‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 295 sur 511 · SUR L'ÉDUCATIOX DES DEMOISELLES · texte numérisé non relu

SUR L'ÉDUCATIOX DES DEMOISELLES

... Quand on veut seulement orner leur mémoire, il suffit de les instruire quelques heures par jour, et ce serait même une grande imprudence de les accabler plus longtemps ; mais, quand on veut former leur raison, exciter leur cœur, élever leur esprit, détruire leurs mauvaises inclinations, en un mot, leur faire connaître et aimer la vertu, on a toujours à travailler, et il s'en présente à tous moments des occasions. On leur est aussi nécessaire dans leurs divertissements que dans leurs leçons, et on ne les quitte jamais qu'elles n'en reçoivent quelque dommage...

On doit moins songer à orner leur esprit qu'à former leur raison : cette méthode, à la vérité, fait moins paraître le sa\'oir et l'habileté des maîtresses ; une jeune fille qui sait mille choses par cœur brille plus en compagnie et satisfait plus ses proches que celle dont on a pris soin seulement de former le jugement, qui sait se taire, qui est modeste et retenue, et qui ne paraît jamais pressée de montrer son esprit.

Il faut quelquefois leur laisser faire leur volonté pour connaître leurs inclinations, leur apprendre la différence de ce qui est mal, de ce qui est bien, de ce qui est indifférent, et leur accorder tout ce qui est de cette dernière espèce.

Je crois que toutes les personnes qui se donneront la peine de lire ceci entendront aussi bien que moi ce que je veux dire par les choses indifférentes ; mais comme je ne songe qu'à être utile, j'entrerai dans un détail qui peut-être pourra paraître ennuyeux. La manière de vie uniforme des jeunes demoiselles de Saint-Cyr fournit moins de sujets de leur faire ces sortes de distinctions qu'aux enfants nourris dans le monde ^ où il s'en trouve tous les jours de nouvelles occasions ; mais on peut, par exemple, leur accorder une compa-

1. La manière... qu'aux enfants enlants... leur manière de vivre. nourris dans le mon.de. Construction — Nourris. Elevés. CL p. 61. irrégulière. Que n'en fournit aux n. 3.

314 LE XVIIe SIECLE PAR LES TEXTES

gne au lieu d'une autre, une promenade d'un côté au lieu d'un autre, un jeu, et mille bagatelles qui leur font voir que l'on ne veut être maîtresse que quand il le faut, et qu'elles le seraient ^ en tout si elles étaient raisonnables. J'excepte des exemples que j'ai donnés ceux où il se pourrait trouver des conséquences. Une compagne peut être dangereuse, une promenade peut avoir quelque inconvénient, un jeu peut n'être pas de saison ; mais je voudrais qu'en les refusant ^ on leur en dît la raison, autant que la prudence le peut permettre, et tâcher ^ même de leur accorder souvent ce qu'elles demandent, pour leur refuser ce qui serait mal avec une fermeté qui ne se rende jamais ; il n'est pas croyable combien ces manières-là rendent le gouvernement facile et absolu.

Il est bon de les accoutumer à ne voir jamais rien accorder à leur importunité. Il faut être implacable sur les vices et les punir ou par la honte ou par les châtiments, qu'il faut faire très rigoureux et le plus rarement que l'on peut.

Il faut bien se garder de la dangereuse maxime de quelques personnes qui, par une crainte scrupuleuse que Dieu ne soit offensé, évitent soigneusement les occasions où les enfants pourraient faire paraître leurs inclinations ; on ne peut trop les connaître, pour leur inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu, dans laquelle il faut les affermir en leur donnant des principes qui les empêchent de manquer * par ignorance.

Il faut étudier leurs inclinations, observer leur humeur et suivre leurs petits démêlés, pour les former sur tout ; car l'expérience ne fait que trop voir combien l'on fait de fautes sans les connaître ^, et combien de personnes sont tombées dans le crime sans être nées plus méchantes que d'autres, qui ont vécu innocemment.

Il faut donc leur apprendre à éviter les occasions, et qu'une des ^ plus dangereuses est la mauvaise compagnie.

On doit leur apprendre toutes les délicatesses de l'honneur,

1. Le sera zenf. Seraient maîtresses /e voudrais (Cf. p. 166, n. 3) mais d'elles-mêmes. équivalant à qu'on tachât.

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