‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 229 sur 511 · BOILEAU DEFENDU PAR ARXAULD · texte numérisé non relu

BOILEAU DEFENDU PAR ARXAULD

... Tout le monde a cru jusqu'ici qu'un auteur pouvait écrire contre un autre auteur, remarquant les défauts qu'il croyait avoir trouvés dans ses ouvrages, sans passer pour médisant, pourvu qu'il agisse de bonne foi, sans lui imposer ^ et sans le chicaner, surtout lorsqu'il ne reprend que de véritables défauts...

Les guerres entre les auteurs passent pour innocentes quand elles ne s'attachent qu'à la critique de ce qui regarde la littérature, la grammaire, la poésie, et que l'on n'y mêle point de calomnies et d'injures personnelles. Or, que fait autre chose M. Despréaux à l'égard de tous les poètes qu'il a nommés dans ses satires, Chapelain, Cotin, Pradon ^, Coras ^ et autres, sinon d'en ^ dire son jugement, et d'avertir le public que ce ne sont pas des modèles à imiter ? Ce qui peut être de quelque utilité pour faire éviter leurs défauts^ et peut contribuer même à la gloire de la nation, à qui les ouvrages d'esprit font honneur, quand ils sont bien faits ; comme, au contraire, c'a été un déshonneur à ^ la France d'avoir fait tant d'estime des pitoyables poésies de Ronsard " .

Celui dont M. Despréaux a le plus parlé, c'est M. Chape-

1. En. Du bien et du mal. Cf. 4. Auteur d'une Iphigénie (Cf. p. p. H?>, n. 8. 404) et d'un poème épique sur Jonas.

2. Lui imposer. Lui attribuer .5. En. Cf. p. .30, n. (J et p.lO, n.4. faussement quelque chose. 6. ^1. Pour. Cf. p. 12, n. 13.

.3. Auteur de Phèdre et Hippohjte, 7. On sait dans quel mépris Ron-

qu'on opposa à la I^hèdre de Racine. sard était alors tenu.

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lain; mais qu'en ^a-t-il dit l II en rend lui-même compte au public dans sa neuvième satire :

Il a tort, dira l'un ; pourquoi fant-il qu'il nomme, etc.

Cependant, Monsieur, vous ne pouvez pas douter que ce ne soit être médisant, que de taxer de médisance celui qui n'en 2 serait pas coupable. Or, si on prétendait que M. Despréaux s'en fût rendu coupable en disant que M. Chapelain, quoique d'ailleurs honnête, civil et officieux, n'était pas un fort bon poète, il lui serait bien aisé de confondre ceux qui lui feraient ce reproche ; il n'aurait qu'à leur faire Ure ces vers de ce grand poète sur la belle Agnès :

On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches Sortir à découvert deux mains longues et blanches Dont les doigts inégaux, mais tout ronds et menus, Imitent l'embonpoint des bras ronds et charnus ^.

Enfin, Monsieur, je ne comprends pas comment vous n'avez point appréhendé qu'on ne vous appliquât ce que vous dites : « qu'il croit avoir droit de maltraiter dans ses satires ceux qu'il lui plaît, et que la raison a beau lui crier sans cesse que l'équité naturelle nous défend de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous soit fait à nousmêmes : cette voix ne l'émeut point )>. Car, si vous le trouvez blâmable d'avoir fait passer la Pucelle et le Jonas ^ pour de méchants poèmes, pourquoi ne le seriez-vous pas d'avoir parlé avec tant de mépris de son ode pindarique ^, qui paraît avoir été si estimée, que trois des meilleurs poètes latins de ce temps ont bien voulu prendre la peine d'en faire chacun une ode latine ? Je ne vous en dis pas davantage. Vous ne voudriez pas sans doute, contre la défense que Dieu en fait, avoir deux poids et deux mesures...

[Lettre à Perrault, 5 mai 1694.)

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