Forts. Forteresses. dépit. Cf. p. 136, n
.3. Don/...nj Zes orrac/îer. Construc- 5. Malice. Méchanceté. Cf. p. 21),
tion irréguliére. n. 8.
OÙ les invectives et l'aigreur contre le clergé furent portées à la dernière extrémité, on vit aussi la rupture la plus violente et la plus grande apostasie qu'on eût peut-être jamais vue jusqu'alors dans la chrétienté.
{Histoire des Variations)
COMMEx\T LUTHER REJETA ENFIN L'AUTORITE DE L'EGLISE
Quand je considère tant d'emportement après tant de soumission, je suis en peine d'où ^ pouvait venir cette humilité apparente à un homme de ce naturel. Etait-ce dissimulation et artifice ? ou bien est-ce que l'orgueil ne se connaît pas luimême dans ses commencements, et que, timide d'abord, il se cache sous son contraire jusqu'à ce qu'il ait trouvé occasion de se déclarer avec avantage ?
En effet, Luther reconnaît, après la rupture ouverte, que dans les commencements il était comme au désespoir (Prsef. oper. T. 1. f. 49. 50 et seq.), et que personne ne peut comprendre « de quelle faiblesse Dieu l'a élevé à un tel courage, ni comment d'un tel tremblement il a passé à tant de force. » Si c'est Dieu ou l'occasion qui ont fait ce changement, j'en laisse le jugement au lecteur, et je me contente pour moi du fait que Luther avoue. Alors dans cette frayeur, il est bien vrai, en un certain sens, que son humilité, comme il dit, n'' était pas feinte. Ce qui pourrait toutefois faire soupçonner de l'artifice dans ses discours, c'est qu'il s'échappait de temps en temps jusqu'à dire, « qu'il ne changerait jamais rien dans sa doctrine, et que, s'il avait remis toute sa dispute - au jugement du souverain Pontife, c'est qu'il fallait garder le respect envers celui qui exerçait une si grande charge » [Pio Lect. T. L f. 212.). Mais qui considérera l'agitation d'un homme que son orgueil d'un côté, et les restes de la foi de l'autre, ne cessaient de déchirer au dedans, ne croira pas impossible que des sentiments si divers aient paru tour à tour dans ses écrits. Quoi qu'il en soit, il
1. Je suis en peine d'où. Construc- que l'idée de je ne sais, ie me demande. tion elliptique : je suis en peine impli- 2. Dispute. Discussion. Cf.p.75,n.8.
est certain que l'autorité de l'Eglise le retint longtemps ; et on on ne peut lire sans indignation, non plus que sans pitié, ce qu'il en écrit. « Après, dit-il {Prœf. oper. Luth. T. 1. f. 49), que j'eus surmonté tous les arguments qu'on m'opposait, il en restait un dernier qu'à peine je pus surmonter par le secours de Jésus-Christ, avec une extrême difficulté et beaucoup d'angoisse : c'est qu'il fallait écouter l'Eglise. » La grâce, pour ainsi dire, avait peine à quitter ce malheureux. A la fin il l'emporta ^ et, pour comble d'aveuglement, il prit le délaissement de Jésus-Christ - méprisé pour un secours de sa main. Qui eût pu croire qu'on attribuât à la grâce de Jésus-Christ l'audace de n'écouter plus son EgUse, contre son précepte ? Après cette funeste victoire, qui coûta tant de peine à Luther, il s'écrie, comme affranchi d'un joug importun : Rompons leurs liens et rejetons leur joug de dessus nos têtes (Ps. ii. 3.) ; car il se servit de ces paroles en répondant à la bulle {Not. in hull. T. 1. f. 63.) ; et, secouant avec un dernier effort l'autorité de l'Eglise, sans songer que ce malheureux cantique est celui que David met à la bouche ^ des rebelles, dont les complots s'élèvent œntre le Seigneur et contre son Christ (Ps. ii. 2), Luther aveuglé S3 l'approprie, ravi de pouvoir dorénavant parler sans contrainte et décider à son gré de toutes choses. Ses soumissions méprisées se tournent en poison dans son cœur ; il ne garde plus de mesures ; les excès, qui devaient rebuter ses disciples, les animent ; on se transporte avec lui en l'écoutant. L^n mouvement si rapide se communique bien loin au dehors ; et un grand parti regarde Luther comme un homme envoyé de ^ Dieu pour la réformation du genre humain. {Ihid.)
LA CAUSE DES VARIATIONS DES EGLISES PROTESTANTES, C'EST DE N'AVOIR PAS CONNU CE QUE C'ÉTAIT QUE L'ÉGLISE
Comme après avoir observé les effets d'une maladie et le ravage qu'elle fait dans un corps, on en recherche la cause
1. Il remporta. Sur la grâce. 3. A la bouche. Dans la bouche.
2. Le délaissement de Jésus-Christ. On disait indifféremment l'un ou Au sens passif. Luther est délaissé l'autre.
par Jésus-Christ. 4. De. Par. Cf. p. 11, n. 2.
pour y appliquer les remèdes convenables, ainsi, après avoir vu cette perpétuelle instabilité des Eglises protestantes, fâcheuse maladie de la chrétienté, il faut aller au principe, pour apporter, si Ton peut, un secours proportionné à un si grand mal. La cause des variations que nous avons vues dans les sociétés séparées ^ est de n'avoir pas connu l'autorité de l'EgUse, les promesses qu'elle a reçues d'en haut, ni en un mot ce que c'est que l'Eglise même. Car c'était là le point fixe siu" lequel il fallait appuyer toutes les démarches qu'on avait à faire ; et, faute de s'y être arrêtés, les hérétiques curieux 2 ou ignorants ont été livrés aux raisonnements humains, à leur chagrin ^, à leurs passions particulières ; ce qui a fait qu'ils ne sont allés qu'à tâtons dans leurs propres Confessions de foi et qu'ils n'ont pu éviter les deux inconvénients marqués par saint Paul dans les faux docteurs, dont l'un est de se condamner eux-mêmes par leur propre jugement (Tit. ni. IL), et l'autre, d'apprendre toujours sans jamais pouvoir parvenir à la connaissance de la vérité (IL Tim. m. 7.).
{Ihid.)