‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 269 sur 511 · APRES L'ACCORD DE RUEIL · texte numérisé non relu

APRES L'ACCORD DE RUEIL

L'on n'entendait cependant, dans la salle, dans les galeries et dans la cour du Palais *, que des voix confuses et effroyables : <( Point de paix ! point de Mazarin ! Il faut aller à Saint-Germain quérir notre bon roi ; il faut jeter dans la rivière tous les mazarins '\ »

Vous m'avez quelquefois ouï parler de l'intrépidité du Premier Président '• : elle ne parut jamais plus complète ni plus achevée c^u'en ce rencontre ^ Il se voyait l'objet de la fureur et de l'exécration du peuple : il le voyait armé ou plutôt hérisvsé de toutes sortes d'armes, en résolution de l'assassiner ; il était persuadé c{ue M. de Beaufort et moi avions ému ^ la sédition avec la même intention. Je l'observai et je l'admirai. Je ne lui vis jamais un mouvement dans le visage, je ne dis pas qui marquât de la frayeur, mais je dis qui ne marquât une fermeté inébranlable et une présence d'esprit presque surnaturelle, qui est encore quelque chose de plus grand que la fermeté, Cj[Uoic[u'elle en soit, au moins en partie, l'effet. Elle fut au point qu'il prit les voix avec la même liberté d'esprit qu'il avait dans les audiences ordinaires, et

1. Dans le trône. Cf. p. 32, n. 13. 5. Les mazarins. On appelait

2. Dans les suites. Quant aux con- ainsi les partisans du Cardinal, séquences. , . . 6. Mathieu Mole.

3. Ces pages tiennent à la fois par leur hauteur et leur fermeté

Ce rencontre. Le mot s'employu masculi Emu. Exci 4. Le Palais de justice, plus en usage.

de Bossuet et de Montesquieu. » ^i* »" masculin comme au féminin. (Sainte-Beuve. Lundis, t. V). 8. E/zin. Excité. Ce sens n'est guère

qu'il prononça du même ton et du même air l'arrêt formé sur la proposition de MM. le Coigneux et de Bellièvre, qui portait que les députés retourneraient à Rueil pour traiter des prétentions et des intérêts de MM. les Généraux et de tous les autres qui étaient joints au parti et pour obtenir que M. le cardinal Mazarin ne signât point dans le traité qui se ferait tant sur ce chef que sur les autres qui se pourraient remettre en négociation.

Cette délibération assez informe, comme vous voyez, ne s'expliqua pas pour ce jour-là plus distinctement et parce qu'il était plus de cinq heures du soir quand elle fut achevée, quoique l'on fût au Palais dès ^ les sept heures du matin, et parce que le peuple était si animé, que l'on appréhenda, et avec fondement, qu'il ne forçât les portes de la Grande Chambre. L'on proposa même à M. le Premier Président de sortir par les greffes, par lesquels il se pourrait retirer en son logis sans être vu. A quoi il répondit ces propres mots : « La Cour ne se cache jamais. Si j'étais assuré de périr, je ne commettrais pas cette lâcheté, qui de plus ne servirait qu'à donner de la hardiesse aux séditieux. Ils me trouveraient bien dans ma maison, s'ils croyaient que je les eusse appréhendés ici....))

Je priai M. de Beaufort de demeurer à la porte du parquet des huissiers pour empêcher le peuple d'entrer et le Parlement de sortir. Je fis le tour par la buvette, et, quand je fus dans la grande salle, je montai sur un banc de procureur, et, ayant fait - un signe de la main, tout le monde cria silence pour m'écouter. Je dis tout ce que je m'imaginai être le plus propre à calmer la sédition... Il me fallut jouer en ce quart d'heure trente personnages tout différents. Je menaçai, je caressai, je commandai, je suppliai ; enfin, comme je crus me pouvoir au moins assurer de quelques instants, je revins dans la Grande Chambre, où je pris M. le Premier Président que je mis devant moi en l'embrassant. M. de Beaufort en usa de la même manière avec M. le Président de Mesmes et nous sortîmes ainsi avec le Parlement en corps, les huissiers à la tête. Le peuple fit de grandes

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