‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 260 sur 511 · MAXIMES · texte numérisé non relu

MAXIMES

Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures ; ils haïssent même ceux qui les ont obliges et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application à récompenser le bien ^ et à se venger du mal leur paraît \me servitude à laquelle ils ont peine à se soumettre.

Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.

La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans leur cœur.

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir ; mais les maux présents triomphent d'elle.

Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.

Xous avons plus de force que de volonté ; et c'est souvent pour nous excuser à nous-mêmes - que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.

1. Récompenser le bien. Ce verbe le bien veut dire ici s'acquitter d'un

est pris ici dans un sens archaïque obligation. Cf. p. 36, n. 7. qui le rapproche plus de compenser 2. A nous-mêmes. Auprès de nous-

que de récompenser. Récompenser mêmes.

Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions point tant de plaisir à en remarquer dans les autres.

Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.

La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nommées ; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.

On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.

Quelque différence qui i^araisse entre les fortunes, il y a néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales.

Le mépris des richesses était, dans les philosophes, un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune pa.r le mépris des mêmes biens dont elle les privait ; c'était un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté ; c'était un chemin détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.

La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.

L'aversion du mensonge est souvent une imperceptible ^ ambition de rendre nos témoignages considérables ^ et d'attirer à nos paroles un respect de religion.

L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l'injustice.

Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir

1. Imperceptible. Au sens propre de 2. Considéra&Zes. Dignes d'être pris

qui ne peut être pevçue,c.-k-d. secrète. en considération.

276 LE XVIIe SIECLE PAR LES TEXTES

quand nous préférons nos amis à nous-mêmes ; c'est néanmoins par cette préférence seule que ramitiépeutêtre-vraieet parfaite.

Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, qu'un ménagement réciproque d'intérêts et qu'un échange de bons offices ; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amourpropre se propose toujours quelque chose à gagner.

îlestplushonteuxdese défier desesamisqued'en^être trompé.

Notre défiance justifie la tromperie d'autrui.

Les liommes ne vivraient pas longtemps en société, s'ils n'étaient les dupes les uns des autres.

Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.

Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos bonnes qualités.

Les grands noms abaissent au lieu d'élever ceux qui ne les savent pas soutenir.

Tel homme est ingrat, qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien.

Chacun dit du bien de son cœur, et personne n'en ose dire de son esprit.

L'esprit est toujours la dupe du cœur.

Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que j)ar notre force.

Il suffit quelquefois d'être grossier pour n'être pas trompé par un habile homme.

Page 1