‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 409 sur 511 · LE MERVEILLEUX CHRETIEN · texte numérisé non relu

LE MERVEILLEUX CHRETIEN

La poésie est un jeu d'esprit quand on s'en sert pour se jouer comme dans les épigrammes et dans les madrigaux. Mais, dans des odes sérieuses et dans des poèmes sur des matières imi^ortantes, la poésie n'est pas plus un jeu d'esprit que la grande éloquence dans des harangues, dans des panégyriques et dans des sermons -. On ne peut pas dire que les poésies de David ou de Salomon soient un pur jeu d'esprit, et vous ne voudriez pas, Monsieur le Président, l'avoir dit de V Iliade ni de V Enéide. Il est donc vrai qu'il y a des ouvrages de poésie très sérieux et où par conséquent l'entremise des anges et des démons n'a aucune indécence ^.

Comme nous sommes très persuadés que ces esprits se mêlent par l'ordre de Dieu dans les actions des hommes, soit pour les tenter, soit pour les secourir, et par des raisons qui nous sont la plupart inconnues, le poète ne peut-il pas nous les rendre

1. Fait... pour moi. Confirme ma De la foi d'un chrétien les mystères thèse. terribles

o T'„ ^« ^ ^, ^^^+c ^« T3 -1 ,, D'ornements égavés ne sont pas sus-

2. Ln des arguments de Boileau ^ - centibles contre l'emploi du merveilleux /^^^ p^^'^ III 199.) chrétien, c'est qu'il ne s'accommo- 3. Indécence. Inconvenance.' Cf. dait pas d' < ornements égayés . p. 56, n. G.

visibles et leur doimer des corps suivant les privilèges de la poésie ? C'est par ce principe qu'Homère a introduit toutes les divinités païennes et qu'on voit Minerve accompagner presque toujours Ulysse. Ce qui a tant plu lorsqu'il était faux, doit-il ne plaire plus lorsque la vérité s'y rencontre ? C'est-àdire a-t-on dû être cliarmé de voir Minerve aux côtés d'Ulysse, pour le pré erver des traits de ses ennemis, pour le conseiller dans ses aventures, quoiqu'eâectivement il n'y ait jamais eu de Minerve auprès d'Ulysse, et doit-on n'avoir que du dégoût quand des anges secourent un héros combattant pour la foi, lorsque la même foi nous assure que les anges combattirent avec lui ^ ?

(Ibid., quatrième dialogue.)

LES MODERNES SONT SUPÉRIEURS AUX ANCIENS PAR LE SAVOIR, ET ILS PEUVENT LEUR ÊTRE ÉGAUX PAR LE GÉNIE

Quand nous avons parlé de la peinture, je suis demeuré d'accord que le saint Michel et la sainte famille de Raphaël que nous vimes hier dans le grand appartement du roi sont deux tableaux préférables à ceux de M. Le Brun- ; mais j'ai soutenu et soutiendrai toujours que M. Le Brun a su plus parfaitement que Raj^haël Tart de la peinture dans toute son étendue parce qu'on a découvert avec le temps une infinité de secrets dans cet art que Raphaël n'a point connus. J'ai dit la même chose touchant la sculpture, et j'ai fait voir que nos bons sculpteurs étaient mieux instruits que les Phidias et les Polyclète, quoique quelques-unes des figures qui nous restent de ces grands maîtres soient plus estimables que celles de nos meilleurs sculpteurs. Il y a deux choses dans tout artisan" qui contribuent à la beauté de son ouvrage : la connaissance des règles de son art et la force de son génie. De là il peut arriver et souvent il arrive que l'ouvrage de celui qui est le moins savant, mais qui a le plus de génie, est meilleur que l'ouvrage de celui qui sait mieux les règles de son art et dont le génie a moins de force.

Suivant ce principe, Virgile a pu faire un poème épique

1. Perrault, auteur de 5a(nf-Pau/i77, 2. Peintre du XVIP siècle.

y avait introduit le merveilleux du 3. Artisan. Artiste. Usage du

Christianisme. temps.

plus excellent que tous les autres parce qu'il a eu plus de génie que tous les poètes qui l'ont suivi, et il peut en même temps avoir moins su toutes les règles du poème épique, ce qui me suffit, mon problème ^ consistant uniquement en cette proposition que tous les arts ont été portés dans notre siècle à un plus haut degré de perfection que celui où ils étaient parmi les anciens, parce que le temps a découvert plusieurs secrets dans tous les arts, qui, joints à ceux que les anciens nous ont laissés, les ont rendus plus accomplis, l'art n'étant autre chose, suivant Aristote même, qu'un amas de préceptes pour bien faire l'ouvrage qu'il a pour objet.

Or, quand j'ai fait voir qu'Homère et Virgile ont fait une infinité de fautes où les modernes ne tombent plus, je crois avoir prouvé qu'ils n'avaient pas toutes les règles que nous avons, puisque l'efîet naturel des règles est d'empêcher qu'on ne fasse des fautes. De sorte que, s'il plaisait au ciel de faire naître un homme qui eût un génie de la force de celui de Virgile, il est sûr qu'il ferait un plus beau poème C{ue V Enéide, parce qu'il aurait, suivant ma supposition, autant de génie que Virgile, et qu'il aurait en même temps un plus grand amas de préceptes pour se conduire. Cet homme pouvait naître en ce siècle de même qu'en celui d'Auguste, puisque la nature est toujours la même et qu'elle ne s'est point affaiblie par la suite des temps.

{Ibid., ihid.)

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