‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 282 sur 511 · Je verbaliserai. Ce mot s'em- cette ville · texte numérisé non relu

Je verbaliserai. Ce mot s'em- cette ville

ployait en général au sens de faire 5. L'une avait épousé un simple

de longs discours. gentilhomme, l'autre s'était mariée

3. Allusion à cette Marie d'Angle- pour la troisième lois contre le gré terre qui, veuve de notre roi Louis de son père.

qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche, et qui ne sera peut-être faite lundi ^ Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la ; je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens i Eh bien, il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse, dimanche, au Louvre, devinez qui ! Je vous le donne en quatre, je vous le donne en dix, je vous le donne en cent. Madame de Coulanges dit : '< Voilà C|ui est bien difficile à deviner : c'est madame de la Vallière. — Point du tout. Madame. — C'est donc mademoiselle de Retz ? — Point du tout ; vous êtes bien provinciale. — Ah ! vraiment, nous sommes bien bêtes ! ditesvous ; c"est mademoiselle Colbert. — Encore moins. — C'est assurément mademoiselle de Créqui ? — Vous n'y êtes pas. Il faut donc à la fin vous le dire ; il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle, mademoiselle de... mademoiselle... devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi î ma foi jurée ! Mademoiselle, la grande Mademoiselle. Mademoiselle, fille de feu Monsieur-, Mademoiselle, petite-fille de Henri IV, mademoiselle d'Eu, mademoiselle de Dombes, mademoiselle de Montpensier, mademoiselle d'Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Mademoiselle, destinée au trône ^ ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur^. Voilà un beau sujet de discourir, -Si vous criez, si vous êtes hors de vous-même, si vous dites que nous avons menti, que cela est faux, qu'on se moque de vous, que voilà une belle raillerie, que cela est bien fade à imaginer ; si enfin vous nous dites des injures, nous trouverons que vous avez raison ; nous en avons fait autant que vous. Adieu ; les lettres qui seront portées par cet ordinaire vous feront voir si nous disons vrai ou non.

1. Le mariage fut déclaré le lundi .3. Elle avait dû épouser le 15 décembre et ne tint que jusqu'au j.f,[

iu';'"sâ'dédslon"'"' '''-I"'-™™' 4. Philippe d'Orléans, frère de

2. Gaston d'Orléans, frère de Louis XIV. Il était veuf d'Henriette Louis XIII. d'Angleterre,

MADAME DE SÉVIGXÉ 301

A MADAME DE GRIGNAX ^

Paris, vendredi 6 février 1G71.

Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre ; je ne l'entreprendrai pas aussi -. J'ai beau chercher ma chère fille, je ne la trouve plus, et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en allai donc à Sainte-Marie ^ toujours pleurant et toujours mourant : il me semblait qu'on m'arrachait le cœur et l'âme ; et en effet quelle rude séparation ! Je demandai la liberté d'être seule ; on me mena dans la chambre de madame du Housset, on me fit du feu. Agnès me regardait sans me parler ; c'était notre marché ; j'y passai jusqu'à cinq heures sans cesser de sangloter : toutes mes pensées me faisaient mourir. J'écrivis à M. de Grignan, vous pouvez penser sur quel ton ; j'allai ensuite chez madame de la Fayette, qui redoubla mes douleurs par la part qu'elle y prit. Elle était seule, et malade, et triste de la mort d'une sœur religieuse ; elle était comme je la pouvais désirer. M. de la Rochefoucauld y vint ; on ne parla que de vous, de la raison que j'avais d'être touchée... Je revins enfin à huit heures de chez madame de la Fayette ; mais, en entrant ici, bon Dieu ! comprenez- vous bien ce que je sentis en montant ce degré ! Cette chambre où j'entrais toujours, hélas ! j'en trouvai les portes ouvertes : mais je vis tout démeublé, tout dérangé, et votre pauvre petite fille * qui me représentait la mienne. Comprenez-vous bien tout ce que je souffris ? Les réveils de la nuit ont été noirs, et, le matin, je n'étais point avancée d'un pas pour le repos de mon esprit. L'aprèsdînée se passa avec madame de la Troche à l'Arsenal. Le soir, je reçus votre lettre, qui me remit dans les premiers transports, et ce soir j'achèverai celle-ci chez M. de Coulanges où j'apprendrai des nouvelles ; car, pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs de tous ceux que vous avez laissés ici. Toute ma lettre serait pleine de compliments, si je voulais.

1. M™« de Grignan était partie 3. Couvent de la Visitation au la veille pour aller rejoindre son mari faubourg Saint-Jacques.

en Provence. 4. ]Marie-Blanche, restée auprès

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