LES MÊMES; SIROÈS, PALMIRAS, PHARNACE
siROÈs assis ... Nous venons pourvoir ^ contre la violence Et de votre furie et de votre insolence. Eh bien, Madame ?
SIRA
Eh bien, traître, te voilà roi :
La pointe de mes traits a tourné contre moi ; Et, par où j'ai voulu mettre un fils à ta place, Je te mets à la mienne et m'acquiers ta disgrâce. J'ai fait plus ; j'ai tenté, pour le coup de ta mort, Par le bras d'un des miens, un inutile effort ; J'ai, si tu l'as ouï, souhaité ma franchise ^ Pour, de ma propre main, en tenter l'entreprise. Ne t'en étonne pas, le jour m'est à mépris ; J'ai juré de périr ou voir ^ régner mon fils. Et, si la liberté m'était encore offerte. J'en emploierais pour lui tout l'usage à ta perte. Est-ce assez ? Les témoins sont ici superflus. Mon procès est bien court, prononce là-dessus.
SIROÈS
J'admire ce grand cœur, et nous devons, Madame, Un renom mémorable à cette force d'âme. Vous avez dans l'Etat, avec ce grand courroux. Fait de grands changements, mais funestes pour vous.
SIRA
Je considère peu ce qui m'en est funeste.
Tout le mal qui m'en vient est le bien qui t'en reste ;
Je plaindrais ^ peu la vie et mourrais sans effort.
Si, sujet de mon fils, tu survivais ma mort ^,
Ou si de tes destins j'avais tranché la trame.
SIROÈS
C'étaient de grands desseins pour la main d'une femme,
1. Palmiras et Pliarnace sont des 4. De périr ou voir. Cf. p. 18, n. 6. satrapes. 5. Je plaindrais. Je regretterais.
2. Pourvoir. Dans un sens absolu. 6, Si en mourant je te voyais Prendre des mesures. sujet de mon fils. — Pour la cons-
3. Franchise. Liberté.Cf. p.l4, n.3. truction de survivre, cf. p. 195, n. 1.
204 LE .Wlh SIECLE PAR LES TEXTES
Et qui méritaient bien d'en délibérer ^ mieux Qu'avec l'ambition qui vous sillait - les yeux. Il faut ou plus de force ou plus d'heur ^ qu'on n'estime Pour exclure d'un trône un prince légitime ; Les funestes complots qu'on fait contre ses jours Peuvent avoir efïet ^. mais ne l'ont pas ^ toujours. Vous l'éprouvez. Madame. Avec ce grand courage, Qui. pour me mettre à bas, a tout mis en usage, Avec tout cet effort, qu'avez- vous avancé l Sur qui tombe ce foudre ^ l où l'avez-vous lancé ? Sur la tête où vos mains portaient mon diadème, Sur celle de mon père, et sur la vôtre même. Par quel aveuglement n'avez-vous pas jugé Qu'aj^ant des dieux au ciel " j'en ^ serais protégé ? Doutez-vous que l'objet de leurs soins plus augustes ^ Est ^^ l'intérêt des rois dont les causes sont justes ?
SIRA
Ils l'ont mal témoigné, quittant ^^ notre parti Et souffrant pour le tien ce qu'ils ont consenti. Mais, qu'ils veillent ou non sur les choses humaines. Au fait 1- dont il s'agit ces questions sont vaines. Prononçant mon arrêt, chasse-moi de ces lieux ; Tyran, délivre-moi de l'horreur de tes yeux ; Chaque trait m'en punit, chaque regard m'en tue, Et mon plus grand supplice est celui de ta vue.
SIROÈS
Il vous faut affranchir ^^ d'un si cruel tourment.
{Aux satrapes.) Princes, délivrez-l'en par votre jugement.
1. D'en délibérer. Qu'on en dcli- à-dire puisqu'il y a. Cf. p. 36, n. 6. bérât. Cf. p. 54, n. 1. 8. En. Par eux.Cf. p. 30, n. 6 et