Cf. Boileau,.4r/. poéZ/gue, IV, 32 : f, q
Il n'est point de degré du médiocre 4. Contention. Effort,
[au pire. 5. Touche. Cf. n. 1.
LA FOXTAIXE 371
laisser notre mélancolie à la porte, nous la rend lorsque nous sortons. Il ne s'agit donc que du temps que nous employons au spectacle et que nous ne saurions mieux employer qu'à la pitié. Premièrement, niez-vous qu'elle soit plus noble que le rire ?
— Il y a si longtemps que nous disputons ^ repartit Gélaste, que je ne vous veux plus rien nier.
— Et moi je vous veux prouver quelque chose, reprit Ariste ; je vous veux prouver que la pitié est le mouvement le plus agréable de tous. Votre erreur provient de ce que vous confondez ce mouvement avec la douleur. Je crains ceUe-ci encore plus que vous ne faites - : quant à l'autre, c'est un plaisir, et un très grand plaisir. En voici quelques raisons nécessaires ^, et qui vous prouveront par conséquent que la chose est telle que je vous dis. La pitié est un mouvement charitable et généreux, une tendresse de cœur dont tout le monde se sait bon gré. Y a-t-il quelqu'un qui veuille passer pour un homme dur et impénétrable à ses traits ?... Voilà donc déjà un plaisir qui se rencontre en la tragédie et qui ne se rencontre pas en la comédie. Je vous en puis alléguer beaucoup d'autres. Le principal, à mon sens, c'est que nous nous mettons au-dessus des rois par la pitié que nous avons d'eux, et devenons dieux à leur égard, contemplant d'un lieu tranquille leurs embarras, leurs afflictions, leurs malheurs, ni plus ni moins que les dieux considèrent de l'Olympe les misérables mortels. La tragédie a encore cela audessus de la comédie, que le style dont elle se sert est sublime ; et les beautés du sublime, si nous en croyons Longin ^ et la vérité, sont bien plus grandes et ont tout un autre effet que celles du médiocre ^. Elles enlèvent l'âme, et se font sentir à tout le monde avec la soudaineté des éclairs. Les traits comiques, tout beaux qu'ils sont, n'ont ni la douceur de ce charme ni sa puissance. Il est de ceci ^ comme
1. Nous disputons. Nous discu- ""4. Rhéteur grec dont Boileau tons. Cf. p. 75, n. 8. traduisit plus tard le Traité du