Quand Corneille déclare que le vie
L'LXITi: DE JOUR ET LT.MTÉ DE LIEU
La règle de T unité de jour a son fondement sur ce mot d'Aristote, que la tragédie doit renfermer la durée de son action dans un tour de soleil ou ne le passer pas de beaucoup. Ces paroles donnent lieu à cette dispute ^ fameuse, si elles doivent être entendues d'un jour naturel de vingt-quatre heures ou d'un jour artificiel de douze. Ce sont deux opinions dont chacune a des partisans considérables ; et, pour moi, je trouve qu'il y a des sujets si malaisés à renfermer en si peu de temps, que non seulement je leur accorderais les vingt- quatre heures entières, mais je me servirais même de la licence que donne ce philosophe de les excéder un peu et les pousserais sans scrupule jusqu'à trente. Nous avons une maxime en droit, qu'il faut élargir la faveur et restreindre les rigueurs, odia restringenda, favores ampliandi ; et je trouve qu'un auteur est assez gêné par cette contrainte qui a forcé quelques-uns de nos anciens d'aller jusqu'à l'impossible...
Beaucoup déclament contre cette règle, qu'ils nomment tyrannique, et auraient raison, si elle n'était fondée que sur l'autorité d'Aristote. Mais ce qui la doit faire accepter, c'est la raison naturelle qui lui sert d'appui. Le poème dramatique est une imitation, ou, pour en mieux parler, un portrait des actions des hommes ; et il est hors de doute que les portraits sont d'autant plus excellents qu'ils ressemblent mieux à l'original. La représentation dure deux heures, et ressemblerait parfaitement si l'action qu'elle représente n'en demandait pas davantage pour sa réalité. Ainsi, ne nous arrêtons point aux douze ni aux vingt-quatre heures ; mais resserrors l'action du poème dans la moindre durée qu'il nous sera possible, afin que sa représentation ressemble mieux et soit plus parfaite, ... Si nous ne pouvons la renfermer dans ces deux heures, prenons-en quatre, six, dix, mais ne dépassons pas de beaucoup les vingt-quatre heures, de peur de tomber dans les dérèglements....
Quant à l'unité de heu, je n'en trouve aucun précepte ni dans Aristote ni dans Horace. C'est ce qui porte quelques-uns