Ragotin aimait une des comé- cavaliers
diennes. 8. Disposition. Aptitude.
Mésaventure de Ragotin.
dm LE XVIIe SIECLE PAR LES TEXTES
jambes qu'il en était court. Il se guinda pourtant vaillamment sur l'étrier et porta la jambe droite de l'autre côté de la selle ; mais les sangles, qui étaient un peu lâches, nuisirent beaucoup au petit homme ; car la selle tourna sur le cheval quand il pensait monter dessus. Tout allait pourtant assez bien jusque-là ; mais la maudite carabine qu'il portait en bandoulière, et qui lui pendait au cou comme un collier, s'était mise malheureusement entre ses jambes sans qu'il s'en aperçût... Ainsi il ne se trouva pas à son aise et ne put pas seulement toucher les étriers du bout du pied. Là-dessus les éjDcrons qui armaient ses jambes courtes se firent sentir au cheval dans un endroit ou jamais éperon n'avait touché. Cela le fit partir plus gaiement qu'il n'était nécessaire à un petit homme qui ne posait que sur une carabine. Il serra les jambes, le cheval leva le derrière, et Ragotin, suivant la pente naturelle des corps pesants, se trouva sur le cou du cheval, et s'y froissa ^ le nez, le cheval aj^ant levé la tête par une furieuse saccade que l'imprudent lui donna ; mais, pensant réparer sa faute, il lui rendit la bride. Le cheval en sauta, ce qui fit franchir au patient toute l'étendue de la selle et le mit sur la croupe, toujours la carabine entre les jambes. Le cheval, qui n'était pas accoutumé d'y porter - quelque chose, fit une croupade ^ qui remit Ragotin en selle. Le méchant écuyer rasserra les jambes, et le cheval releva le derrière encore plus fort ; et alors le malheureux se trouva assis sur le pommeau ■*, fort empêché de sa contenance et fort en peine de ce qui arriverait de lui. Je ne crois pas que défunt Phaéton, de malheureuse mémoire ^, ait été plus empêché après les quatre chevaux fougueux de son père, que le fut ^ alors notre petit avocat sur un cheval doux comme un âne ; et, s'il ne lui en coûta pas la vie comme à ce fameux téméraire, il s'en faut prendre à la fortune sur les caprices de laquelle j'aurais un beau champ pour m'étendre, si je n'étais obligé en conscience