligea son vaincu d'un langage mocj^ueur.

MASSINISSE

Ah ! madame, perdez cette injuste créance * Qui dans sa fausseté me nuit et vous offense ; Jugez mieux des respects C[u'un prince doit avoir. Et dans votre beauté voyez votre pouvoir...

SOPHONISBE

Certes, ma vanité serait trop ridicule

Ou j'aurais un esprit extrêmement crédule,

Si je m'imaginais qu'en l'état où je suis,

Captive, abandonnée, au milieu des ennuis ^

Le cœur gros de soupirs et les yeux pleins de larmes.

Je conservasse encor des beautés et des charmes

Capables d'exciter une ardente amitié.

MASSINISSE

Il est vrai que d'abord j'ai senti la pitié ; Mais, comme le soleil suit les pas de l'aurore, L'amour qui l'a suivie et C{ui la suit encore A fait en un instant, dans mon cœur embrasé. Le plus grand changement qu'il ait jamais causé...

{So'phonisbe, acte III, scène iv.)

1. Kon... que. Non, pas avant 3. Procédure. Façon de procéder, que. Que s'employait souvent dans (je me traiter

des constructions analogues avec 4. Créance. ' Croyance. C'est le

1 ellipse d a^anf ou de sans. g ^^^ ^^ jl ^^^ xVIP siècle,

2. La voire. Beauté, employé au lo "a^^ c;rr„^^,,.o+^r^r^ vers précédent avec le seAs de ^^ ^^^^ne signification.

iemme belle est sous-entendu dans />• Ennms. Dans un sens plus fort.

celui-ci avec son sens ordinaire. Cf. p. 14, n. 2.

192 LE XVlh SIECLE PAR LES TEXTES

IMPRÉCATIONS DE MASSLMSSE

Puisque ma propre main a fourni le poison Qui fait qu'elle m'attend sur le rivage sombre, Où mon fidèle esprit va rejoindre son ombre, C'est là, cruel sénat, que tes superbes lois Ne feront point trembler les misérables Rois. Un poignard, malgré toi, trompant ta tyrannie. M'accorde le repos que ta rigueur me nie-.,. Cependant en mourant, ô Peuple ambitieux ! J'appellerai sur toi la colère des cieux. Puisses-tu rencontrer, soit en paix, soit en guerre. Toute chose contraire, et sur mer et sur terre. Que le Tage et le Pô, contre toi rebellés. Te reprennent les biens que tu leur as volés ; Que Mars, faisant de Rome une seconde Troie, Donne aux Carthaginois tes richesses en proie, Et que dans peu de temps le dernier des Romains En 2 finisse la race avec ses propres mains ^ !

{Ihid., acte V, scène vin.)

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