‹ Le 17e Dix-septième siècle par les textes, morceaux choisesChapitre 424 sur 511 · LE C0MMENCE3IENT DE TOUTES CHOSES · texte numérisé non relu

LE C0MMENCE3IENT DE TOUTES CHOSES

Faible et imbécile ^ que je suis, qui ne vois que des artisans mortels, dont les ouvrages sont soumis au temps, et qui désignent, par certains moments, le commencement et la fin de leur travail, Cjui aussi ont besoin d'être en cj^uelque lieu pour agir et de trouver une place pour y fabriquer et poser leur ouvrage ! Je veux imaginer la même chose, ou quelque chose de semblable, dans ce tout-puissant ouvrier qui a fait le ciel et la terre, sans songer que, s'il a tout fait, il a fait le temps et le lieu, et que ces deux choses, que tout autre ouvrier que lui doit trouver faites, font elles-mêmes partie de son ouvrage.

Cependant je veux m'imaginer.il y a six ou sept mille ans, et avant que le monde fût, comme une succession infinie de révolutions et de moments entresuivis, dont le Créateur en ait choisi - un pour y fixer le commencement du monde ; et je ne veux pas comprendre que Dieu, qui fait tout, ne trouve rien de fait dans son ouvrage, avant qu'il agisse ; qu'ainsi, avant le commencement du monde, il n'y avait rien du tout que Dieu seul ; et que dans le rien il n'y a ni succession, ni durée, ni rien qui soit, ni rien qui demeure, ni rien qui passe ; parce que le rien est toujours rien, et qu'il n'y a rien hors de Dieu que ce que Dieu fait.

Elevez donc, Seigneur, ma pensée au-dessus de toute image des sens et de la coutume, pour me faire entendre, dans votre éternelle vérité, que vous, qui êtes celui qui est, êtes toujours le même sans succession ni changement, et que vous faites le changement et la succession partout où elle est. Vous faites par conséquent tous les mouvements et toutes les circulations ^ dont le temps peut être la mesure. Vous voyez, dans votre éternelle intelligence, toutes les circulations différentes que vous pouvez faire ; et les nommant, pour ainsi dire, toutes .par leur nom, vous avez choisi celles qu'il vous a plu, pour les faire aller les unes après les autres. Ainsi la première révolu-

1. Imbécile. Infirme d'esprit. 3. CircuZa/ions, A peu prés comme

2. Ait choisi. Le subjonctif, parce révolutions. Cf. plus bas. qu'il s'agit d'une pure supposition.

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tion que vous avez faite du cours du soleil, a été la première année ; et le premier mouvement que vous avez fait dans la matière, a été le premier jour. Le temps a commencé selon ce qu'il vous a plu, et vous en avez fait le commencement tel qu'il vous a plu, comme vous en avez fait la suite et la succession, que vous ne cessez de développer du centre immuable de votre éternité.

Vous avez fait le lieu de la même sorte que vous avez fait le temps. Pour vous, ô Dieu de gloire et de majesté ! vous n'avez besoin d'aucun lieu : vous habitez en vous-même tout entier. Sans autre étendue que celle de vos connaissances, vous savez tout ; ou celle ^ de votre puissance, vous pouvez tout ; ou celle de votre être, de toute éternité vous êtes tout. Vous êtes tout ce qui est nécessairement ; et ce qui peut ne pas être, et qui n'est pas éternellement comme vous, n'ajoute rien à la perfection et à la plénitude de l'être que vous possédez seul. Qu'ajouterait à votre science, à votre puissance, à votre grandeur, quelque espèce d'étendue locale que ce soit ? Rien du tout. Vous êtes dans vos ouvrages par votre vertu, qui les forme et qui les soutient; et votre vertu, cest vous-même, c'est votre substance. Quand vous cesseriez d'agir, vous n'en seriez pas moins tout ce que vous êtes, sans avoir besoin ni de vous étendre, ni d'être dans vos créatures, ni dans quelque lieu ou espace que ce soit. Car le lieu ou l'espace est une étendue ; et un espace et une étendue, des proportions, des distances, des égalités, ne sont pas un rien; et, si on veut que vous trouviez toutes faites ces distances, ces étendues, ces proportions, sans les avoir faites vous-mêmes, on retombe dans l'erreur de ceux qui mettent quelque chose hors de vous qui vous soit nécessairement coéternel, et ne soit pas votre ouvrage.

O Dieu ! dissipez ces fausses idées de l'esprit de vos serviteurs. Faites-leur entendre que, sans avoir besoin d'être nulle part ou de vous faire une demeure, vous vous étiez tout à vous-même, et que, lorsqu'il vous a plu, sans aucune nécessité, de faire le monde, vous avez fait, avec le monde, et le temps et le lieu, toute étendue, toute succes-

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