‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 361 sur 511 · IX AU LT · texte numérisé non relu

IX AU LT

C'est pour moi, désormais, un choix indispensable, De le haïr ou de l'aimer ^.

PHENICE.

Vous n'avez pu haïr ce héros invincible. Lorsqu'il était le plus terrible

De tous vos ennemis.

Il vous aime ; l'amour l'enchaîne :

Garderiez -vous mieux votre haine Contre un amant si tendre et si soumis ?

ARMIDE

Il m'aime ? quel amour ! ma honte s'en augmente. Dois- je être aimée ainsi ? puis- je en être contente ?

C'est un vain triomphe, un faux bien.

Hélas ! que son amour est différent du mien ! J'ai recours aux enfers pour allumer sa flamme : C'est l'effort de mon art qui peut tout sur son âme ;

Ma faible beauté n'y peut rien.

Par son propre mérite il suspend ma vengeance ; Sans secours, sans effort, même sans qu'il y pense,. Il enchaîne mon cœur d'un trop charmant hen. Hélas ! que mon amour est différent du sien !

Quelle vengeance ai- je à prétendre ^, Si je le veux aimer toujours ?

Quoi ! céder sans rien entreprendre !

Non, il faut appeUer la Haine à mon secours.

L'horreur de ces heux solitaires

Par mon art va se redoubler. Détournez vos regards de mes affreux mystères, Et surtout empêchez Renaud de me troubler.

ARMIDE, seule.

Venez, venez. Haine implacable ; Sortez du gouffre épouvantable

1. Voltaire, dans l'article Critique génie du Tasse reçoit encore de nou-

du Dictionnaire philosophique, cite veaux charmes par les mains de

ces deux couplets en protestant Quinault. »

contre l'injustice de Boileau. Dans 2. Quelle vengeance ai-je à préla. pièce d'Armide, ajoute-t-il, « le tendre. Cf. p. 162, n. 1.

400 LE XV Ile SIECLE PAR LES TEXTES

Où vous faites régner une éternelle horreur. Sauvez-moi de l'amour, rien n'est si redoutable ;

Contre un ennemi trop aimable Rendez-moi mon courroux, rallumez ma fureur.

Venez, venez, Haine implacable ;

Sortez du gouffre épouvantable Où vous faites régner une éternelle horrear.

{La Haine sort des enfers accompagnée des Furies, de la Cruauté, de la Vengeance, de la Rage et des passions qui dépendent de la Haine).

{Armide, acte III, scènes i, ii, m).

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