FAIBLESSE DE L'HOMME
...Qu'y a-t-il de plus capable de détruire cette fausse idée que l'homme se forme de la grandeur de son être, en ne se comparant qu'avec lui-même ou avec des hommes semblables à lui. que de l'obliger ^ à considérer toutes les autres créatures, et ce qu'elles nous découvrent de la grandeur infinie de Dieu ^ Plus Dieu sera grand et puissant à nos yeux, plus nous nous trouverons petits et faibles, et ce n'est qu'en perdant de vue cette grandeur infinie que nous nous estimons quelque chose...
Que chacun contemple cette durée infinie qui le précède et qui le suit, et qu'y voyant sa vie renfermée, il regarde ce qu'elle en occupe. Qu'il se demande à lui-même pourquoi il a commencé de paraître plutôt en ce point qu'en un autre de cette éternité, et s'il sent en soi la force ou de se donner l'être ou de se le conserver. Qu'il en fasse de même de l'espace ; qu'il porte la vue de son esprit dans cette immensité où son imagination ne saurait trouver de bornes ; qu'il regarde cette vaste étendue de matière que ses sens découvrent ; qu'il considère dans cette comparaison ce qui lui en est échu en partage, c'est-à-dire cette portion de matière qui fait son corps ; qu'il voie ce qu'elle est et ce qu'elle remplit dans l'univers ; qu'il tâche de découvrir pourquoi elle se trouve en ce lieu plutôt qu'en un autre de cet infini où il est comme abîmé. Il est impossible que dans cette vue il ne considère la terre tout entière comme un cachot où il se trouve confiné. Que sera-ce donc de l'espace qu'il occupe sur la terre ? Il est vrai qu'il a quelque pouvoir d'en changer ; mais il n'en change point qu'il n'en perde autant qu'il en acquiert, et il se voit toujours englouti comme un atome imperceptible dans l'immensité de l'univers -.
1. Obliger. Engager. Cf. p. 105, morceau les idées et parfois les n. 6. expressions mêmes de Pascal. Cf.
2. On reconnaît dans tout ce Pensées, article pf de l'édition Havet.