‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 320 sur 511 · MOLIERE · texte numérisé non relu

MOLIERE

Ne démordez point pour cela.

Tenez toujours ferme là :

A déboucher la porte il irait trop du vôtre ^ ;

Faites qu'aucun - n'y puisse pénétrer Et qu'on soit obligé de vous laisser entrer

Pour faire entrer quelque autre.

Quand vous serez entré, ne vous relâchez pas ; Pour assiéger la chaise, il faut d'autres combats : Tâchez d'en être des plus proches.

En y gagnant le terrain pas à pas ; Et si des assiégeants le prévenant ^ amas En bouche toutes les approches, Prenez le parti doucement D'attendre le prince au passage ; Il connaîtra ■* votre visage Malgré votre déguisement ; Et lors, sans tarder davantage, Faites-lui votre compliment.

Vous pourriez aisément l'étendre.

Et parler des transports qu'en vous font éclater Les surprenants bienfaits que, sans les mériter ^, Sa libérale main sur vous daigne répandre Et des nouveaux efforts où s'en va vous porter L'excès de cet honneur où vous n'osiez prétendre,

Lui dire comme vos désirs Sont, après ses bontés qui n'ont point de pareilles, D'employer à sa gloire, ainsi qu'à ses plaisirs.

Tout votre art et toutes vos veilles, Et là-dessus lui promettre merveilles.

Sur ce chapitre on n'est jamais à sec ; Les Muses sont de grandes prometteuses ! Et, comme vos sœurs les causeuses.

Vous ne manquerez pas sans doute par le bec ^.

1. Il irait trop du vôtre. Vous y 4. Connaîtra. Reconnaîtra. Cf. p. mettriez trop du vôtre, vous risque- 156, n. 2.

riez trop. 5. .Sans les mériter. Sans que vous

2. Aucun. Personne. Cf. p. 240, les méritiez. Cf. p. 54. n. 1.

n. 4. 6. Vous ne manquerez pas par le

3. Le prévenant amas. L'amas bec. La parole ne vous fera pas dédes assiégeants qui vous ont prévenu. faut.

Mais les grands princes n'aiment guères Que les compliments qui sont courts ; Et le nôtre surtout a bien d'autres affaires

Que d'écouter tous vos discours.

La louange et l'encens n'est ^ pas ce qui le touche. Dès que vous ouvrirez la bouche Pour lui parler de grâce et de bienfait, Il comprendra d'abord ^ ce que vous voulez dire,

Et, se mettant doucement à sourire D'un air qui sur les cœurs fait un charmant effet. Il passera comme un trait ; Et cela vous doit suffire :

Voilà votre compliment fait.

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