RÉPONSE A S C U D É R Y
Monsieur,
Il ne vous suffit pas que votre libelle ^ me déchire en public ; vos lettres me viennent quereller jusque dans mon cabinet, et vous m'envo\'ez d'injustes accusations, lorsque vous me devez pour le moins des excuses. Je n'ai point fait la pièce que vous m'imputez et qui vous pique ■* ; je l'ai reçue de Paris avec une lettre qui m'a appris le nom de son auteur ; il l'adresse à un de nos amis, qui vous en pourra donner plus de lumière. Pour moi, bien que je n'aie guère de jugement, si l'on s'en rapporte à vous, je n'en ai pas si peu que d'offenser une personne de si haute condition ^ et de craindre moins ses ressentiments que les vôtres. Tout ce que je vous puis dire, c'est que je ne doute ni de votre noblesse ni de votre vaillance, et qu'aux ^ clioses de cette nature, où je n'ai point d'intérêt, je crois le monde sur sa parole : ne mêlons point de pareilles difficultés parmi nos différends. Il n'est pas question de savoir de combien vous êtes plus noble et plus vaillant que moi pour juger de combien le Cid est meilleur que V Amant libéral '. Les bons esprits trouvent que vous avez fait un haut chef d' œuvre de doctrine et de raisonnement en vos Observations. 'Lsi modestie et la générosité que vous y témoignez leur semblent des pièces ^ rares, et surtout votre procédé merveil-
1. Fasse effroi. Comme on dit serradons sur le Cid. Cf. p. 172 sqq. faire peur. Cf. p. 12, n. 3. 1. Un écrit anonyme, intitulé
2. « Que dites-vous de ce ton ? la Défense du Cid. Comme il est héroïque encore ! 5. l\ichelieu.
Malherbe seul et Corneille peuvent 6. Aux. Dans les. Cf. p. 11, n. 7.
s'en permettre un pareil. Don Diégue, 7. Tragicomédie de Scudéry.
s'il avait affaire à une coquette, ne 8. Pièces. Parties qui entrent dans
parlerait pas autrement ». (Sainte- la compositiond'untout, soit concret,
Beuve, Portraits littéraires, t. I.) soit moral. Ici le mot a un sens ana-