ENTRETIEX DE GONDI ET DE LA REIXE
« Je manquerais au respect que je dois à Votre Majesté si je prétendais contrarier par toute autre voie que par une très humble et très simple remontrance les pensées qu'elle a -pour monsieur le Cardinal ; mais je crois que je n'en sors pas. vu les circonstances, en lui représentant avec une profonde soumission ce qui me peut rendre utile ou inutile à son service dans les conjonctures présentes. Vous avez. Madame, à vous défendre contre Monsieur le Prince, qui veut le rétablissement de monsieur le Cardinal, à condition que vous lui donniez par avance de quoi le perdre quand il lui plaira. Vous avez besoin, pour lui résister, de Monsieur^, qui ne veut point le rétablissement de monsieur le Cardinal et qui, supposé son exclusion ^, veut sans exception tout ce qu'il vous plaira. Vous ne voulez, Madame, donner ni à Monsieur le Prince ce qu'il demande, ni à Monsieur ce qu'il souhaite. J'ai toutes les passions '" du monde de vous servir contre l'un, et de vous servir auprès de l'autre, et il est constant que je ne puis réussir qu'en prenant les moyens qui sont propres à ces deux fins. Monsieur le Prince n'a de force contre Votre Majesté que celle qu'il tire de la haine que l'on a contre monsieur le Cardinal, et Monsieur n'a de considération, hors celle de sa naissance, que celle qu'il emprunte de ce qu'il a fait contre le même monsieur le Cardinal. Vous voyez, Madame, qu'il faudrait beaucoup d'art pour concilier ces contradictoires, quand même l'esprit de Monsieur serait gagné en sa faveur. Il ne l'est pas, et je vous proteste que je ne crois pas qu'il puisse l'être ; et que, s'il entrevoyait que je l'y voulusse porter, il se mettrait plutôt aujourd'hui que demain entre les mains de Monsieur le Prince.