‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 232 sur 511 · Lesespri7s. Corps subtils qu'on re- Havet, III · texte numérisé non relu

Lesespri7s. Corps subtils qu'on re- Havet, III

corps autrement faits que les nôtres. Croit-on que qui ^ aurait dit bien précisément à tous ceux que nous avons vus de notre temps faire des fortunes immenses, qui se sont dissipées après leur mort, ce qui devait arriver et à eux et à leurs maisons, et qu'on - leur eut marqué expressément qu'en s'engageant dans la voie qu'ils ont prise, ils seraient dans l'éclat un certain nombre d'années avec mille soins ^, mille inquiétudes et mille traverses ; qu'ils feraient tout leur possible pour élever leur famille et pour la laisser puissante en biens et en charges ; qu'ils mourraient en un tel temps ; qu'ensuite toutes les langues et tous les écrivains se déchaîneraient contre eux ; que leur famille s'éteindrait ; que tous leurs grands biens se dissiperaient ; croit-on, dis-je, qu'ils eussent voulu prendre toutes les peines qu'ils ont prises pour si peu de chose ? Pour moi, je ne le crois pas. Si les hommes ne se promettent pas positivement l'immortalité et l'éternité, parce que ce serait une illusion trop grossière, au moins n'envisagent-ils jamais expressément les bornes de leur vie et de leur fortune. Ils sont bien aises de les oublier et de n'y penser pas.

Mais, comme ce n'est qu'en détournant son esprit de la fragilité de la vie que Tliomme tombe dans ces égarements, et ensuite dans la présomption de sa propre force, il est bon de lui mettre continuellement devant les yeux que toutes les grandeurs ou d'esprit ou de corps qu'il s'attribue sont toutes attachées à cette vie misérable, qui ne tient elle-même à rien et qui est continuellement exposée à mille accidents. Sans même qu'il nous en arrive aucun, la machine entière du monde travaille sans cesse avec une force invincible à détruire notre corps. Le mouvement de toute la nature en emporte tous les jours quelque partie. C'est un édifice dont on sape sans cesse les fondements, et qui s'écroulera quand les soutiens en seront ruinés, sans qu'aucun ^ sache précisément s'il est proche ou s'il est éloigné de cet état,

(Traité de la faiblesse de V homme).

1. QuL Si quelqu'un, si l'on. Cf. .3. .Soins. Soucis. Cf. p. 26, n. 10. p. 114, n. 4. 4. Aucun. Personne. Emploi fré-

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