‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 372 sur 511 · RACINE 4H · texte numérisé non relu

RACINE 4H

au lieu que qui passe et ne revient plus me semblait assez plein et assez vif. D'ailleurs j'ai mis à la quatrième stance : Pour trouver un bien fragile, et c'est la même chose qu'un bien frivole. Ainsi tâchez de vous accoutumer à la première manière, ou trouvez quelque autre chose qui vous satisfasse. Dans la troisième stance :

Misérables que nous sommes, Où s'égaraient nos esprits ?

infortunés m'était venu le premier, mais le mot de misérables, que j'ai employé dans Phèdre ^, à qui ^ je l'ai mis dans la bouche, et que l'on a trouvé assez bien, m'a paru avoir de la force en le mettant ^ aussi dans la bouche des réprouvés, qui s'humiUent et se condamnent eux-mêmes. Pour le second vers j'avais mis :

Diront-ils avec des cris.

Mais j'ai cru qu'on pouvait leur faire tenir tout ce discours sans mettre diront-ils, et qu'il suffisait de mettre à la fin : Ainsi d'une voix plaintive, et le reste, par où on fait entendre que tout ce qui précède est e discours des i éprouvés. Je crois qu'il y en a des exemples dans les Odes d'Horace.

Et voilà que triomphants.

Je me suis laissé entraîner au texte ' : Ecce quomodo computati sunt inter filios Dei ! Et j'ai cru que ce tour marquait mieux la passion ; car j'aurais pu mettre : Et maintenant triomphants, etc.

Dans la quatrième stance :

Qui nous montrait la carrière De la bienheureuse paix.

On dit la carrière de la gloire, la carrière de Vhonneur, c'està-dire par où on court à la gloire, à l'honneur. Voyez si l'on ne pourrait pas dire de même la carrière de la bienheureuse paix. On dit même la carrière de la vertu. Du reste, je ne devine pas comment je le pourrais mieux dire. . .

1. Cf. acte IV, scène VI : 3. En le mettant. Si je le mettais. Misérable l et je vis ! etc. Qf p 3^^ j^ 9^

2. Phèdre à qui. Phèdre désigne " ' / / t^* , . , ^- ^o/? d'abord la pièce, puis le personnage ^- ^'i" texte.Par le texte. Cf. p. 186, qui lui donne son titre. n. 5.

PLAINTES D'UX CHRETIEN SUR LES CONTRARIÉTÉS * QU'IL ÉPROUVE AU-DEDANS DE LUI-MÊME

Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !

Je trouve deux hommes en moi L'un veut que, plein d'amour pour toi, Mon cœur te soit toujours fidèle ; L'autre, à tes volontés rebelle, Me révolte contre ta loi.

L'un, tout esprit et tout céleste, Veut qu'au ciel sans cesse attaché Et des biens éternels touché.

Je compte pour rien tout le reste ; Et l'autre par son poids funeste Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même, Où pourrai-je trouver la paix ?

Je veux, et n'accomplis jamais ; Je veux ; mais, ô misère extrême ! Je ne fais pas le bien que j'aime Et je fais le mal que je hais.

O grâce, ô rayon salutaire.

Viens me mettre avec moi d'accord ;

Et, domptant par un doux effort

Cet homme qui t'est si contraire.

Fais ton esclave volontaire

De cet esclave de la mort.

{Troisième Cantique spirituel).

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