LETTRE A BOILEAU
A Fontainebleau, le 3 octobre 1694.
Je vous suis bien obligé de la promptitude avec laquelle vous m'avez fait réponse. Comme je suppose que vous n'avez pas perdu les vers que je vous ai envoyés, je vais vous dire mon sentiment sur vos difficultés -, et en même temps vous dire plusieurs changements que j'avais déjà faits de moimême. Car vous savez qu'un homme qui compose fait souvent son thème en plusieurs façons.
Quand, par une fin soudaine Détrompés d'une ombre vaine Qui passe et ne revient plus.
J'ai choisi ce tour, parce qu'il est conforme au texte, qui parle de la fin imprévue des réprouvés, et je voudrais bien que cela fût bon et que vous pussiez passer ^ et approuver par une fin soudaine, qui dit précisément la chose. Voici comme ^ j'avais mis d'abord :
Quand, déchus d'un bien frivole Qui comme l'ombre s'envoie Et ne revient jamais plus.
Mais ce jamais me parut un peu mis pour remphr le vers,
1. Nous mettons ici cette lettre qui 2. Vos difficultés. Les objections,
est un commentaire de la pièce précé- les critiques que vous faites.
, . , , -^ 3. Passer. Ne pas faire de « dif-
dente, retouchée dans la suite par ficultés. >>
Racine. 4. Comme. Comment. Cf. p. 22, n. 3.