‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 400 sur 511 · LE SIÈCLE DE LOUIS-LE-GRAXD · texte numérisé non relu

LE SIÈCLE DE LOUIS-LE-GRAXD

La belle antiquité fut toujours vénérable,

Mais je ne crus jamais qu'elle fût adorable.

Je vois les anciens ^ sans plier les genoux ;

Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous

Et l'on peut comparer, sans crainte d'être injuste,

Le siècle de Louis au beau siècle d'Auguste...

Si nous voulions ôter le voile spécieux

Que la j^révention nous met devant les j^eux,

Et, lassés d'applaudir à mille erreurs grossières.

Nous servir quelquefois de nos propres lumières.

Nous verrions clairement que sans témérité

On peut n'adorer pas toute l'antiquité,

Et, qu'enfin, dans nos jours, sans trop de confiance.

On lui peut disputer le prix de la science.

Platon, qui fut divin du temps de nos aïeux, Commence à devenir quelquefois ennuyeux... Chacun sait le décri du fameux Aristote, En physique moins sûr qu'en histoire Hérodote. Ses écrits qui charmaient les plus intelligents. Sont à peine reçus de ^ nos moindres régents ^

Père de tous les arts, à qui du dieu des vers Les mystères profonds ont été découverts, Vaste et puissant génie, inimitable Homère, D'un respect infini ma muse te révère.

Non, ce n'est pas à tort que tes inventions En tout temps ont charmé toutes les nations,

1. Anciens. Trisyllabe. Cf. p. 75, traiter ainsi leurs idoles. Après la

lecture du poème, Boileau se leva furieux en disant que c'c honte, et il fallut que le do « anciens » quand ils entendirent . le rappelât à la modération.

de,^cf^p!"llfn. 2.'*'""^' par. -Sur ^^^.^^^ ^^ ^^^^^^ q^^ ^,.^^.^^ ^^^ 3. On conçoit"' l'indignation des honte, et il fallut que le docte Huet

Que de tes deux héros les hautes aventures

Sont le nombreux sujet des plus doctes peintures,

Et que des grands palais les murs et les lambris

Prennent leurs ornements de tes divins écrits.

Cependant, si le ciel favorable à la France,

Au siècle où nous vivons eût remis ta naissance,

Cent défauts qu'on impute au siècle où tu naquis

Ne profaneraient pas tes ouvrages exquis...

Ménandre, j'en conviens, eut un rare génie

Et, pour plaire au théâtre, une adresse infinie.

Virgile, j'}^ consens, mérite des autels;

Ovide est digne encor des honneurs immortels.

Mais ces rares auteurs qu'aujourd'hui l'on adore,

Etaient-ils adorés quand ils vivaient encore ?....

Ce n'est qu'avec le temps que leur nom s'accroissant

Et toujours plus fameux d'âge en âge passant,

A la fin s'est acquis cette gloire éclatante

Qui de tant de degrés a passé leur attente.

Tel à flots épandas un fleuve impétueux

En abordant la mer coule majestueux.

Qui, sortant de son roc sur l'herbe de ses rives,

Y roulait inconnu ses ondes fugitives.

Donc quel haut rang d'honneur ne devrait point tenir

Dans les fastes sacrés des siècles à venir

Les Régniers, les Maynards, les Gombaulds \ les Malherbes,

Les Godeaux -, les Racans dont les écrits superbes,

En sortant de leur veine et dès qu'ils furent nés.

D'un laurier immortel se virent couronnés !

Combien seront chéris par les races futures

Les galants Sarrasins ^ et les tendres Voitures,

Les Molières naïfs, les Rotrous, les Tristans ^

Et cent autres encor, délices de leur temps !

Mais quel sera le sort du célèbre Corneille.

Du théâtre français l'honneur et la merveille ^ !...

1. Gombauld fit des romans, des 4. Tristan fut un poète dramatragédies, des épigrammes et des tique contemporain de Corneille, sonnets. Cf. p. 106. 5. Il est fâcheux que Perrault cite

2. Godeau évêque de Vannes, eut Tristan avec Molière et Rotrou, qu'il de son temps une grande réputation cite Gombauld et Godeau avec de poète Malherbe. Mais il avait beaucoup

3. Sur Sarrasin, cf. p. 436 et n. 5. plus d'intelligence que de goût.

446 LE XVll* SIECLE PAR LES TEXTES

Tout art n'est composé que de secrets divers Qu'aux hommes curieux l'usage a découverts, Et cet utile amas des choses qu'on invente Sans cesse, chaque jour, ou s'épure ou s'augmente. Ainsi les humbles toits de nos premiers aïeux Couverts négligemment de joncs et de glayeux ^ N'eurent rien de pareil en leur architecture A nos riches palais d'éternelle structure.

Ainsi le jeune chêne en son âge naissant Ne peut se comparer au chêne vieillissant, Qui, jetant sur la terre un spacieux ombrage, Avoisine le ciel de son vaste branchage.

Mais c'est peu, dira-t-on, que par un long progrès Le temps de tous les arts découvre les secrets. La nature, afïaibhe en ce siècle où nous sommes. Ne peut plus enfanter de ces merveilleux hommes, Dont avec abondance, en mille endroits divers. Elle ornait les beaux jours du naissant univers, Et que tout pleins d'ardeur, de force et de lumière, Elle donnait au monde en sa vigueur première.

A tormer les esprits comme à former les corps La nature en tout temps fait les mêmes efforts. Son être est immuable, et cette force aisée Dont ^ elle produit tout ne s'est point épuisée. Jamais l'astre du jour qu'aujourd'hui nous voyons N'eut le front couronné de plus brillants rayons ; Jamais, dans le printemps, les roses empourprées D'un plus vif incarnat ne furent colorées ; Non moins blanc qu'autrefois brille dans nos jardins L'éblouissant émail des hs et des jasmins, Et dans les siècles d'or la tendre Philomèle, Qui charmait nos aïeux de sa chanson nouvelle, N'avait rien de plus doux que celle dont la voix Réveille les échos qui dorment dans les bois.

1. Glaijeiix. Glaïeuls. 2. Donf. Avec laquelle. Cf. p. 11, n. 2.

De cette même main les forces infinies Produisent en tout temps de semblables génies ^

Page 1