‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 388 sur 511 · Honnêtes. Civils Cf. p. 118, n.3. 5. Air. Cf. n · texte numérisé non relu

Honnêtes. Civils Cf. p. 118, n.3. 5. Air. Cf. n

dans votre manière de combattre ; surtout César vous trouve très César. D n'y a pas jusqu'aux Alaric, aux Genséric, aux Théodoric et à tous ces conquérants en ic, qui ne parlent fort bien de votre action ; et, dans le Tartare même, je ne sais si ce lieu vous est comiu, il n'y a point de diable, Monseigneur, qui ne confesse ingénument qu'à la tête d'une armée vous êtes beaucoup plus diable que lui. C'est une vérité dont vos ennemis tombent d'accord. Néanmoins, à voir le bien que vous avez fait à Messine, j'estime pour moi que vous tenez plus de l'ange que du diable, hors que les anges ont la taille un peu plus légère que vous, et n'ont point le bras en écharpe ^. Raillerie à part, l'enfer est extrêmement déchaîné en votre faveur. On ne trouve qu'une chose à redire à votre conduite, c'est le peu de soin que vous prenez quelquefois de votre vie. On vous aime assez en ce pays-ci pour souhaiter de ne vous y point voir. Croyez-moi. Monseigneur, je l'ai déjà dit en l'autre monde,

... C'est fort peu de chose Qu'un demi-dieu quand il est mort ^

Il n'est rien tel que d'être vivant. Et pour moi, qui sais maintenant par expérience ce que c'est que ne plus être, je fais ici la meilleure contenance que je puis ; mais, à ne vous rien celer, je meurs d'envie de retourner au ^ monde, ne fût-ce que pour avoir le plaisir de vous y von. Dans le dessein même que j'ai de faire ce voyage, j'ai déjà envoyé plusieurs

fols chercher les parties de mon corps pour les rassembler

Pour mon esprit, à moins que vous ne l'ayez, on m'a assuré qu'il n'était plus dans le monde. A vous dire le vrai, je vous soupçonne un peu d'en avoir au moins l'enjouement ; car on m'a rapporté ici quatre ou cinq mots de votre façon que je voudrais de tout mon cœur avoir dits, et pour lesquels je donnerais volontiers le Panégyrique de Phne ^ et deux de mes meilleures lettres. Supposé donc que vous l'ayez, je vous prie de me le renvoyer au plus tôt : car. en vérité vous ne

1. Le duc de Vivonne était très 2. Epitre à M. le Prince. corpulent ; et d'autre part, il por- 3. au. Dans le. Cf. p. 11, n. 7. tait le bras en echarpe depuis le . ,^ .. ,• , .4. u« ,t^ passage du Rhin, pendant lequel un ■^- '- ^ ^^^^^^ ^^ déclarait hautecoup de feu lui avait fracassé l'é- nient contre ce Panégyrique » (Note paule gauche. de Boileau).

sauriez croire quelle incommodité c'est que de n'avoir pas tout son esprit, surtout lorsqu'on écrit à un homme comme vous. C'est ce qui fait que mon style aujourd'hui est tout changé. Sans cela vous me verriez encore rire comme autrefois avec mon compère le Brochet ^, et je ne serais pas réduit à finir ma lettre trivialement, comme je le fais, en vous disant que je suis,

Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

Voiture, lettre a m. charles perrault, de l'academie française

Monsieur,

Puisque le pubhc a été instruit de notre démêlé, il est bon de lui apprendre aussi notre réconciliation, et de ne pas laisser ignorer qu'il en a été de notre querelle sur le Parnasse comme de ces duels d'autrefois, que la prudence ^ du roi a si sagement réprimés, où, après s'être battus à outrance et s'être quelquefois cruellement blessés l'un l'autre, on s'embrassait et on devenait sincèrement amis. Notre duel grammatical * s'est même terminé encore plus noblement ; et je puis dire, si j'ose vous citer Homère, que nous avons fait comme Ajax et Hector dans V Iliade, qui, aussitôt après leur long combat en présence des Grecs et des Troyens, se comblent d'honnêtetés ^ et se font des présents: En effet, Monsieur, notre dispute ^ n'était pas encore bien finie, que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer vos ouvrages, et que j'ai eu soin qu'on vous portât les miens. Nous avons d'autant mieux imité ces deux héros du poème qui vous plaît si peu, qu'en nous faisant ces civilités, nous sommes demeurés comme eux chacun, dans notre même

1. Allusion à la lettre de la Carpe 4. Grammatical. En latin, grimau Brochet. maticus a le sens de critique littéraire.

2. Sur la question des anciens et 5. Honnêtetés. Politesses. Cf. p. des modernes. 118, n. 3.

3. Prudence. Sagesse. Cf. p. 22, 6. Dispute. Discussion. Cf. p. 75, n. 10. n. 8.

parti et dans nos mêmes sentiments : c'est-à-dire, vous toujours bien résolu de ^ ne point trop estimer Homère ni Virgile, et moi toujours leur passionné admirateur. Voilà de quoi il est bon que le public soit informé ; et c'était pour commencer à le lui faire entendre que, peu de temps après notre réconciliation, je composai une épigramme qui a couru, et que vraisemblablement vous avez lue. La voici : Tout le trouble poétique, etc.

Vous pouvez recomiaître, Monsieur, par ces vers, où j'ai exprimé sincèrement ma pensée, la différence que j'ai toujours faite de vous et de ce poète de théâtre - dont j'ai mis le nom en œuvre pour égayer la fin de mon épigramme. Aussi était-ce l'homme du monde qui vous ressemblait le moins.

Mais, maintenant que nous voilà bien remis et qu'il ne reste plus entre nous aucun levain d'animosité ni d'aigreur, oserais-je, comme votre ami, vous demander ce qui a pu depuis si longtemps vous irriter, et vous porter à écrire contre tous les plus célèbres écrivains de l'antiquité ? Est-ce le peu de cas qu'il vous a paru que l'on faisait parmi nous des bons auteurs modernes ? Mais où avez- vous vu qu'on les méprisât ? Dans quel siècle a-t-on plus volontiers applaudi aux bons livres naissants que dans le nôtre ? . . .

On n'y a pas véritablement fort estimé nos poèmes héroïques ; mais a-t-on eu tort ? et ne confessez-vous pas vous-même, en quelque endroit de vos Parallèles, que le meilleur de ces poèmes ^ est si dur et si forcé qu'il n'est pas possible de le lire ?

Quel est donc le motif qui vous a fait tant crier contre les anciens ? Est-ce la peur qu'on ne se gâtât en les imitant ? Mais pouvez- vous nier que ce ne soit au contraire à cette imitation-là même que nos plus grands poètes sont redevables du succès de leurs écrits ? Pouvez-vous nier que ce ne soit dans Tite-Live, dans Dion Cassius *, dans Plutarque, dans Lùcain et dans Sénèque, que M. de Corneille a pris ses plus beaux traits, a puisé ces grandes idées

l.Bé.soZude. Résolue. Cf. p. 18,n.l. 4. Historien grec du IP siècle de

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