‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 303 sur 511 · SOUVENIR DE BONHEUR · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE BONHEUR

Les larmes aux yeux, [Alexis] - sortit de la chambre pour aller revoir les lieux où autrefois elle avait été si contente... D'abord elle entra dans ce grand jardin duquel un petit bras de la rivière de Lignon va baignant ^ les quatre côtés, et, ayant jeté les yeux sur la fontaine qui paraît dans le milieu... : « C'est bien, disait-elle, le lieu où si souvent Astrée m'a juré que son amitié serait éternelle ; c'est bien cette fontaine où, me prenant les mains, elle me jurait, par l'amour qui nous liait d'affection et par la source sainte de ce lieu, vouloir plutôt cesser de vivre que d'aimer son Céladon. » Et, s'avançant d'un pas tremblant vers le bassin qui recevait la fontaine : « Et ne voilà pas ^ encore, disait-il, les chiffres bienheureux de nos noms, qu'elle même y a gravés!» Et alors, les baisant : « 0 témoins de mon extrême affection, et maintenant les justes accusateurs de l'infidélité de la plus belle bergère du monde, comment ne vous êtes- vous pas effacés de ce marbre aussi bien que vous l'êtes de son cœur ! N'est-ce point pour rendre preuve ^ que, comme vous avez eu votre commencement de '^ la plus parfaite amour " que la beauté ait jamais fait naître, vous demeurez ici pour lui reprocher que jamais changement ne fut fait avec moins de raison ni avec plus d'injustice ? »

1. Eloigner. Ce mot s'employait 3. Va baignant. Cf. p. 61, n. 13. pour s" éloigner de, quitter. 4. Et ne uoilù pas. Dans l'usage

2. Le druide Adamas a fait pas- moderne, et ne voilà-t-il pas.

ser pour sa fille Céladon déguisé, et 5. Rendre preuve. Comme rendre

îelui-ei, sous le nom de la jeune témoignage.

Alexis, vient de revoir Astrée, qui ne 6. Vous avez eu votre commence-

e reconnaît pas. — Dans tout ce ment, ^'ous avez tiré votre origine,

passage, il est parlé de Céladon au 7. Ea plus parfaite amour. Cf.,

"éminin. p. 108, n. 5.

Et lors, sortant de cette fontaine, elle entra dans un petit bois de coudres ^ où les divers détours des chemins entrelacés faisaient tourno3'er l'œil aussi bien que les pas de ceux qui s'y allaient promener. Ce lieu fut bien celui qui lui remit en mémoire les plus doux ressouvenirs de son bonheur passé, et qui toutefois ne les lui pouvait représenter qu'avec tant d'amertume, pour être le temps si changé -, qu'à tous coups les larmes rendaient témoignage de son déplaisir ^ ; parce que c'avait été en ce petit bois que le plus souvent elle avait eu la commodité d'entretenir sa belle bergère... Se ressouvenant donc de tant de passions * qu'elle avait ressenties en ce lieu et qu'elle avait remises ^ dans le sein de sa bergère avec tant de serments reçus de sa fidélité, elle ne put s'empêclier de soupirer ces vers ^ :

N'est-ce pas en votre présence.

Arbres, feuilles et bois heureux, • Où' tant de serments amoureux Ont pris autrefois leur naissance ?

Dites-moi si, pendant l'absence, L'on s'est jamais souvenu d'eux, Ou si les serments de tous deux Ne sont plus en sa souvenance ?

Mais c|u'est-ce que je veux savoir ?

Puis-je bien me tant décevoir Que d'estimer que la pen'=sée

Qu'elle en peut avoir eue ici Ne l'ait pas autant oppressée Qu'elle m'a laissé de souci ?

Cette pensée l'entretint longuement, mais non pas sans

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