A modéré ses désirs en les mesurant à son pouvoir
RACAX 49
Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages, Et n'observe des vents les sinistres présages Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.
Roi de ses passions, il a ce qu'il désire.
Son fertile domaine est son petit empire,
Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau ;
Ses champs et ses jardins sont autant de provinces ;
Et, sans porter envie à la pompe des princes,
Se contente ^ chez lui de les voir en tableau.
Il voit de toutes parts combler d'heur - sa famille, La javelle à plein poing tomber ^ sous la faucille Le vendangeur ployer sous le faix des paniers, Et * semble qu'à l'envi les fertiles montagnes, Les humides vallons et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.
Il suit aucunes fois ^ le cerf par les foulées
Dans ces vieilles forêts du peuple reculées ^,
Et qui même du jour ignorent le flambeau ;
Aucunes fois des chiens il suit les voix confuses,
Et voit enfin le lièvre, après toutes ses ruses,
Du lieu de sa naissance en ' faire le tombeau
Il soupire en repos l'ennui de sa vieillesse,
Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse
A vu dans le berceau ses bras emmaillotés ;
Il tient par les moissons registre des années,.
Et voit de temps en temps ^ leurs courses enchaînées ^
Vieillir avecque ^° lui les bois qu'il a plantés.
1. Se contente. Omission de il, çne, conformément à son étymologie. comme si se contente était directe- 6. Du peuple reculées. Reculé ment coordonné à il a du premier se construisait comme éZotgné, quand vers. il en avait le sens.
2. Heur. Bonheur. Cf. p. 21, n. 8. 7. En. Cet emploi de en explétif
3. Combler... tomber. Coordina- est assez fréquent au XVIP siècle, tion irrégulière de deux verbes De même y.
différemment construits. 8. De temps en temps. A propre-
4. Êf sem&Ze. Et il semble. Cf. p. 16, ment parler, d'une année à l'autre, n. 1. 9. Leurs courses enchaînées. Le
5. Aucunes /ois. Quelquefois, ylucun cours des années qui se suivent, s'employait alors dans le sens de gueZ- 10. Ayecgue. Cf. p. 15, n. 7.
5() y./-. Al//' SIlùl.E l'.lU LES TEXTES
Il ne va point fouiller aux ^ terres inconnues, A la merci des vents et des ondes chenues, Ce que nature - avare a caché de trésors, Et ne ret^herche point, pour honorer sa vie, De })his illustre mort ni plus digne d'envie Que de mourir au ^ lit où ses pères sont morts.
Il contemple, du port, les insolentes rages . Des vents de la fureur, auteurs de nos orages. Allumer ' des mutins les desseins factieux. Et voit en un chn d'œil, par un contraire échange, L'un déchiré du peuple ^ au milieu de la fange. Et l'autre à même temps ^ élevé dans les cieux.
S'il ne possède point ces maisons magnifiques,
<?es tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques,
Où la magnificence étale ses attraits.
Il jouit des bienfaits qu'ont les saisons nouvelles.
Il voit de la verdure et des fleurs naturelles,
Qu'en ces riches lambris l'on ne voit qu'en portraits.
Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude. Et vivons désormais loin de la servitude De ces palais dorés où tout le monde accourt : Sous un chêne élevé les arbrisseaux s'ennuient Et devant le soleil tous les astres s'enfuient De peur d'être obligés de lui faire la cour.
Après qu'on a suivi sans aucune assurance
Cette vaine faveur qui nous paît d'espérance.
L'envie en un moment tous nos desseins détruit ^ ;
C^ n'est qu'une fumée, il n'est rien de si frêle ;
Sa plus belle moisson est sujette à la grêle.
Et souvent elle n'a que des fleurs pour ^ du fruit.
1. Aux. Dans les. Cf. p. 11 , 5. Du peupZe. Par le peuple.Cf.p. 11, n. 7. n. 2.