Psaumes, VIII
470 LE XllI' SIECLE PAR LES TEXTES
se fut montré tout entier, sa pâle et débile lumièr'e, s'évanouissant, se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle fut comme absorbée. On voyait bien qu'elle ne pouvait avoir perdu sa lumière par l'approche du soleil qui l'éclairait ; mais un petit astre cédait au grand, une petite lumière se confondait avec la grande ; et la place du croissant ne parut plus dans le ciel, où il tenait auparavant un si beau rang parmi les étoiles.
Mon Dieu, lumière éternelle, c'est la figure ^ de ce qui arrive à mon âme quand vous l'éclairez. Elle n'est illuminée que du côté que vous la voyez 2 ; partout où vos rayons ne pénètrent pas, ce n'est que ténèbres, et, quand ils se retirent tout à fait, l'obscurité et la défaillance ^ sont entières. Que faut-il donc que je fasse, ô mon Dieu, sinon de reconnaître de vous * toute la lumière que je reçois ? Si vous détournez votre face, une nuit affreuse nous enveloppe, et vous seul êtes la lumière de notre vie. « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai- je ? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, de qui aurai- je peur ° ? » Xous sommes de ceux à qui l'Apôtre a écrit : « Vous avez été autrefois ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière en Notre- Seigneur ^ ; » comme s'il eût dit : « Si vous étiez par vous-même lumineux, pleins de sainteté, de vérité et de vertu, et si vous étiez vous-mêmes votre lumière, vous n'auriez jamais été dans les ténèbres, et la lumière ne vous aurait jamais quittés. Mais maintenant vous reconnaissez, par tous vos égarements, que vous ne pouvez être éclairés que par une lumière qui vous vienne du dehors et d'en haut; et, si vous êtes lumière, c'est seulement en Notre-Seigneur. »
{Traité de la Concupiscence, chap. XXXII.)
1. Figure. Emblème. Cf. p.460,n.3. connaître comme étant de vous.